mardi 10 juin 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX00799 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | MARTINET-BEUNIER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Limoges de condamner la commune du Pêchereau à lui verser la somme de 235 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du harcèlement moral dont elle a été victime, d'annuler l'arrêté de radiation des cadres du 14 mars 2019 ainsi que l'avertissement du 9 juillet 2018 et d'écarter des débats la pièce n°39 qui est couverte par le secret de l'enquête pénale.
Par un jugement n°2101409 du 30 janvier 2024, le tribunal administratif de Limoges a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrées les 29 mars 2024, 12 juillet 2024 et 27 février 2025, Mme B, représentée par Me Benoit, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 30 janvier 2024 du tribunal administratif de Limoges;
2°) de condamner la commune du Pêchereau à lui verser la somme de 235 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du harcèlement moral dont elle a été victime ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Pêchereau la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Limoges a commis une erreur d'appréciation des faits de l'espèce dès lors que les faits dénoncés constituaient bien un harcèlement moral ;
- l'absence de matériel informatique et d'un bureau dédié entravant le bon exercice de ses fonctions, sa mise à l'écart et les mails nocturnes envoyés ainsi que l'agression physique qu'elle a subie de son employeur sont des agissements constitutifs de harcèlement moral ;
- son préjudice moral subi au titre du harcèlement moral doit être évalué à la somme de 235 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2024, le 11 février 2025 et le 20 mars 2025, la commune du Pêchereau conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabienne Zuccarello,
- les conclusions de M. Sébastien Ellie, rapporteur public,
- et les observations de Me Benoit représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par la commune du Pêchereau le 24 août 2015 en qualité d'adjointe technique territoriale, puis à compter du 1er septembre 2015 en qualité d'adjointe territoriale d'animation de 2nde classe. Elle a été nommée sur le poste de " directrice de l'accueil de loisirs TAP " (temps d'accueil périscolaire) et était en charge de la régie de la cantine scolaire de la commune. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 2 juillet 2018 jusqu'au 2 janvier 2019. Suite à une contrevisite médicale effectuée le 27 décembre 2018, le médecin a émis un avis favorable à la reprise du travail. La commune a alors mis en demeure à trois reprises Mme B de réintégrer ses fonctions, sans succès. Par un arrêté du 14 mars 2019, la commune du Pêchereau a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. Le 30 juin 2021, Mme B a adressé à la commune une demande préalable aux fins d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'un harcèlement moral pour un montant de 235 000 euros. Devant le silence de la commune, Mme B a saisi le tribunal administratif de Limoges et elle relève appel du jugement du 30 janvier 2024 par lequel ce tribunal a rejeté sa demande d'indemnisation.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir des agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
4. En premier lieu, Mme B fait valoir que ses conditions de travail ont été rendues difficiles en l'absence de mise à sa disposition d'un bureau particulier et d'un ordinateur personnel nécessaires à ses fonctions de régisseur, et du fait du manque de personnel l'obligeant à suppléer l'absence d'un animateur. Toutefois, eu égard à la petite taille de la commune du Pêchereau, qui compte 1 800 habitants, et par conséquent à ses moyens budgétaires limités, les circonstances que la requérante n'ait pas pu disposer d'un bureau personnel, qu'elle ait dû remplacer un animateur et qu'elle ait dû réaliser ses tâches de gestion sur un ordinateur partagé avec d'autres agents ne sauraient caractériser des actes de harcèlement.
5. En deuxième lieu, Mme B soutient également avoir été victime de dénigrements et d'actes vexatoires de la part de son employeur. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des courriels qu'elle produit que les propos de l'élue en charge de la gestion de l'école aient dépassé le cadre des remarques ou questionnements d'ordre professionnel. D'autre part, si des courriels lui ont été adressés à des heures tardives, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'élue à l'origine de ces documents aurait exigé que Mme B en prenne connaissance immédiatement et il ne lui a pas davantage été reproché de ne pas avoir pris connaissance de ces courriels avant sa prise de service le lendemain matin. Enfin, si la requérante joint un témoignage anonyme relatant des agissements de harcèlement moral qu'elle subissait, cet unique élément, au demeurant rédigé en des termes très généraux et non circonstanciés, ne permet pas d'établir la matérialité du harcèlement moral allégué.
6. En dernier lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que Mme B aurait été victime d'une agression physique le 1er juillet 2018 de la part de l'élue en charge de l'école. Par suite, en l'absence d'élément au soutien de ses allégations, les faits invoqués ne sauraient être regardés comme étant établis.
7. Il résulte de ce l'ensemble de ce qui précède qu'aucun des éléments invoqués par l'appelante n'est de nature à faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral à son encontre.
8. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à être indemnisée du préjudice moral résultant de faits de harcèlement moral.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Pêchereau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que demande la commune du Pêchereau sur le fondement de ces dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée
Article 2 : Les conclusions de la commune du Pêchereau tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à la commune du Pêchereau.
Délibéré après l'audience du 20 mai 2025 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas, président,
Mme Fabienne Zuccarello, présidente-rapporteure,
Mme Carine Farault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.
Le président,
Luc Derepas
La présidente-rapporteure,
Fabienne Zuccarello
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Vienne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026