mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC00211 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler, d'une part, les décisions implicites par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et une autorisation de travail, d'autre part, l'arrêté du 12 mai 2020 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux années.
Par un jugement n° 2001271 du 24 septembre 2020, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier et 2 novembre 2021, M. A, représenté par Me Jeannot, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nancy du 24 septembre 2020 ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, d'une part, les décisions implicites refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et une autorisation de travail, d'autre part, l'arrêté du 12 mai 2020 pris à son encontre par le préfet de Meurthe-et-Moselle ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de retirer le signalement aux fins de
non-admission dans le système Schengen dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot, avocat de M. A, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé :
- en méconnaissance des dispositions des articles R. 311-4, R. 311-6 et R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne pouvait lui refuser de lui délivrer un récépissé dans la mesure où son dossier était complet ;
Sur la décision implicite de refus de délivrance d'une autorisation de travail :
- en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail, en ne délivrant pas une autorisation de travail qui est de droit sur présentation d'un contrat d'apprentissage, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- la décision est illégale compte tenu de l'annulation du refus de délivrance du récépissé et de l'autorisation de travail ;
- en examinant uniquement sa demande sous l'angle des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels et en n'examinant pas sa demande de titre de séjour sur le terrain du travail, le préfet a commis une erreur de droit ;
- en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne régularisant pas sa situation à titre exceptionnel, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des autres décisions ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;
- en méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision, qui ne comporte aucune mesure d'éloignement, est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen des quatre critères prévus par la loi ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur les conséquences manifestement excessives qu'elle comporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il s'en remet à ses écritures de première instance et soutient, en outre, que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Denizot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien, qui déclare être né le 26 février 2001 et être entré en France au cours du mois de juin 2017, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 21 septembre 2017. M. A a déposé, le 18 février 2019, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mai 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Par un jugement du 5 décembre 2019, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la demande de M. A. Par la suite, le 30 décembre 2019, M. A a demandé, à titre exceptionnel, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", afin d'obtenir une autorisation de travail. Par un arrêté du 12 mai 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer le titre sollicité et a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux années. M. A relève appel du jugement du 24 septembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé :
2. Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce récépissé est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 311-10, de l'instruction de la demande () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 30 décembre 2019 ne constituait pas la première demande de délivrance d'un titre de séjour au profit de M. A. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, M. A n'était pas en droit de se voir remettre le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision implicite de refus d'autorisation de travail :
4. Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. Cette autorisation est accordée de droit aux mineurs isolés étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, sous réserve de la présentation d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation () ".
5. D'une part, à la date à laquelle M. A avait sollicité son admission exceptionnelle au séjour, l'intéressé, qui ne bénéficiait pas d'un récépissé d'une demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et qui se maintenait irrégulièrement sur le territoire français, ne saurait être regardé comme ayant été autorisé à séjourner en France au sens des dispositions précitées. L'intéressé ne pouvait donc se prévaloir des dispositions de la première phrase du deuxième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail. D'autre part, à la date à laquelle il a sollicité, le 30 décembre 2019, son admission au séjour à titre exceptionnel, M. A n'était plus mineur et ne pouvait donc se prévaloir des dispositions de la seconde phrase du deuxième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, M. A ne bénéficiait pas, de droit, d'une délivrance d'une autorisation de travail. Dès lors, les moyens tirés de ce que, en ne délivrant pas une autorisation de travail à l'intéressé, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur de droit et aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doivent être écartés.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. La décision de refus de séjour contestée aurait pu être prise en l'absence des décisions implicites de refus de délivrance d'un récépissé ou d'une autorisation de travail. Ces décisions implicites ne constituent pas davantage la base légale de la décision de refus de séjour. Ainsi, M. A ne peut utilement demander l'annulation de la décision de refus de séjour par voie de conséquence de l'illégalité des décisions implicites, dont l'illégalité, au demeurant, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'a pas été établie.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, le 30 décembre 2019, M. A a sollicité, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " afin d'obtenir une autorisation de travail, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage de certificat d'aptitude professionnelle " Maçon " avec l'entreprise SARL Kayalar. En outre, selon le bordereau annexé à cette demande, M. A ne s'est pas prévalu de la lettre, datée du 19 mai 2020, par laquelle la société Kayalar a déclaré être prêt à embaucher M. A et dont le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas eu connaissance. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de Meurthe-et-Moselle a, après avoir pris connaissance du contrat d'apprentissage conclu entre M. A et la société Kayalar, refusé de régulariser la situation administrative de M. A en qualité de salarié. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en n'examinant pas si sa demande devait, à titre exceptionnel, permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A se prévaut de son inscription au centre de formation des apprentis de Pont-à-Mousson pour l'année scolaire 2019/2020 et de la signature d'un contrat de formation avec la SARL Kayalar. Toutefois, en dépit des efforts d'intégration de l'intéressé en France, de telles circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels que M. A a pu faire valoir. Au surplus, la promesse d'embauche rédigée par le gérant de la SARL Kayalar, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle en ait eu connaissance, ne saurait être regardée, à elle seule, comme attestant de motifs exceptionnels exigés par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de Meurthe-et-Moselle doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l' exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la présence en France, à la date de la décision attaquée est récente, qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas disposer d'attaches familiales en France, ni ne plus disposer de telles attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, malgré sa volonté d'intégration, la décision de refus de séjour n'a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'est pas établi que les décisions implicites de refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour et d'autorisation de travail ou de la décision refusant de délivrer un titre de séjour seraient illégales. Par suite, M. A ne peut, en tout état de cause, demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité des décisions implicites et de refus de délivrance d'un titre de séjour.
13. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). " La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
14. La décision interdisant à M. A de retourner sur le territoire français vise le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne le fait que l'intéressé s'est maintenu au-delà du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé le 13 mai 2019 pour la mise en œuvre de la mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécuté, de la durée de la résidence de l'intéressé en France et de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait exigées par les dispositions précitées et est suffisamment motivée, contrairement à ce que soutient M. A. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé, avant de prendre la décision d'interdiction de retour, à l'examen des critères prévus pas les dispositions précitées.
15. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées du sixième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur que l'autorité administrative peut prendre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai départ volontaire dont était assorti une précédente obligation de quitter le territoire français. Ainsi, la décision d'interdiction de retour peut être prise, postérieurement à une précédente obligation de quitter le territoire français, à la suite de la constatation par l'autorité administrative du maintien irrégulier de l'étranger après l'expiration du délai de départ volontaire. Contrairement à ce que soutient, pour la première fois en appel le requérant, aucune de ces dispositions n'impose que l'autorité administrative prenne une interdiction de retour concomitamment à une décision d'obligation de quitter le territoire français, laquelle en l'espèce a été prise à son encontre le 13 mai 2019. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
16. En dernier lieu, M. A reprend en appel le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision d'interdiction de retour sur sa situation personnelle sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par les premiers juges. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Nancy.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Ghisu-Deparis, présidente,
- Mme Samson-Dye, présidente assesseure,
- M. Arthur Denizot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé : A. DenizotLa présidente,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026