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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-20NC03530

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-20NC03530

mardi 26 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-20NC03530
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSTOCCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les décisions du 29 mai 2019 et du 8 juillet 2019 par lesquelles le président de l'université de Strasbourg l'a, respectivement, ajournée au 4ème semestre de la licence de langues étrangères appliquées (LEA) et ajournée au 4ème semestre de la licence de théologie catholique (THC), ainsi que d'enjoindre au président de l'université de valider sa deuxième année dans ces deux licences, de l'inscrire gratuitement en troisième année de licence LEA et de licence THC et de lui faire parvenir une lettre d'excuses pour l'injustice subie. Mme A a également demandé au tribunal de condamner l'université de Strasbourg à lui verser la somme totale de 11 000 euros au titre des dommages qu'elle a subis, ainsi que la somme mensuelle de 150 euros pendant une année en raison des propos mensongers tenus par les enseignants et enfin la somme mensuelle de 100 euros pendant deux ans au titre de l'impossibilité de se réinscrire à l'université de Strasbourg.

Par un jugement n°s 1905608,1906068 du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2020 et le 23 mars 2021, Mme A, représentée par Me Stocco, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Strasbourg ;

2°) d'annuler les décisions du 29 mai 2019 et du 8 juillet 2019 du président de l'université de Strasbourg ;

3°) d'enjoindre au président de l'université de Strasbourg de la réinscrire gratuitement en deuxième année de licence LEA en enseignement à distance et de mettre en place un suivi pédagogique régulier par un enseignant ;

4°) de condamner l'université de Strasbourg à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des préjudices qu'elle a subis ;

5°) de mettre à la charge de l'université de Strasbourg la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 11 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- alors qu'elle est sans ressources, l'université a ignoré qu'elle habitait loin de Strasbourg et l'a contrainte à de multiples difficultés pour passer ses examens ;

- les décisions l'ajournant sont entachées d'une méconnaissance du principe d'égalité, dès lors qu'elle n'a jamais pu bénéficier de l'aménagement prévu à l'article L. 112-4 du code de l'éducation alors qu'elle est gravement handicapée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, l'université de Strasbourg, représentée par Me Clamer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors que Mme A n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Barteaux, rapporteur public,

- et les observations de Me Durgun, représentant l'université de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A s'est inscrite, au titre de l'enseignement à distance, en deuxième année de " langues étrangères appliquées " (LEA), ainsi qu'en deuxième année de " théologie catholique " (THC) à l'université de Strasbourg pour l'année 2018-2019. Par des décisions du 29 mai 2019 et du 8 juillet 2019, le président de l'université de Strasbourg l'a, respectivement, ajournée au 4ème semestre de la licence de langues étrangères appliquées (LEA) et ajournée au 4ème semestre de la licence de théologie catholique (THC). Mme A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler ces décisions, ainsi que d'enjoindre au président de l'université de valider sa deuxième année dans ces deux licences, de l'inscrire gratuitement en troisième année de licence LEA et de licence THC et de lui faire parvenir une lettre d'excuses pour l'injustice subie. Mme A a également demandé que l'université de Strasbourg soit condamnée à lui verser la somme de 11 000 euros au titre des préjudices subis, ainsi que la somme mensuelle de 150 euros pendant une année en raison des propos mensongers tenus par les enseignants et enfin la somme mensuelle de 100 euros pendant deux ans au titre de l'impossibilité de se réinscrire à l'université de Strasbourg. Mme A fait appel du jugement n°s 1905608, 1906068 du 19 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 112-4 du code de l'éducation : " Pour garantir l'égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. () . ". Aux termes de l'article D. 351-27 du même code : " Les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire qui présentent un handicap peuvent bénéficier d'aménagements portant sur : / 1° Les conditions de déroulement des épreuves, de nature à leur permettre de bénéficier des conditions matérielles ainsi que des aides techniques et humaines appropriées à leur situation ; / 2° Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles. Toutefois, cette majoration peut être augmentée, eu égard à la situation exceptionnelle du candidat, sur demande motivée du médecin et portée dans l'avis mentionné à l'article D. 351-28 ; / 3° La conservation, durant cinq ans, des notes à des épreuves ou des unités obtenues à l'examen ou au concours, ainsi que, le cas échéant, le bénéfice d'acquis obtenus dans le cadre de la procédure de validation des acquis de l'expérience, fixée aux articles R. 335-5 à R. 335-11 ; / 4° L'étalement sur plusieurs sessions du passage des épreuves ; / 5° Des adaptations ou des dispenses d'épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'éducation ". Aux termes de l'article D. 351-28 du même code : " Les candidats sollicitant un aménagement des conditions d'examen ou de concours adressent leur demande à l'un des médecins désignés par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées territorialement compétente. / La demande doit être formulée au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen ou au concours concerné, sauf dans le cas où le handicap est révélé après cette échéance ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, inscrite, au titre de l'enseignement à distance, en deuxième année de LEA, ainsi qu'en deuxième année de THC à l'université de Strasbourg pour l'année 2018-2019, souffre d'un handicap lié à un déficit visuel important. Mme A fait valoir que l'université de Strasbourg aurait dû prendre en compte son handicap pour adapter ses conditions d'examen. Pour autant, il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contesté par la requérante qu'elle n'a présenté aucune demande auprès de l'administration pour bénéficier de tels aménagements avant les examens du second semestre de l'année 2018-2019. En effet, après avoir contacté, le 9 avril 2019, le service chargé des questions de handicap de l'université pour demander, sans plus de précision, un report de la date de rendu d'un de ses devoirs, elle n'a pas répondu au courriel du 10 avril 2019 de ce service sollicitant plus de précisions sur sa situation et l'invitant à se manifester en cas de souhait de disposer plus généralement de modalités d'examen adaptées. Mme A a finalement uniquement transmis, sans plus d'explication, sa carte d'invalidité en pièce jointe d'un courriel adressé au secrétariat d'un autre service le 17 juin 2021. Enfin, si Mme A indique que l'université aurait eu nécessairement connaissance de son handicap, car elle aurait produit lors de son inscription sa carte d'invalidité, elle n'apporte aucun élément étayant cette allégation. Par suite, non seulement Mme A n'a pas présenté de demande visant à adapter les conditions d'examen de fin d'année 2018-2019 à son handicap, mais elle n'a, de plus, pas fourni à l'administration, dans les délais impartis, les éléments nécessaires à la prise en compte de son handicap lors des épreuves de fin d'année. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance, à la considérer comme établie, que Mme A connaîtrait des difficultés pour se rendre aux examens en raison de son absence de ressource et du fait qu'elle habite loin de Strasbourg ne saurait entacher les décisions litigieuses d'illégalité. Le moyen doit par suite être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que les conclusions de Mme A à fin d'annulation des décisions du président de l'université de Strasbourg doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction. Les décisions litigieuses n'étant pas illégales, les conclusions indemnitaires, fondées sur l'illégalité fautive de ces décisions, ne peuvent de même, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, qu'être rejetées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions des articles 37 de la loi du 11 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Strasbourg, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par l'université de Strasbourg.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université de Strasbourg sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et à l'université de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Wurtz, président de chambre,

- M. Meisse, premier conseiller,

- M. Marchal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé : S. C

Le président,

Signé : C. WURTZLe greffier,

Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier :

F. LORRAIN

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