vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC01114 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SARL LE PRADO - GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg, d'une part, de condamner les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises lors de sa prise en charge et du fait de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée à l'occasion de son hospitalisation, d'autre part, d'ordonner avant dire droit une nouvelle expertise médicale aux fins de déterminer la date de consolidation de son état de santé, ainsi que la nature et l'étendue de ses préjudices, enfin, de condamner l'établissement public de santé à lui verser une indemnité provisionnelle de 50 000 euros.
Par un jugement n° 1700727 du 31 juillet 2018, le tribunal administratif de Strasbourg a condamné les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à verser à Mme A une indemnité provisionnelle de 20 000 euros et a ordonné avant dire droit une nouvelle expertise médicale.
Par un jugement n° 1700727 du 25 février 2021, le tribunal administratif de Strasbourg, d'une part, a condamné l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à verser à Mme A la somme de 150 euros, d'autre part, a condamné les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à verser à Mme A la somme de 25 484,84 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013, sous déduction de la provision de 20 000 euros déjà versée, et à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin la somme de 9 871,13 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 21 novembre 2017 et de leur capitalisation, au titre de ses débours, et celle de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, enfin, a mis à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 350 euros par une ordonnance du 9 mars 2020.
Procédures devant la cour :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 avril et 5 novembre 2021, sous le n° 21NC01114, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogène, représenté par Me Roquelle-Meyer, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1700727 du tribunal administratif de Strasbourg du 25 février 2021 en tant qu'il l'a condamné à verser à Mme A la somme de 150 euros en réparation des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au cours de son hospitalisation ;
2°) de prononcer sa mise hors de cause ;
3°) de condamner tout succombant aux entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges se sont fondés sur les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, qui ont vocation à s'appliquer uniquement en présence d'un accident médical non fautif ;
- l'infection nosocomiale contractée par Mme A ne peut ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale, dès lors qu'elle n'atteint pas le seuil de gravité requis par les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, seules applicables en l'espèce ;
- la prise en charge des séquelles en lien avec l'infection nosocomiale relève de la responsabilité de plein droit de l'établissement public de santé instituée au second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Par un mémoire, enregistré le 3 novembre 2021, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, représentés par Me Le Prado, concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir que l'infection nosocomiale contractée par Mme A doit être indemnisée au titre de la solidarité nationale dès lors que les conditions de gravité et d'anormalité du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Houpert, conclut à la réformation du jugement de première instance en tant qu'il s'est borné à lui allouer 150 euros au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée, à la condamnation de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ou, à défaut, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme de 5 120 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013 et de leur capitalisation, au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiales et de mettre à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- dans l'hypothèse où l'infection nosocomiale ne remplirait pas les conditions pour ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale, les conséquences dommageables d'une telle infection doivent être prise en charge par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ;
- elle est fondée à réclamer, à ce titre, 150 euros pour le déficit fonctionnel temporaire occasionné et 5 000 euros pour les souffrances endurées.
Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, représentée par Me Rosenstiehl, conclut à la confirmation du jugement de première instance en tant qu'il a condamné les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme de 9 871,13 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 21 novembre 2017 et de leur capitalisation, au titre de ses débours et celle de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle fait valoir qu'aucun des concluants n'a émis de demande à son encontre.
II. Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 20 avril, 15 novembre et 1er décembre 2021, sous le n° 21NC01129, Mme B A, représentée par Me Houpert, demande à la cour dans le dernier état de ses écritures :
1°) de réformer le jugement n° 1700727 du tribunal administratif de Strasbourg du 25 février 2021 en tant qu'il s'est borné à lui allouer la somme de 150 euros au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée et celle de 25 484,84 euros au titre des conséquences dommageables des fautes commises par l'établissement public de santé lors de sa prise en charge ;
2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ou, à défaut, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme totale de 5 120 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013 et de leur capitalisation, au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale ;
3°) de condamner les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme totale de 143 423,98 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait du défaut d'information et de l'erreur de diagnostic imputables à l'établissement public de santé.
