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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX03162

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX03162

mardi 21 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX03162
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux, d'annuler pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2304375 du 12 octobre 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, M. A, représenté par Me Pornon-Weidknnet, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 12 octobre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 du préfet de la Gironde pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer sans délai un récépissé dans cette attente, l'ensemble sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ou à défaut d'un détournement de procédure, dès lors que le préfet de la Gironde n'a pas réétudié sa situation, ne lui a pas remis le récépissé prévu par les textes et l'a obligé à faire des aveux sur un document dans lequel il reconnaît avoir utilisé des faux papiers en vue d'exercer une activité professionnelle ; la décision est, ce faisant, entachée d'une erreur de droit ;

- la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en refusant son admission exceptionnelle au séjour le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ; il justifie de motifs exceptionnels dès lors que depuis 2019, il travaillait sous contrat de travail à durée indéterminée à temps complet dans un métier en tension. Son employeur, qui n'a pas pu trouver d'autres candidats dans ce domaine d'activité, a tout fait pour le garder au vu de la qualité et de la rareté de ses savoir-faire ;

- compte tenu de l'ancienneté de sa présence en France de sept années, il justifie de motifs exceptionnels d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que bien qu'il ne constitue manifestement pas une menace à l'ordre public, le préfet, n'a pas étudié son dossier en se contentant d'indiquer que s'il avait travaillé depuis 2019, il l'avait fait sans avoir obtenu au préalable une autorisation de travail ou un titre de séjour salarié, que par suite cette expérience était irrecevable.

S'agissant de la légalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et portant fixation du pays de renvoi :

- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur lesquelles elles se fondent ;

- ces décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision n° 2023/009715 du 23 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. B A, ressortissant marocain, né le 31 décembre 1992, est entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2017, selon ses déclarations. Le 17 janvier 2022, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé pendant quatre mois par l'autorité préfectorale sur sa demande, a fait naître une décision implicite de rejet le 17 mai 2022. Par un jugement n° 2203827 du 15 décembre 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision au motif de la méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et a enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. Le 10 juillet 2023, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a ouvert une procédure juridictionnelle d'exécution de ce jugement. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Gironde a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 12 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. A soutient pour la première fois en cause d'appel que la décision contestée serait entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors que le préfet n'aurait pas réétudié sa situation, ne lui aurait pas remis le récépissé prévu par les textes et l'aurait obligé à reconnaître par écrit avoir utilisé des faux papiers en vue d'exercer une activité professionnelle. Toutefois, d'une part, ainsi que l'ont relevé les premiers juges l'acte attaqué permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de sa situation, d'autre part, la circonstance que le préfet ne lui aurait pas remis le récépissé visé à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile durant l'instruction de sa demande de titre de séjour, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé dans le cadre de sa demande de titre de séjour en qualité de travailleur, un dossier contenant une carte d'identité analysée par le centre de coopération policière et douanière (CCPD) de Hendaye comme constituant une fausse carte d'identité espagnole. Ainsi que l'y contraint l'article 40 du code de procédure pénale, le préfet était tenu d'aviser le procureur de la République de l'utilisation d'une fausse carte d'identité espagnole par M. A en vue d'exercer une activité professionnelle. La circonstance que le requérant ait reconnu sa fraude documentaire par écrit n'est pas de nature à révéler un détournement de pouvoir ou un détournement de procédure, de sorte que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.

4. En second lieu, M. A soutient pour la première fois en appel que la décision de refus de séjour contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. A se prévaut de la durée de son séjour en France dès lors qu'il déclare y être entré en juin 2017, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'est maintenu sans titre de séjour, n'entreprenant aucune démarche en ce sens de 2017 à 2022. S'il soutient que son contrat de travail démontre son intégration dans la société française, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait usage d'une fausse carte d'identité espagnole ce qui a conduit à un signalement auprès du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux. S'il soutient vivre désormais en concubinage avec une ressortissante française rencontrée à l'été 2023, la production d'une attestation d'hébergement établie par celle-ci le 26 octobre 2023 et d'une déclaration de vie commune établie le 14 décembre 2023, éléments au demeurant postérieurs à la décision attaquée, ne suffisent pas à établir la réalité et la stabilité de cette relation. M. A, en se bornant à produire une attestation de sa cousine, certifiant uniquement qu'il est son cousin, établie le 6 décembre 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, n'établit pas entretenir des liens familiaux intenses et stables en France. Les deux attestations de tiers peu circonstanciées et postérieures à la décision contestée ne sont pas davantage de nature à établir qu'il aurait tissé en France des liens d'une intensité et d'une stabilité particulières, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas isolé au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où résident toujours sa mère et sa fratrie. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En troisième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en tant qu'elles prévoient l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale du demandeur.

6. D'une part, les éléments relatifs à sa situation en France dont fait état M. A, tels que rappelés au point 4 de la présente ordonnance, ne permettent pas d'établir que cette situation relèverait des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, si l'appelant se prévaut de son contrat de travail signé le 25 novembre 2019 et de tensions sur le marché du travail dans le secteur " sableur, métallier, peintre ", il ne ressort pas des pièces du dossier que l'emploi d'ouvrier " sableur, métallier, peintre " du requérant nécessiterait une expérience et des qualifications très spécifiques et ces éléments ne suffisent pas à établir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. Si M. A soutient que le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation au seul motif qu'il a travaillé sous couvert d'une fausse carte d'identité, il ressort néanmoins de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale a procédé à un examen d'ensemble de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé dès lors qu'avant de faire état de l'utilisation d'une fausse carte d'identité espagnole, il mentionne l'existence du contrat à durée indéterminée signé le 25 novembre 2019, d'un cerfa de demande d'autorisation de travail signé le 10 janvier 2022 ainsi que de plusieurs bulletins de salaire depuis 2019. Il précise égalementque le requérant n'a pas obtenu d'autorisation de travail ni de titre de séjour salarié préalablement à l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

9. L'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient illégales par voie de conséquence, doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que les mesures d'éloignement méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 21 mai 2024.

La présidente de la 4ème chambre

Evelyne Balzamo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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