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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00734

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00734

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00734
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2303241 du 7 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, et des pièces enregistrées le 4 avril 2024, M. A, représenté par Me Bedouret, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 du préfet des Hautes-Pyrénées ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 120 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'erreurs d'appréciation quant à ses attaches en France et aux risques auxquels il sera exposé en cas de retour en Afghanistan ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- son droit à être entendu préalablement à l'édiction de cette décision a été méconnu ;

- cette décision qui aura nécessairement pour effet de le reconduire en Afghanistan, seul pays dans lequel il est légalement admissible, est contraire aux articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques qu'il encourt dans son pays d'origine et méconnait l'article 8 de ce même texte au regard de sa vie privée en France.

Par ordonnance du 5 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2024

Un mémoire présenté par le préfet des Hautes-Pyrénées a été enregistré le 23 octobre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Kolia Gallier Kerjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 29 juillet 1997, indique être entré en France le 20 juillet 2021 et a présenté une demande d'asile le 9 novembre 2021. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 février 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 juin suivant. L'intéressé a sollicité un réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 3 août 2023, demande qui a été rejetée comme irrecevable par une décision du 15 septembre suivant. Par une décision du 7 novembre 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé relève appel du jugement du 7 février 2024 par lequel la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'erreurs d'appréciation qu'aurait commises la présidente du tribunal administratif de Pau pour demander l'annulation du jugement attaqué.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et

L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". L'article

L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les textes dont elle fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées s'est fondé pour décider de son éloignement. La décision litigieuse, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant, contrairement à ce que celui-ci soutient.

5. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ont été définitivement refusés à l'étranger ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par suite, la circonstance que M. A n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français ni n'ait été explicitement informé de la possibilité de le faire n'entache pas d'irrégularité la procédure d'éloignement menée par le préfet des Hautes-Pyrénées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait le droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A, célibataire et sans enfant, se borne à soutenir qu'il vit en France depuis plus de deux années à la date de la décision litigieuse et produit au dossier des pièces justifiant d'une activité professionnelle et d'un accompagnement par une mission locale. De tels éléments ne sauraient toutefois suffire à retenir que le préfet aurait, en décidant de son éloignement, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel cette décision a été édictée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, la décision litigieuse se bornant à décider de son éloignement sans fixer le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Evelyne Balzamo, présidente,

Mme Béatrice Molina-Andréo, présidente-assesseure,

Mme Kolia Gallier Kerjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

Kolia Gallier KerjeanLa présidente,

Evelyne Balzamo

La greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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