4°) de mettre à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dans l'hypothèse où l'infection nosocomiale ne remplirait pas les conditions pour ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale, les conséquences dommageables d'une telle infection doivent être prises en charge par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ;
- contrairement aux allégations des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, de telles conclusions, qui ne sont pas nouvelles en appel, sont recevables ;
- elle est fondée à réclamer, au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale, 150 euros pour le déficit fonctionnel temporaire occasionné et 5 000 euros pour les souffrances endurées.
- elle est également fondée, eu égard au manquement des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à leur obligation d'information du patient, la somme de 9 000 euros au titre de son préjudice moral d'impréparation ;
- c'est à tort que les premiers juges ont appliqué un taux de perte de chance pour évaluer son préjudice moral d'impréparation ;
- les préjudices liés à l'erreur de diagnostic commise par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, doivent être évalués, après application du taux de perte de chance de 81,25 % retenu par les premiers juges et qu'il y a lieu de confirmer, à 32 500 euros pour l'incidence professionnelle, à 4 200,54 euros pour le déficit fonctionnel temporaire, à 12 187,50 euros pour le préjudice esthétique temporaire, à 36 562,50 euros pour les souffrances endurées, à 18 098,44 euros pour le déficit fonctionnel permanent, à 29 250 euros pour le préjudice esthétique, à 1 625 euros pour le préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juillet et 5 novembre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Roquelle-Meyer, conclut à la réformation du jugement de première instance en tant qu'il l'a condamné à verser à Mme A la somme de 150 euros en réparation des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au cours de son hospitalisation, au rejet de la requête en tant qu'elle tend à sa condamnation, à sa mise hors de cause et à la condamnation de tout succombant aux entiers dépens de l'instance.
Il fait valoir que :
- c'est à tort que les premiers juges se sont fondés sur les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, qui ont vocation à s'appliquer uniquement en présence d'un accident médical non fautif ;
- l'infection nosocomiale contractée par Mme A ne peut ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale, dès lors qu'elle n'atteint pas le seuil de gravité requis par les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, seules applicables en l'espèce ;
- la prise en charge des séquelles en lien avec l'infection nosocomiale relève de la responsabilité de plein droit de l'établissement public de santé instituée au second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 et 25 novembre 2021, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, représentés par Me Le Prado, conclut au rejet de la requête de Mme A et à celui des conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Ils font valoir que :
- l'infection nosocomiale contractée par Mme A doit être indemnisée au titre de la solidarité nationale dès lors que les conditions de gravité et d'anormalité du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont réunies ;
- les conclusions de Mme A tendant à ce que les conséquences dommageables de cette infection nosocomiale soit mise à leur charge sont irrecevables dès lors qu'elles sont nouvelles en appel et qu'elles ont pour effet de majorer le montant de l'indemnisation réclamée en première instance à leur encontre ;
- le jugement de première instance doit être confirmé en tant qu'il a condamné l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à indemniser préjudices de Mme A en lien avec l'infection nosocomiale qu'elle a contractée, qu'il a alloué à l'intéressée les sommes de 1 800 euros au titre de son préjudice moral d'impréparation, de 1 434,84 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et de 9 500 euros au titre de son préjudice esthétique, de 1 600 euros au titre des souffrances endurées, de 11 150 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et qu'il a rejeté ses prétentions indemnitaires au titre de l'incidence professionnelle, du préjudice d'agrément et du préjudice sexuel.
Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, représentée par Me Rosenstiehl, conclut à la confirmation du jugement de première instance en tant qu'il a condamné les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme de 9 871,13 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 21 novembre 2017 et de leur capitalisation, au titre de ses débours, et celle de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle fait valoir qu'aucun des concluants n'a émis de demande à son encontre.
Par un courrier du 30 avril 2024, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de ce que la responsabilité de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est susceptible d'être engagée au titre de la solidarité nationale en raison de l'accident médical non fautif subi par la requérante lors de la première intervention du 3 décembre 2012 au matin.
