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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02938

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02938

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02938
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2305769 du 30 octobre 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, M. B, représenté par Me Piquet-Boisson, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux du 30 octobre 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 du préfet de la Gironde ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de l'ancienneté de son concubinage avec une ressortissante française ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe de séparation des pouvoirs fixé à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/010049 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 20 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 31 octobre 1999, déclare être entré en France à l'âge de seize ans. Par un arrêté du 25 mai 2020, la préfère de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par des arrêtés des 17 juin 2021 et 29 septembre 2022, la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Il a également été assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours par des arrêtés des 6 octobre 2021, 11 mars 2022 et 29 septembre 2022. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet de la Gironde lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. L'intéressé relève appel du jugement du 30 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Par une décision n° 2023/010049 du 20 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B. Dès lors, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. B soutient que les faits retenus à son encontre dans l'arrêté en litige ont été révélés au préfet de la Gironde par la consultation du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale imposant la saisine préalable du procureur de la République, et le privant ainsi d'une garantie. Toutefois, le requérant ne peut utilement invoquer ce vice de procédure à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige dès lors que l'article R. 40-29 du code de procédure pénale vise les enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, qui concerne l'instruction des demandes de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers. Le moyen ainsi invoqué en appel ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant.

5. Le requérant, qui reprend en appel les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, n'assortit ces moyens d'aucun argument de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause les motifs pertinents par lesquels la première juge les a écartés, en relevant en particulier le défaut de justification d'un séjour ancien en France et le caractère très récent de sa communauté de vie avec une ressortissante française, ne suffisant pas à démontrer qu'il aurait fixé de manière stable et significative le centre de ses intérêts sur le territoire français. En particulier, la seule production d'une attestation très peu circonstanciée et non datée établie par la compagne de M. B, et d'une facture de souscription d'un contrat EDF postérieure à l'arrêté du 28 septembre 2023 n'attestent pas de manière probante, en dépit de la souscription d'un pacte civil de solidarité le 4 septembre 2023, d'une communauté de vie effective à la date de cette décision.

6. M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, de la circonstance que le juge de la détention et de la liberté a, par une ordonnance du 28 octobre 2023, annulé son placement en rétention au vu de la stabilité de sa situation personnelle et familiale. En effet, cette appréciation ne lie pas le juge administratif compétent pour apprécier les conditions de mise en œuvre des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à la date de la décision litigieuse, l'intéressé ne pouvait être regardé comme justifiant d'une résidence effective et permanente ainsi que de garanties de représentation suffisante, eu égard à ce qui a été dit au point 5 ci-dessus. En outre, l'arrêté du 28 septembre 2023 relève également que l'intéressé s'est soustrait à trois précédentes mesures d'éloignement et a refusé d'embarquer dans un vol à destination de son pays d'origine, déclarant ne pas vouloir quitter le territoire français. Ainsi que l'indique le jugement attaqué, le préfet s'est donc fondé sur les 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, et il n'a ce faisant pas fait une inexacte application de ces dispositions.

7. Pour le surplus, M. B reprend devant la cour, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens visés ci-dessus et invoqués en première instance à l'encontre de la mesure d'éloignement et de la décision lui faisant interdiction de retourner pendant trois ans sur le territoire français. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par la première juge.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 9 juillet 2024

Le président de la 3ème chambre

Laurent Pouget

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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