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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00402

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00402

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00402
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme J H a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a interdit son retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours.

Par un jugement n° 2400112 du 23 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers, après avoir renvoyé à une formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision refusant de délivrer à Mme H un titre de séjour, a annulé l'obligation de quitter le territoire sans délai et les décisions fixant le pays de renvoi, interdisant son retour sur le territoire et l'assignant à résidence, contenues dans les arrêtés du 15 janvier 2024.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, le préfet de la Vienne demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Poitiers du 23 janvier 2024 ;

2°) de rejeter la demande de première instance de Mme H.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les autres moyens soulevés par Mme H devant le tribunal administratif de Poitiers ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, Mme J H, représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, conclut à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à la SCP Breillat-Dieumegard-Masson en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que ;

- le moyen soulevé par le préfet de la Vienne n'est pas fondé ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Vienne, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, a commis une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 622-2 et L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'assignation à résidence devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de la situation de Mme H ;

- les conditions de l'assignation à résidence ne sont pas remplies.

Par une décision du 11 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé à Mme H le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024 par une ordonnance du 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme J H, ressortissante arménienne née le 15 juin 1991, a déclaré être entrée en France irrégulièrement à la fin de l'année 2012 ou au début de l'année 2013 et y a sollicité l'asile sous l'identité de Mme F, ressortissante azerbaïdjanaise. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 31 juillet 2014, confirmée le 13 octobre 2015 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Mme H a fait l'objet de quatre obligations de quitter le territoire français, par arrêtés des 8 février 2016, 18 juin 2018, 23 novembre 2020 et 2 décembre 2022, lesquels n'ont pas été exécutés. Le 15 novembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale en France. Par un arrêté du 15 janvier 2024, le préfet de la Vienne lui a opposé un refus, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a interdit son retour sur le territoire pendant une durée d'un an. Mme H a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler cet arrêté ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le magistrat désigné par le président du tribunal, après avoir renvoyé devant une formation collégiale la demande d'annulation de la décision refusant à Mme H la délivrance d'un titre de séjour, a annulé l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi, l'interdiction de retour sur le territoire et l'assignation à résidence, par un jugement du 23 janvier 2024 dont le préfet de la Vienne relève appel.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 11 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé à Mme H le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, les conclusions de l'appelant tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont dépourvues d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le moyen d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

4. Pour considérer que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de la jeune, C D, fille de Mme H, le tribunal a relevé que cette dernière est née en France le 22 décembre 2015, qu'elle n'a connu d'autre pays que la France depuis sa naissance, et qu'elle y est scolarisée en classe de cours élémentaire 2. Il a considéré que l'éloignement de Mme H aurait pour effet, soit d'interrompre brutalement la scolarisation de son enfant en plein milieu de l'année scolaire sans assurance de sa poursuite effective immédiate dans son pays d'origine, soit la séparation de sa fille et de leur père pendant une durée de plusieurs mois. Toutefois, d'une part, la circonstance que la fille de la requérante est née en France et y réside depuis huit ans ne caractérise pas, par elle-même, une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En l'espèce, aucun élément du dossier ne permet d'établir que la jeune C D, dont il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de Mme A en date du 24 juillet 2018, qu'elle maîtrise la langue arménienne, ne pourrait poursuivre, y compris à brève échéance, sa scolarité dans le pays dont elle a la nationalité. D'autre part, à l'instar de Mme H, son époux et père de C, M. B D, ressortissant arménien né le 29 août 1987, réside irrégulièrement sur le territoire et a fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français à l'exécution desquelles il s'est soustrait, la dernière par arrêté du préfet de la Vienne en date du 2 décembre 2022. Dans ces conditions, aucun obstacle ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Arménie.

5. Il s'ensuit que c'est à tort que le tribunal administratif s'est fondé sur la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pour annuler l'obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, les décisions l'accompagnant.

