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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00489

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00489

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00489
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2301982 du 30 janvier 2023, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, M. B, représenté par

Me Terrier, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 30 janvier 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 de la préfète de la Haute-Vienne ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le mois suivant la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet et le tribunal se sont bornés à tort à examiner sa demande de titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans prendre en compte les motifs exceptionnels d'admission au séjour par le travail au sens de l'article L. 435-1 du même code, dont il se prévaut, notamment son insertion professionnelle depuis son entrée en France à l'âge de seize ans et ses quatre ans d'expérience continue ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour sur le territoire de plus de cinq ans et qu'il a travaillé sans interruption depuis plus de quatre ans ; il répond ainsi aux lignes directrices énoncées dans la circulaire ministérielle du 27 novembre 2012 ;

- l'arrêté en litige a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a construit sa vie privée en France depuis son arrivée sur le territoire à l'âge de seize ans et qu'il s'est intégré dans la société française par le travail après avoir suivi avec succès une formation en apprentissage ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an contrevient à l'article L. 612-10 du code précité dès lors qu'elle n'est motivée à tort que sur les seuls critères d'une ancienneté non significative et du non-respect d'une précédente mesure d'éloignement sans avoir pris en compte les conditions de son séjour en France où il a travaillé et toujours cherché à régulariser sa situation.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/000483 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant pakistanais né en 2003, est entré en France selon ses déclarations en janvier 2019. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 31 juillet 2021. Il a fait l'objet le 27 juin 2022 d'un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement prononcés par le préfet de la Seine-Maritime et a sollicité de nouveau, le 25 juillet 2023, une admission au séjour à titre exceptionnel auprès de la préfecture de la Haute-Vienne en se prévalant notamment d'un contrat de travail. Par un arrêté du 12 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. L'intéressé relève appel du jugement du 30 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. M. B ayant obtenu le 19 mars 2024 le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, ses conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, ont perdu leur objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, si M. B a entendu critiquer la motivation du jugement attaqué, il résulte des termes de ce jugement et notamment de son point 5 que le tribunal a suffisamment répondu au moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé est illégal au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des écritures de première instance que

M. B aurait invoqué des moyens à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par suite, la contestation de la motivation de cette décision est nouvelle en appel et, comme telle, irrecevable.

6. En troisième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, le requérant ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

7. En quatrième lieu, M. B reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens visés ci-dessus déjà invoqués en première instance. Les pièces nouvelles qu'il produit en appel relatives à sa situation professionnelle et sociale, notamment un contrat de travail à durée indéterminée signé en juillet 2023, des bulletins de salaires pour le second semestre de l'année 2023 ou une attestation de droits à l'assurance maladie, ainsi que le dossier de demande de titre de séjour déposé auprès de la préfecture de la Haute-Vienne ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal qui a écarté le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou dans le cadre du pouvoir de régularisation du préfet en relevant à juste titre que l'intéressé, en dépit de son activité d'apprenti et du contrat de travail signé quatre mois avant l'arrêté en litige, est célibataire et sans enfant en France où il n'établit pas avoir tissé des liens familiaux ou privés d'une particulière intensité, qu'il ne conteste pas que les études qu'il a suivies en France n'ont pas abouti, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident tous les membres de sa famille et qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement consécutive à un refus de séjour en 2022. Dès lors, comme l'a indiqué le préfet, sa situation ne présente aucune considération ou motif d'admission au séjour à titre exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 précité. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges et par ceux exposés ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Fait à Bordeaux, le 9 juillet 2024.

La présidente de la 5ème chambre

Elisabeth Jayat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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