Par un autre courrier du même jour, les parties ont également été informées que la cour était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A tendant à la condamnation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à l'indemniser des conséquences dommageables de son infection nosocomiales, ces conclusions ayant été présentées postérieurement au délai d'appel.
Des observations en réponse aux courriers du 30 avril 2024, présentées pour l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales par Me Roquelle-Meyer, ont été reçues le 3 mai 2024 et communiquées le 6 mai suivant.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meisse,
- les conclusions de M. Marchal, rapporteur public,
- et les observations de Me Poinsignon pour la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 21NC01114 et n° 21NC01129, présentées respectivement pour l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et pour Mme B A, sont dirigées contre un même jugement et concernent le même litige indemnitaire. Elles soulèvent des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.
2. Née le 7 décembre 1964, Mme A présentait des douleurs associées à une instabilité chronique du genou droit à la suite d'un accident de ski remontant à une dizaine d'années. Elle a consulté, le 10 octobre 2011, un chirurgien orthopédique des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. A la suite d'un bilan réalisé par imagerie au mois de février 2012, qui a mis en évidence la présence d'une anse de seau du ménisque médial et d'une rupture probablement ancienne du ligament croisé antéro-externe du genou droit, la patiente a fait l'objet, le 3 décembre 2012, au centre de chirurgie orthopédique et de la main d'Illkirch-Graffenstaden, relevant des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, d'une intervention chirurgicale réalisée par ce chirurgien. Cette opération a consisté en une suture méniscale, une plastie ligamentaire et, compte tenu d'un " genu varum ", une ostéotomie tibiale de valgisation. Ayant constaté, à l'issue de son intervention, une diminution de la vascularisation du membre inférieur droit opéré, le chirurgien, après confirmation de ce syndrome ischémique par un écho-doppler, a sollicité en urgence une prise en charge spécialisée de Mme A dans le service de chirurgie cardiovasculaire du nouvel hôpital civil de Strasbourg en raison d'une suspicion de plaie artério-veineuse. Après avoir réalisé une artériographie de contrôle au bloc opératoire et posé un diagnostic de spasme artériel, l'équipe médicale a décidé, le jour même, de pratiquer sur la patiente une aponévrotomie de décharge. En l'absence d'amélioration notable de son état de santé, Mme A a fait l'objet, le 4 décembre 2012, d'une seconde artériographie montrant une persistance de l'interruption vasculaire au niveau de la veine poplitée et de l'artère poplitée sous articulaire. Une exploration de la zone ayant révélé la présence d'une plaie artério-veineuse, une nouvelle intervention a été réalisée le jour même afin de suturer la veine et procéder à un pontage de l'artère. Le 13 décembre 2012, la patiente a été transférée au centre de traumatologie d'Illkirch-Graffenstaden, avant d'être prise en charge en hospitalisation de jour, du 11 janvier au 4 juillet 2013, par l'institut universitaire de réadaptation Clémenceau de Strasbourg. Le 4 janvier 2013, elle a fait l'objet d'une greffe cutanée destinée à couvrir l'aponévrotomie pratiquée le 3 décembre 2012. En outre, en raison des troubles cicatriciels présentés par Mme A, une ponction, réalisée le 20 février 2013, a mis en évidence la présence de staphylocoques dorés dans la zone tibiale, dont le traitement a nécessité une nouvelle hospitalisation du 25 février 2013 au 1er mars 2013, une intervention chirurgicale le 26 février 2013 aux fins de procéder à l'ablation du matériel d'ostéosynthèse et au nettoyage de la plaie et la prescription d'antibiotiques pendant trois mois. Enfin, en raison d'un équinisme du pied droit occasionnant des douleurs, Mme A a été hospitalisée à la clinique de l'Orangerie de Strasbourg du 19 au 22 novembre 2014, où elle a été opérée, le 19 novembre 2014, d'un allongement du tendon d'Achille et d'une réaxation des orteils. Cette intervention a entraîné une immobilisation plâtrée de six semaines, suivie de séances de rééducation. Estimant que sa prise en charge avait été fautive, Mme A, par deux courriers des 16 avril et 16 mai 2013, a adressé aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg une demande d'indemnisation. En l'absence de réponse de l'établissement public de santé, elle a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg qui, par une ordonnance n° 1304776 du 4 août 2014, a ordonné une expertise médicale, dont le rapport a été établi le 14 mars 2016. Le 13 février 2017, Mme A a