jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX00266 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 30 décembre 2023 par lesquels le préfet de la Dordogne, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an, et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Par une ordonnance n° 2400023 du 3 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête, enregistrée le 5 février 2024, M. B, représenté par Me Lamazière, demande à la cour :
1°) d'annuler l'ordonnance n° 2400023 rendue le 3 janvier 2024 par le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2023 par lequel le préfet de la Dordogne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Périgueux ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'ordonnance attaquée est irrégulière dès lors que, en méconnaissance du droit à un recours effectif garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ainsi que par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le premier juge a, à tort, rejeté la demande de première instance comme étant manifestement irrecevable en raison de son caractère tardif alors qu'il s'est trouvé dans l'impossibilité de contester, dans les délais imposés par les dispositions de l'article R. 776- 4 du code de justice administrative, les arrêtés préfectoraux attaqués en raison de leur notification le samedi 30 décembre 2023 à 22h45 et 23h, le délai de recours de 48h à l'encontre de ces décisions ayant couvert deux jours chômés ou fériés ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant fixation du pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Dordogne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Karine Butéri,
- et les observations de Me Lamazière, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen né le 10 juin 1976 à Zighinchor (Sénégal), déclare être entré en France à l'âge de 44 ans. Par une décision du 23 août 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 décembre 2020. Par une décision du 26 février 2021, l'OFPRA a rejeté la seconde demande d'asile présentée par M. B et cette décision a été confirmée par une nouvelle décision de la CNDA du 24 août 2021. Par un arrêté en date du 12 mai 2021, lequel n'a pas été exécuté par M. B, le préfet de la Gironde a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par un arrêté du 30 décembre 2023, le préfet de la Dordogne a de nouveau fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Dordogne a assigné M. B à résidence pour une durée de 45 jours. M. B relève appel de l'ordonnance du 3 janvier 2024 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté comme manifestement irrecevable sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés pris par le préfet de la Dordogne le 30 décembre 2023.
Sur la régularité de l'ordonnance attaquée
2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure () ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours ".
3. Aux termes de l'article R. 776-4 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, pour être recevables, les demandes d'annulation doivent être présentées au greffe du tribunal, pour y être enregistrées, dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions. Ce délai de 48 heures, qui n'est pas un délai franc et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du nouveau code de procédure civile, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation notamment en cas d'une notification en fin de semaine ou un jour férié ou chômé.
5. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés du 30 décembre 2023 par lesquels le préfet de la Dordogne, d'une part, a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, ont été notifiés par voie administrative à l'intéressé le 30 décembre 2023, respectivement à 22h45 et 22h55. Les notifications de ces arrêtés mentionnent les voies et délais de recours ainsi que la possibilité pour M. B de saisir le tribunal administratif de Bordeaux par l'application informatique " Télérecours citoyen ", accessible depuis le site internet www.telerecours.fr. De telles mentions, dépourvues d'ambiguïté, ont eu pour effet de déclencher le délai de recours de 48 heures qui a donc commencé à courir le 30 décembre 2023, respectivement à 22h45 et 22h55. Or, la demande de première instance tendant à l'annulation des arrêtés du 30 décembre 2023 a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux le 2 janvier 2024 à 17h16, soit après l'expiration du délai de recours de 48 heures prévu par les dispositions citées au point 3 de l'article R. 776-4 du code de justice administrative. Si M. B fait valoir que, du fait de l'absence de permanence administrative au barreau de Périgueux les dimanche 31 décembre 2023 et lundi 1er janvier 2024, il n'a pas été en mesure d'avertir un conseil ou une personne de son choix dans les meilleurs délais, de telle sorte qu'il n'a pu former un recours dans le délai de 48 heures, cette circonstance, à la supposer établie, et alors que M. B n'établit ni même n'allègue avoir effectué une quelconque démarche avant le 2 janvier 2024, ne faisait pas obstacle à une contestation des deux arrêtés litigieux via l'application " Télérecours citoyen ", explicitement mentionnée dans leurs notifications. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la décision d'inconstitutionnalité n° 2018-709 QPC du 1er juin 2018 du Conseil constitutionnel pour soutenir que le délai de recours de 48 heures ne lui serait pas opposable, cette décision d'inconstitutionnalité concerne le IV de l'ancien article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux étrangers en détention.
6. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les conditions de notification des arrêtés du 30 décembre 2023 auraient porté atteinte à son droit au recours effectif, garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ne le mettant pas en mesure d'avertir, dans les meilleurs délais, un conseil ou une personne de son choix, et auraient ainsi fait obstacle à ce que le délai de 48 heures commence à courir. Par suite, la demande de M. B enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux le 2 janvier 2024 à 17h16 était tardive.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande comme manifestement irrecevable.
Sur les frais d'instance
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B ainsi qu'au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Karine Butéri, présidente,
M. Stéphane Gueguein, président-assesseur,
Mme C D, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 septembre 2024.
Le président-assesseur
Stéphane Gueguein La présidente-rapporteure
Karine Butéri
La greffière,
Catherine Jussy La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026