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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02896

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02896

mardi 30 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02896
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantCABINET ALI - MAGAMOOTOO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D B a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2201082 du 26 juin 2023, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Ali, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 26 juin 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 10 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il relève qu'elle n'a pas cherché à régulariser sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant et l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Le préfet de la Réunion a présenté un mémoire en défense le 19 février 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 14 septembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité comorienne, est entrée à La Réunion le 8 janvier 2020 lors d'une évacuation sanitaire de sa fille C, après avoir séjourné irrégulièrement pendant plusieurs années à Mayotte. Elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français mais, par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Elle relève appel du jugement du 26 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté préfectoral du 10 juin 2022.

Sur la légalité de l'arrêté du 10 juin 2022 :

2. En premier lieu, Mme B reprend en appel, sans l'assortir d'éléments de fait ou de droit nouveaux, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges.

3. En deuxième lieu, la requérante fait valoir que l'arrêté du 10 juin 2022 ne mentionne ni la demande de titre de séjour en tant que parent d'enfant français qu'elle a déposée en 2018 à Mayotte, ni la réussite scolaire de ses enfants, ni la circonstance que sa fille C est scolarisée à La Réunion, ni encore que le père de ses enfants est décédé et ne peut contribuer à leur entretien et à leur éducation. Cependant, alors que l'autorité préfectorale, lorsqu'elle rejette une demande de titre de séjour, n'a pas à mentionner dans sa décision l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale du demandeur et qu'il résulte de l'instruction que Mme B a déposé une demande de titre de séjour en tant que parent d'un enfant français sur le fondement de l'article L. 313-11 6°, devenu L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de La Réunion a relevé dans sa décision que le fils aîné de nationalité française de la demandeuse était majeur à la date de cette décision et qu'au surplus, l'attestation du père qu'elle a fournie ne permettait pas, par ses mentions stéréotypées, de justifier de la participation de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de son fils. Dans ces conditions, et alors que cette décision comporte par ailleurs des mentions dont il résulte que le préfet de La Réunion a pris en considération les éléments pertinents permettant d'apprécier la situation de Mme B et de ses enfants de nationalité comorienne au regard des conventions internationales protégeant la vie privée et familiale des individus et les droits des enfants, il n'apparaît pas que cette autorité ne se serait pas livrée à un examen sérieux de la situation de l'intéressée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est la mère d'un enfant né le 9 août 2002 à Mamoudzou, Naimoudine Ahmed Ali, de nationalité française par déclaration souscrite le 13 août 2018. Il est ainsi constant qu'à la date de l'édiction de la décision contestée, à laquelle s'apprécie sa légalité, ce dernier était majeur. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est inopérant et doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, aux termes de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée irrégulièrement à Mayotte en 2014, a fait l'objet en 2017 d'une obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutée. Si elle a bénéficié en octobre 2019 d'un récépissé de dépôt de première demande de titre de séjour avant d'être transférée à La Réunion le 4 décembre suivant dans le cadre de la prise en charge sanitaire de sa fille C, puis s'est vu délivrer des récépissés successifs de demande de titre jusqu'en 2022, ces circonstances ne lui ouvrent aucun droit au séjour, alors que les deux attestations peu circonstanciées qu'elle produit, rédigées par un masseur-kinésithérapeute et un médecin généraliste, n'établissent pas que les soins de C ne pourrait se poursuivre désormais aux Comores, et que la requérante n'indique au demeurant pas avoir déposé une demande d'autorisation provisoire de séjour en tant que parent d'enfant malade. Mme B ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire de La Réunion et n'établit pas ne plus disposer d'attaches familiales aux Comores. Alors même que trois de ses enfants mineurs résident à La Réunion et un quatrième à Mayotte, où ils obtiennent de bons résultats scolaires, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Dans ces conditions, et sans que la requérante puisse utilement faire valoir que le préfet a inexactement qualifié son séjour d'irrégulier dans la mesure où elle disposait de récépissés de demande de titre de séjour, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations citées au point 6.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laurent Pouget, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 avril 2024.

.

La présidente-assesseure,

Marie-Pierre Beuve Dupuy

Le président-rapporteur,

Laurent A Le greffier,

Anthony Fernandez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°23BX02896

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