mardi 26 avril 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-20NC03207 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A et Madame B épouse A ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, chacun en ce qui le concerne, d'annuler les arrêtés du 12 décembre 2019 par lesquels le préfet de la Marne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination.
Par un jugement nos 2000490, 2000491 du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2020, Mme et M. A, représentés par Me Gabon, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 12 juin 2020 ;
2°) d'annuler les arrêtés du préfet de la Marne en date du 12 décembre 2019 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir, de leur délivrer le titre de séjour sollicité ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;
- ils n'ont pas été mis en mesure de formuler des observations préalablement à l'édiction des décisions portant obligation de quitter le territoire français, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- les premiers juges ont commis une erreur de droit en considérant qu'ils avaient présenté une demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet leur a demandé, pour régulariser leur situation, de trouver un travail, ce qu'ils ont fait ;
- les décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles ne procèdent pas d'un examen de leur situation personnelle et professionnelle ; le préfet a considéré à tort qu'ils n'avaient pas trouvé de travail ;
- le préfet a entaché ses décisions d'erreur de droit en estimant qu'ils ne remplissaient pas les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour et du titre de séjour sollicité ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'ils peuvent bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas tenu compte du droit à l'éducation de leurs enfants et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'impliquera un retour en Mongolie ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en fixant le pays de destination.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
M. et Mme A ont chacun été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Picque, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants mongols, sont entrés en France au mois d'avril 2013 selon leurs déclarations. Leur demande d'asile a été rejetée. Chacun en ce qui le concerne personnellement, ils relèvent appel du jugement du 12 juin 2020 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne rejetant leur demande tendant à l'annulation des arrêtés du 12 décembre 2019 par lesquels le préfet de la Marne a refusé de leur délivrer un titre de séjour par la voie de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination.
Sur les arrêtés attaqués :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A sont entrés en France au mois d'avril 2013, alors qu'ils étaient âgés de 28 et 38 ans. Ils sont les parents de trois garçons, Orgil né le 2 octobre 2012 à Rotterdam, Tuguldur né le 28 août 2015 et Manlai né le 13 juin 2019, tous les deux à Châlons-en-Champagne. A la date des décisions en litige, les deux aînés étaient scolarisés en France depuis cinq et deux ans. Par ailleurs, selon les rapports des assistantes sociales de la Croix-Rouge et d'Emmaüs datés du mois de janvier 2019, M. et Mme A font preuve d'autonomie et de " pugnacité " dans leurs démarches volontaires d'intégration. Les membres de la famille parlent français, le père étant en particulier titulaire du diplôme d'études en langue française (DELF) et du diplôme approfondi en langue française (DALF). M. A a travaillé comme chauffeur-livreur pour la communauté Emmaüs entre 2018 et 2019 et, alors qu'il bénéficiait d'une autorisation provisoire de séjour de trois mois qui lui avait été délivrée par le préfet de la Marne dans le but de " vérifier la réalité (d'une) promesse d'embauche ", le requérant a été titulaire de deux contrats dans la restauration entre les mois de septembre et décembre 2019. Enfin, il n'est pas contesté que M. et Mme A ont quitté la Mongolie en 2004 et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils y auraient conservé des attaches personnelles ou familiales. Dans ces circonstances particulières, eu égard à l'ancienneté et aux conditions du séjour des intéressés en France, le préfet de la Marne, en refusant d'admettre exceptionnellement M. et Mme A au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" a apprécié de façon manifestement inexacte leur situation. Dès lors, M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation des décisions du 12 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Marne a refusé de leur délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant leur pays de destination.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. et Mme A sont fondés à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Marne du 12 décembre 2019.
Sur l'injonction et l'astreinte :
5. Le présent arrêt, eu égard au moyen retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer à M. et Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Dans cette attente, du fait de l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet délivrera immédiatement aux requérants une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gabon, avocate des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement nos 2000490, 2000491 du 12 juin 2020 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne et les arrêtés du 12 décembre 2019 par lesquels le préfet de la Marne a rejeté les demandes de titre de séjour présentées par M. et Mme A, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à M. et Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et dans l'attente, de leur délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gabon, avocate de M. et Mme A une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié Madame B épouse A, M. C A, au ministre de l'intérieur et à Me Gabon.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Copie en sera adressée au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Ghisu-Deparis, présidente,
- Mme Grossrieder, présidente assesseure,
- Mme Picque, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2022.
La rapporteure,
Signé : A.-S. PicqueLa présidente,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026