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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00267

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00267

mercredi 29 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00267
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Mayotte d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Par un jugement n° 2204179 du 5 janvier 2024, le tribunal administratif de Mayotte, après avoir constaté que le préfet de Mayotte avait pris à l'encontre de l'intéressé le 5 octobre 2022 une décision expresse de rejet de sa demande d'admission au séjour, assortie d'une décision portant obligation de quitter le territoire, a requalifié l'action contentieuse formée par M. A comme étant dirigé contre cette décision de refus de séjour expresse et a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. A, représenté par Me Kaled, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Mayotte du 5 janvier 2024 ;

2°) d'annuler la décision implicite du 25 juillet 2022 du préfet de Mayotte ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet aurait dû examiner l'opportunité d'une mesure de régularisation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside à Mayotte depuis l'année 2010 et qu'il vit avec sa compagne et leurs deux enfants nés sur le territoire ;

- il peut bénéficier des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et famille et priverait ses enfants de leur père.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant comorien, est entré irrégulièrement à Mayotte au cours de l'année 2010, selon ses déclarations. Le 25 mars 2022, il a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est née le 25 juillet 2022 du silence gardé par le préfet de Mayotte sur cette demande. Par un arrêté du 5 octobre 2022, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 5 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Mayotte, après avoir constaté que la décision expresse de refus de séjour du 5 octobre 2022 s'était entièrement substituée à la décision implicite née du silence initialement gardé sur sa demande, a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Ainsi, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, la décision implicite, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A formées contre la décision implicite née le 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Mayotte a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il avait sollicité le 25 mars 2022 doit être regardée comme étant dirigée contre la décision explicite du 5 octobre 2022 du préfet confirmant ce refus.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

6. D'une part, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait est inopérant s'agissant de la décision implicite de rejet à laquelle s'est substituée la décision du 5 octobre 2022. D'autre part, cette dernière décision, après avoir notamment visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique de manière précise et circonstanciée la situation de M. A ainsi que les motifs de droit et de fait pour lesquels sa demande de titre de séjour a été refusée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si l'intéressé soutient que le préfet aurait dû examiner l'opportunité d'une mesure de régularisation, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas présenté de demande de titre de séjour à titre exceptionnel. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu de l'examiner d'office sur un tel fondement. Par suite ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, M. A reprend son moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il fait valoir que la copie de son carnet de santé et les factures qu'il produit démontrent son ancienneté sur le territoire et sa contribution à l'entretien et à l'éduction de ses enfants, d'une part le premier document n'apparaît pas au dossier, d'autre part les deux factures d'électroménager pour les années 2019 et 2021, les deux factures d'alimentation pour les années 2021 et 2022 et l'unique facture de produits d'entretien pour enfant en date du 15 décembre 2021, au demeurant jointes au mémoire du préfet devant le tribunal, ne suffisent pas à l'établir. Par ailleurs, s'il fait valoir que sa sœur, titulaire d'une carte de résident, vit à Mayotte, il ne fournit aucune preuve à l'appui de cette allégation. Ainsi l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à infirmer l'appréciation portée par les premiers juges, qui ont écarté à juste titre ce moyen en relevant, que la décision contestée ne portait pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée dès lors qu'il ne justifiait ni de sa contribution à l'entretien et l'éducation de ses enfants nés en 2020 et 2021, ni même de l'existence d'une cellule familiale à Mayotte. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Mayotte et par ceux qui viennent d'être exposés. Pour les mêmes motifs, le préfet de Mayotte n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 5 octobre 2022 porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et famille et priverait ses enfants de leur père, il ne forme aucunes conclusions à fin d'annulation de cette décision dans sa requête. Ce moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

10. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il peut bénéficier des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'apprécier le bienfondé.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de Mayotte.

Fait à Bordeaux, le 29 mai 2024.

La présidente de la 4ème chambre

Evelyne Balzamo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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