6. Toutefois, il appartient à la cour administrative d'appel, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme H devant le tribunal administratif de Poitiers et devant la Cour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme G fait valoir qu'elle réside en France depuis onze années, que sa fille y est née et scolarisée, et qu'elle s'est construit des liens affectifs et personnels sur le territoire, ainsi qu'il ressortirait des nombreuses attestations produites au débat. Toutefois, ces attestations sont pour la plupart anciennes, datant de 2016, et ne témoignent pas d'une particulière insertion. Il ressort des pièces du dossier, notamment des déclarations de l'intéressée lors de son audition par les services de police le 15 janvier 2024, que Mme G n'a pas d'activité professionnelle, et que ses moyens de subsistance proviennent de dons associatifs et d'aides du conseil départemental. Elle est logée par une association avec son époux, lequel ne justifie pas davantage d'une activité salariée ou de revenus. Sa maîtrise alléguée de la langue française n'est attestée par aucun diplôme ou certificat. Si la fille de Mme H est née en France et y est scolarisée, aucune circonstance, ainsi qu'il a été dit, ne fait obstacle à ce que la vie familiale se poursuive en Arménie, où Mme H a résidé jusqu'à l'âge de 21 ans et où vit encore sa mère. Dans ses conditions, nonobstant la durée de onze années de résidence habituelle en France de Mme H, le préfet de la Vienne, en l'obligeant à quitter le territoire, n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder à Mme H un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de son article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que Mme H a fait l'objet de quatre mesures d'éloignement à l'exécution desquelles elle s'est soustraite. En outre, elle a déclaré lors de son audition le 15 janvier 2014 ne pas vouloir retourner en Arménie. Dès lors, même si elle dispose d'un logement stable, le préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en regardant comme établi le risque qu'elle se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant l'Arménie comme pays de renvoi :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'arrêté contesté du 15 janvier 2024 fixant le pays de renvoi vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que Mme I est de nationalité arménienne, qu'elle a déposé une demande d'asile mais s'est prévalue d'une fausse identité et de la nationalité azerbaïdjanaise, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 juillet 2014, puis la Cour nationale du droit d'asile le 13 octobre 2015, enfin qu'il n'est pas établi qu'elle encourrait des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.

12. En deuxième lieu, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence doit être écarté.

13. En troisième lieu, le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de ces dernières stipulations : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si Mme H soutient avoir subi des menaces et des violences dans son pays d'origine, elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. L'arrêté contesté vise l'article L. 612-6 précité, et, après avoir précisé que Mme H ne disposait pas d'un délai de départ volontaire pour quitter le territoire, énonce notamment que Mme H déclare être entrée en France le 28 décembre 2012, décrit les liens personnels et familiaux de l'intéressée sur le territoire, et mentionne qu'elle s'est soustraite à plusieurs mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

17. Il ressort des pièces du dossier qu'en dehors de son époux, en situation irrégulière sur le territoire, et de sa fille, Mme H ne dispose pas d'autre attache familiale en France, et ne justifie pas d'autres liens personnels intenses et stables. En outre, elle s'est soustraite à l'exécution de quatre précédentes mesures d'éloignement. Dès lors, quand bien même sa présence en France, de plus de onze années, ne représente pas une menace à l'ordre public, le préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur la légalité de l'assignation à résidence :

18. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". L'arrêté du 15 janvier 2024 reprend l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme H fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ, qu'elle est en possession d'un passeport en cours de validité et déclare résider avec son époux et son enfant mineur à Saint-Benoît, qu'enfin il existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet. Dès lors, la décision d'assignation à résidence est suffisamment motivée, et cette motivation témoigne de l'examen sérieux et particulier de sa situation par les services préfectoraux.

19. Les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence doit être écarté.

20. Enfin, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Si Mme H soutient que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable, il ressort des pièces du dossier qu'elle est titulaire d'un passeport en cours de validité, et elle ne fait état d'aucun obstacle sérieux à son éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce que les conditions pour prononcer son assignation à résidence ne seraient pas remplies doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Vienne est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a annulé ses décisions en date du 15 janvier 2024. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme H au titre des frais de l'instance doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur la demande de Mme H tendant à être admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers est annulé.

Article 3 : La demande présentée par Mme H devant le tribunal administratif est rejetée.

Article 4 : Les conclusions présentées par Mme H sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme J H.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président assesseur,

M. Julien Dufour, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

Julien E

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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