saisi le tribunal administratif de Strasbourg d'une demande tendant à la condamnation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la survenue d'une infection nosocomiale et de leurs manquements à l'obligation d'information du patient et dans l'établissement du diagnostic. En l'absence d'éléments permettant d'évaluer les préjudices de l'intéressée et de déterminer si l'accident médical non fautif survenu le 3 décembre 2012 était susceptible de donner lieu à une indemnisation au titre de la solidarité nationale, une nouvelle expertise médicale, dont le rapport a été établi le 22 novembre 2019, a été ordonnée par un jugement avant dire droit n° 1700727 du 31 juillet 2018. Ce même jugement a condamné les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à verser à la victime une indemnité provisionnelle de 20 000 euros. Mme A relève appel du jugement n° 1700727 du tribunal administratif de Strasbourg du 25 février 2021 en tant qu'il s'est borné à lui allouer la somme de 150 euros au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée et celle de 25 484,84 euros au titre des conséquences dommageables des fautes commises par l'établissement public de santé lors de sa prise en charge, sous déduction de l'indemnité provisionnelle de 20 000 euros déjà versée. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales relève également appel de ce jugement en tant qu'il le condamne à verser à Mme A la somme de 150 euros au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la réparation des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale :
S'agissant de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale :
3. D'une part, aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du même code : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, () une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 () une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue () de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque () l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; () ".
5. Les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, issues de l'article 1er de la loi du 30 décembre 2002, relative à la responsabilité médicale, sont distinctes de celles du II de l'article L. 1142-1 du même code, qui résultaient de la loi du 30 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Ces dispositions ont créé un nouveau régime de prise en charge par la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales, à la seule condition qu'elles aient entraîné un taux d'incapacité permanente supérieur à 25 % ou le décès du patient.
6. Il résulte du rapport d'expertise du 14 mars 2016 que, en raison des troubles cicatriciels présentés par Mme A dans les suites des opérations, une ponction, réalisée le 20 février 2013, a mis en évidence la présence de staphylocoques dorés dans la zone de la cicatrice de la voie d'abord de l'ostéotomie tibiale droite, dont le traitement a nécessité une nouvelle hospitalisation du 25 février 2013 au 1er mars 2013, une intervention chirurgicale le 26 février 2013 aux fins d'ablation du matériel d'ostéosynthèse et de nettoyage de la plaie et la prescription d'antibiotiques pendant trois mois. L'expert, après avoir fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme A au 28 février 2015, a évalué globalement son taux d'incapacité permanente à 15 %. Il suit de là que l'infection nosocomiale contractée par Mme A ne remplit pas les conditions pour ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
S'agissant de la responsabilité des Hôpitaux universitaires de Strasbourg :
7. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a sollicité en première instance, tant dans sa demande introductive du 13 février 2017 que dans ses mémoires complémentaires des 16 juin et 20 juillet 2020, enregistrés postérieurement à la remise du rapport d'expertise du 22 novembre 2019, la condamnation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à lui verser la somme de 5 120 euros au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée. Si, dans le dossier n° 21NC01129, les conclusions à fin d'indemnisation de la requérante, en tant qu'elles sont dirigées contre l'établissement public de santé, ne sont pas nouvelles en appel et n'ont pas pour effet de majorer le montant de l'indemnisation réclamée par l'intéressée à l'encontre de cet établissement, elles ont été présentées pour la première fois postérieurement à l'expiration du délai d'appel, dans un mémoire complémentaire enregistré le 15 novembre 2021. Elles sont donc tardives et, par suite, irrecevables. En revanche, dans le dossier n° 21NC01114, Mme A demeure recevable à rechercher, par la voie de l'appel incident, la responsabilité des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à raison des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée.
8. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise du 14 mars 2016 et il n'est plus contesté par les Hôpitaux universitaire de Strasbourg que l'infection contractée par la patiente au niveau de la cicatrice de la voie d'abord de l'ostéotomie tibiale droite présente un caractère nosocomial. Dans ces conditions, la responsabilité de l'établissement instituée au second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique est engagée.
9. Mme A sollicite une indemnisation au titre du déficit fonctionnel temporaire correspond aux cinq jours d'hospitalisation, du 25 février au 1er mars 2013, nécessités par le traitement de l'infection nosocomiale et au titre des souffrances endurées en lien avec cette infection. Il sera fait une juste appréciation de ces chefs de préjudices en allouant à l'intéressée les sommes respectives de 100 et de 3 000 euros.
10. Il y a lieu également de condamner les Hôpitaux universitaires de Strasbourg à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin la somme de 6 697,28 euros au titre des débours exposés pour le traitement de l'infection nosocomiale de Mme A.
En ce qui concerne la réparation des conséquences dommageables des manquements des Hôpitaux universitaires de Strasbourg à leur obligation d'information de la patiente et dans l'établissement du diagnostic :
S'agissant des fautes commises :
11. D'une part, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors applicable : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / La volonté d'une personne d'être tenue dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. / () ".
12. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. En outre, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
13. Il résulte de l'instruction, spécialement du rapport d'expertise du 14 mars 2016, et il n'est d'ailleurs pas contesté que le chirurgien orthopédique qui a opéré Mme A le 3 décembre 2012 au matin ne l'a pas informée des risques de survenance de lésions vasculaires. Eu égard à la gravité du risque encouru, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont manqué à leur obligation d'information de la patiente et ont ainsi commis une faute qui engage leur responsabilité.
14. D'autre part, aux termes du premier alinéa du premier paragraphe de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut de produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ". Aux termes de l'article R. 4127-33 du même code : " Le médecin doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en s'aidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées et, s'il y a lieu, de concours appropriés ".
15. Il résulte de l'instruction, spécialement du rapport d'expertise du 14 mars 2016, et il n'est au demeurant pas contesté, que le service de chirurgie cardiovasculaire, pourtant alerté par le chirurgien orthopédique de la possibilité d'une plaie artério-veineuse, n'a pas procédé, dès le 3 décembre 2012 dans l'après-midi, à une exploration de la veine poplitée et de l'artère poplitée sous articulaire, qui aurait permis d'identifier une telle lésion et de procéder immédiatement à la suture de la veine et au pontage de l'artère. Une telle intervention n'a eu lieu que le lendemain. Alors que, selon l'expert, l'absence de vascularisation, si elle n'est que partielle, peut être tolérée pendant quatre à douze heures, la circonstance que le membre inférieur de Mme A soit demeuré en état d'ischémie plus de douze heures explique une grande partie des complications cutanées et neurologiques présentées ultérieurement par la patiente. Dans ces conditions, le retard mis par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg dans l'établissement du diagnostic et la prise en charge appropriée de la pathologie a constitué une faute de nature à engager leur responsabilité.
S'agissant de la perte de chance :
16. Lorsqu'un manquement de l'établissement public de santé à son obligation d'information du patient, puis une faute médicale sont chacun à l'origine d'une perte de chance d'éviter un dommage corporel, il y a lieu, pour fixer le taux global de perte de chance subie par la victime d'additionner, d'une part, le taux de sa perte de chance de se soustraire à l'opération, c'est-à-dire la probabilité qu'elle ait refusé l'opération si elle avait été informée du risque qu'elle comportait et, d'autre part, le taux de sa perte de chance résultant des fautes médicales commises lors de l'intervention et dans la prise en charge post-opératoire, ce taux étant multiplié par la probabilité qu'elle ait accepté l'opération si elle avait été informée du risque qu'elle comportait.
