mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX03119 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A B a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a interdit son retour sur le territoire pendant une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pendant 45 jours.
Par un jugement n° 2301556 du 14 septembre 2023, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. C A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, agissant par Me Bourg, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Limoges du 14 septembre 2023 ;
2°) de faire droit à sa demande de première instance ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, ainsi que d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :
- le jugement doit être annulé pour méconnaissance du principe du contradictoire et de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le premier juge a refusé d'enjoindre au préfet de la Corrèze de communiquer le dossier contenant les pièces sur la base desquelles la mesure d'éloignement a été prise, et qui n'a pas été produit spontanément par l'administration.
- Au fond, en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;
- en estimant qu'il ne justifiait pas résider en France depuis plus de dix ans, le préfet de la Corrèze a commis une erreur d'appréciation.
- Au fond, en ce qui concerne les autres décisions :
- le jugement est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur dans l'appréciation des pièces produites quant au refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- il démontre des circonstances particulières justifiant qu'il ne soit pas privé d'un délai de départ volontaire ;
- la décision fixant la Tunisie comme pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- l'interdiction de retour doit être annulée en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- l'assignation à résidence doit être annulée en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
La requête a été communiquée au préfet de la Corrèze, qui n'a pas produit d'observations.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2024 à 12h00 par une ordonnance du 28 février 2024.
M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux en date du 23 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Julien Dufour.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Sur le fondement de ces dispositions le préfet de la Corrèze a, par un arrêté du 7 septembre 2023, fait obligation à M. A B, ressortissant tunisien né le 20 avril 1981, qui avait été interpellé par les services de gendarmerie le jour même dans le cadre d'un contrôle routier, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire pendant une durée d'un an. Par un second arrêté du 7 septembre 2023, le préfet a assigné M. A B dans le département de la Corrèze pour une durée de 45 jours. L'intéressé a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler ces deux arrêtés. Il relève appel du jugement du 14 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Le premier juge a estimé que l'affaire était en état d'être jugée et qu'il n'était pas nécessaire, au vu des éléments soumis à son appréciation, de faire droit à la demande de M. A B tendant à la communication par le préfet de l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles l'obligation de quitter le territoire français avait été prononcée. Alors que l'appelant se borne à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 614-10, sans exposer en quoi la communication du dossier administratif aurait apporté des éléments nouveaux et déterminants pour la résolution du litige, compte tenu notamment des moyens soulevés par M. A B devant le tribunal et des pièces qu'il avait lui-même produites, il ne ressort pas des pièces du dossier que le premier juge, qui n'était pas tenu de faire droit à la demande du requérant, aurait ainsi entaché son jugement d'irrégularité.
3. En second lieu, en soutenant que le premier juge aurait commis une erreur de droit, une erreur d'appréciation et dénaturé les pièces du dossier en rejetant les conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire, l'appelant ne critique pas la régularité du jugement mais son bien-fondé.
Sur la légalité des arrêtés du 7 septembre 2023 :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. M. A B soutient qu'en estimant qu'il ne justifiait pas être entré en France il y a dix ans, le préfet de la Corrèze n'a pas examiné sérieusement sa situation et a commis une erreur d'appréciation. Pour autant, l'appelant n'apporte aucun élément de nature à établir la date à laquelle il a pénétré sur le territoire. Il ne justifie pas davantage résider de manière habituelle en France depuis dix ans, les pièces les plus anciennes pour justifier de son séjour sur le territoire, à savoir uniquement des pièces médicales à la valeur probante limitée, datant de 2018. Par suite, les moyens ainsi soulevés doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, () ".
6. M. A B soutient qu'il n'existait pas de risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement en litige. Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité, depuis, un titre de séjour en vue de régulariser sa situation. Il relève ainsi des dispositions précitées en vertu desquelles le préfet pouvait, sauf circonstances particulières, le priver d'un délai de départ volontaire. Par ailleurs, M. A B n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations tirées de sa relation avec une ressortissante française, ou de sa volonté de régulariser sa situation. S'il démontre résider en France de manière habituelle depuis l'année 2018, les quelques pièces produites ne permettent pas d'estimer qu'il aurait noué en France des liens privés ou familiaux stables, notamment en matière de logement, M. B A étant hébergé à la même adresse, chez un tiers, depuis moins d'un an à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que le préfet de la Corrèze a considéré que l'intéressé, qui a produit une copie de son passeport, présentait des garanties de représentation permettant de le dispenser d'un placement en rétention au profit d'une simple assignation à résidence sur son lieu d'hébergement, M. A B devait être regardé comme présentant un risque qu'il se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige.
En ce qui concerne les autres décisions contestées :
7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français visant M. A B soulevés à l'encontre de la décision fixant la Tunisie comme pays de renvoi de la mesure d'éloignement, de l'interdiction de retour sur le territoire français et de l'assignation à résidence, doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera délivrée au Préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Frédéric Faïck, président,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juin 2014.
Le rapporteur,
Julien Dufour
Le président,
Frédéric Faïck
La greffière,
Catherine JussyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23BX03119
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026