lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX00534 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B D a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Par un jugement no 2306627 du 29 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête enregistrée le 1er mars 2024, Mme D, représentée par
Me Renaudie, demande à la cour :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 29 janvier 2024 et de renvoyer l'affaire au tribunal ;
3°) subsidiairement d'annuler l'arrêté du préfet de Lot-et-Garonne du 7 novembre 2023 ;
4°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'administration ait de nouveau statué sur sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le jugement est irrégulier dès lors que la première juge aurait dû surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle en application de l'article 51 de la loi du 10 juillet 1991, ce qui constitue un vice de procédure ; en outre, la première juge n'a pas répondu au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en litige ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- cet arrêté a méconnu le principe du contradictoire et son droit à être entendue, préalablement à la mesure d'éloignement, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, alors qu'elle aurait notamment pu justifier de son insertion professionnelle ;
- la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle réside en France depuis près de deux ans dans un contexte appréciable de sécurité au regard des menaces régulières et des pratiques de l'ethnie dont elle est issue ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle contrevient à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques d'excision qu'elle encourt en cas de retour en Côte d'Ivoire ;
- l'interdiction de retour sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de prise en compte de sa situation professionnelle ; elle est en outre disproportionnée car elle la prive notamment de toute possibilité de solliciter un titre de séjour dans un autre Etat de l'espace Schengen.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2024/000537 en date du 19 mars 2024, a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et ses décrets d'application ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".
2. Mme D, ressortissante ivoirienne née en 1990, a déclaré être entrée en France en février 2022 et a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 septembre 2023. Par un arrêté du
7 novembre 2023, le préfet de Lot-et-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Elle relève appel du jugement du 29 janvier 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Mme D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024, ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne la régularité du jugement :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". L'article
51 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 prévoit : " () II. - Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle sursoit à statuer dans l'attente de la décision relative à cette demande () ".
5. Il ressort du paragraphe 2 du jugement attaqué que Mme D a été admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le jugement comporterait une irrégularité de procédure en ce que la première juge n'aurait pas prononcé un sursis à statuer dans l'attente d'une décision sur sa demande d'aide juridictionnelle.
6. En second lieu, et contrairement à ce que soutient Mme D, la première juge a bien répondu au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige, en relevant que par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Lot-et-Garonne avait consenti une délégation, par ailleurs permanente, à M. E C, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment les mesures d'éloignement et toutes mesures accessoires s'y rapportant ou nécessaires à leur exécution prises en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que le jugement n'est pas entaché d'irrégularité.
En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
S'agissant du droit d'être entendue :
8. Mme D fait valoir qu'à aucun moment elle n'aurait été informée de la possibilité d'une mesure d'éloignement après l'examen de sa demande d'asile. Toutefois il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
9. Si Mme D soutient qu'elle n'a pas pu faire valoir son insertion professionnelle, son contrat de travail à temps partiel en qualité d'agent de propreté, qui ne lui procure que des revenus très faibles, n'est pas susceptible de modifier l'appréciation portée sur son insertion dans la société française. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
S'agissant des autres moyens :
10. Mme D se borne à reprendre en appel, en termes similaires et sans critique utile du jugement, l'ensemble des autres moyens visés ci-dessus, invoqués en première instance. Elle n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens, auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, de les écarter par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D.
Une copie sera transmise pour information au préfet de Lot-et-Garonne.
Fait à Bordeaux, le 8 juillet 2024.
La présidente de la 2ème chambre
Catherine Girault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026