17. Il résulte de l'instruction que les manquements imputables aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg dans leur obligation d'information du patient et dans l'établissement du diagnostic ont chacun privé Mme A d'une chance de se soustraire aux conséquences dommageables des lésions vasculaires. Il y a lieu de confirmer les taux respectifs de perte de chance de 25 et 75 % retenus par les premiers juges. Il en résulte un taux global de perte de chance de 25 % + [75 % X (100-25) %], soit 81,25%.
S'agissant des préjudices :
Quant à l'incidence professionnelle :
18. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui exerçait la profession de secrétaire commerciale au sein de la même entreprise depuis quatorze ans, a, par un courrier du 31 janvier 2014, été convoquée par son employeur à un entretien préalable à son licenciement et qu'elle a finalement signé avec celui-ci, le 12 février 2014, une rupture conventionnelle de son contrat de travail pour un motif tiré de son état de santé. Toutefois, il n'est pas contesté que l'intéressée, après une période de chômage, a pu retrouver un emploi de niveau équivalent en octobre 2017 au sein d'une entreprise allemande dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. En outre, reconnue travailleuse handicapée par une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Bas-Rhin du 29 juillet 2014, l'intéressée a perçu, de 2015 à 2017, une pension d'invalidité de catégorie 1 pour une somme totale de 12 000 euros, qui a permis de réparer pour cette période l'incidence professionnelle de l'incapacité. Par suite et alors que Mme A ne se prévaut pas d'une perte de revenus professionnels et qu'il n'est pas établi, ni même allégué, que son licenciement survenu le 29 février 2020 serait en lien avec son état de santé, c'est à bon droit que les premiers juges ont refusé de faire droit à ses conclusions à fin d'indemnisation de ce chef de préjudice.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
19. Il résulte de l'instruction que Mme A, à la suite de son intervention du 3 décembre 2012, a été hospitalisée jusqu'au 11 janvier 2013, avant d'être prise en charge en hospitalisation de jour du 11 janvier au 4 juillet 2013. En outre, selon le rapport d'expertise du 14 mars 2016, Mme A a développé, en lien direct avec les séquelles neurologiques causées par son syndrome ischémique, des rétractations tendineuses, qui ont nécessité une nouvelle hospitalisation du 19 au 22 novembre 2014, suivie d'une immobilisation plâtrée de six semaines. Dans ces conditions, pour la période allant du 3 décembre 2012 au 28 février 2015, date de consolidation de son état de santé, l'intéressée a donc subi un déficit fonctionnel temporaire de 100 % au titre de ses hospitalisations (soit 44 jours), de 50 % au titre de son hospitalisation de jour et de son immobilisation plâtrée (soit 217 jours) et de 15 % pour le surplus (soit 549 jours). Il y a lieu d'exclure, pour la comptabilisation de la deuxième période, les cinq jours correspondant à son hospitalisation pour le traitement de l'infection nosocomiale et, pour la troisième période, les six semaines correspondant au délai habituel de convalescence au décours de l'intervention du 3 décembre 2012 en l'absence de complications vasculaires. Dans ces conditions, en retenant, pour un déficit fonctionnel temporaire total, une base forfaitaire de 20 euros par jour, le préjudice subi par Mme A s'établit à 4 521 euros. Par suite, il y a lieu d'allouer à la victime, après application d'un taux de perte de chance de 81,25%, la somme de 3 673,31 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
20. Il résulte du rapport d'expertise du 22 novembre 2019 que le taux d'incapacité permanente de Mme A, née le 7 décembre 1964, a été fixé à 15 %, dont 2 à 3 % correspondent aux séquelles que la requérante aurait, de toute façon, conservées en l'absence de complications vasculaires. L'intéressée étant âgée de cinquante ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 15 000 euros et en allouant à la victime, après application d'un taux de perte de chance de 81,25 %, à la somme de 12 187,50 euros.
Quant aux souffrances endurées :
21. Il résulte de l'instruction, spécialement du rapport d'expertise du 22 novembre 2019, que les souffrances endurées ont été qualifiées d'assez importantes alors qu'elles auraient été légères en l'absence de complications vasculaires. Dans ces conditions, eu égard aux 3 000 euros déjà accordés à l'intéressée au titre des souffrances induites par l'infection nosocomiale, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 9 000 euros et donc, après application du taux de perte de chance de 81,25 %, à la somme de 7 312,50 euros.
Quant au préjudice esthétique :
22. Il résulte de l'instruction et, plus particulièrement, du rapport d'expertise du 14 mars 2016 que Mme A présente de nombreuses cicatrices sur le membre inférieur droit, dont la plupart sont imputables au retard mis par l'établissement public de santé dans l'établissement du diagnostic et la prise en charge adaptée de la pathologie. Certaines cicatrices, qui présentent un aspect anfractueux, sont, selon l'expert, particulièrement inesthétiques. Le rapport d'expertise du 22 novembre 2019 qualifie ce préjudice d'important et considère qu'il aurait pu être très léger en l'absence de complications vasculaires. Dans ces conditions et alors qu'il n'est pas contesté que Mme A souffre d'une perte de féminité liée notamment à son impossibilité, compte tenu de l'état de sa jambe droite, de porter des jupes ou des robes, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant au titre du préjudice esthétique temporaire et permanent les sommes respectives de 10 000 euros et de 7 000 euros, soit après application du taux de perte de chance de 81,25%, la somme globale de 13 812,50 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
23. Si Mme A fait valoir qu'elle ne peut plus pratiquer la course et la marche à pied en raison des séquelles qu'elle a conservées, les éléments versés aux débats, qu'il s'agisse d'attestations de proches ou d'un certificat médical de son médecin traitant daté du 31 mars 2021, ne permettent pas de démontrer qu'elle se livrait de façon régulière à de telles activités avant l'intervention du 3 décembre 2012. La requérante n'établissant pas la réalité du préjudice d'agrément, c'est à bon droit que les premiers ont rejeté sur ce point ses conclusions indemnitaires.
Quant au préjudice d'impréparation :
24. Mme A sollicite en appel une indemnisation au titre du préjudice moral d'impréparation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 2 000 euros.
En ce qui concerne la réparation des conséquences dommageables de l'accident médical non fautif :
25. Il résulte des dispositions, citées au point 3, du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique que l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
26. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'Office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables, mais où une faute commise par une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si l'ensemble de ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1 et présentent, notamment, le caractère de gravité requise.
27. L'article L. 1142-1 confère à la réparation par la solidarité nationale un caractère subsidiaire par rapport à l'indemnisation due par l'établissement de santé responsable au titre de la perte de chance. Par suite, lorsque le montant des indemnités réclamées par la victime ou ses ayants droit est inférieur au montant du dommage corporel tel qu'il est évalué par le juge, l'indemnisation incombe en priorité à l'établissement dans la limite de son obligation, déterminée en appliquant le pourcentage de la perte de chance au montant du dommage corporel. L'Office nationale d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales assume uniquement, le cas échéant, la part de l'indemnité demandée qui excède l'obligation de l'établissement.
28. Il résulte de l'instruction, spécialement des rapports d'expertise des 14 mars 2016 et 22 novembre 2019, que les lésions vasculaires subies par Mme A résultent, non d'une maladresse chirurgicale, mais d'un accident médical non fautif, bien connu en chirurgie arthroscopique, dont la fréquence statistique est de 1 à 5 pour 1 000 et qui a entraîné, pour l'intéressée, une cessation de son activité professionnelle pendant au moins six mois. Ces lésions remplissent donc les conditions de gravité et d'anormalité ouvrant droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale. Les manquements des Hôpitaux universitaires de Strasbourg dans leur obligation d'information du patient et dans l'établissement du diagnostic ayant privé la victime d'une chance de se soustraire aux conséquences dommageables de ces lésions vasculaires dont le taux global doit, ainsi qu'il a été dit au point 17, être fixé à 81,25 %, il y a lieu de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une fraction s'élevant à 18,75 % des montants des préjudices subis par Mme A en conséquence des fautes imputables à l'établissement public de santé et de le condamner, en conséquence, à verser à l'intéressée les sommes de 847,68 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 2 812,50 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 1 687,50 euros au titre des souffrances endurées, de 3 187,50 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et permanent.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les Hôpitaux universitaires de Strasbourg doivent être condamnés à verser à Mme A la somme de 42 085,81 euros, soit, après déduction de l'indemnité provisionnelle de 20 000 euros déjà obtenue par la victime en application du jugement n° 1700727 du 31 juillet 2018, la somme de 22 085,81 euros, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de ce que la somme totale sollicitée en appel excède la somme demandée par Mme A en première instance, cette dernière somme étant supérieure à celle allouée par la cour. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit quant à lui être condamné à verser à Mme A la somme de 8 535,18 euros. Les sommes de 22 085,81 euros et de 8 535,18 euros porteront intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013, date de la première demande adressée par l'intéressée aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, pour la première, et à compter du 25 février 2021, date du jugement du tribunal administratif ayant mis une somme à la charge de l'office, pour la seconde. La capitalisation des intérêts pouvant être demandée à tout moment devant le juge du fond, mais ne pouvant prendre effet au plus tôt qu'à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière, les intérêts échus respectivement le 16 juin 2020 et le 25 février 2022, puis tous les douze mois consécutifs à compter de ces dates, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
30. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg sont également condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin la somme de 6 697,28 euros au titre des préjudices résultant de l'infection nosocomiale. La somme de 9 871,13 euros, allouée par les premiers juges à la caisse au titre des préjudices résultant des fautes commises par l'établissement de santé, est donc portée à 16 568,41 euros au titre de l'ensemble des préjudices. Elle portera intérêts au taux légal à compter du 21 novembre 2017, date de la première demande de la caisse, et les intérêts échus le 21 novembre 2018, puis tous les douze mois consécutifs à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
31. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. ".
32. En application de ces dispositions, l'indemnité forfaitaire de gestion, allouée à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin par les premiers juges pour un montant de 1 098 euros, doit être portée à 1 191 euros.
Sur les dépens de l'instance :
33. La présente instance n'ayant pas généré de dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais de justice :
34. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales le versement à Mme A des sommes respectives de 2 000 euros et de 1 000 euros chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La somme mise à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg au bénéfice de Mme A est portée, après déduction de l'indemnité provisionnelle de 20 000 euros déjà obtenue par l'intéressée, à 22 085,81 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 18 avril 2013 et les intérêts échus au 16 juin 2020, puis tous les douze mois consécutifs à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les sommes mises à la charge des Hôpitaux universitaires de Strasbourg au bénéfice de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin sont portées à 16 568,41 euros pour le remboursement des débours et à 1 191 euros pour le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion. La somme de 16 568,41 euros portera intérêts au taux légal à compter du 21 novembre 2017 et les intérêts échus au 21 novembre 2018, puis tous les douze mois consécutifs à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La somme mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au bénéfice de Mme A est portée à 8 535,18 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 février 2021 et les intérêts échus au 25 février 2022, puis tous les douze mois consécutifs à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le jugement n° 1700727 du tribunal administratif de Strasbourg du 25 février 2021 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 5 : Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg verseront à Mme A la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A, aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Wurtz, président,
- Mme Bauer, présidente assesseure,
- M. Meisse, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé : E. MEISSE
Le président,
Signé : Ch. WURTZ
Le greffier,
Signé : F. LORRAIN
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN et 21NC01129
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026