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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC01178

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC01178

mardi 25 octobre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC01178
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B D A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler la décision du 15 janvier 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Par un jugement n° 1903093 du 16 février 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, Mme A, représentée par Me Sabatakakis, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 16 février 2021 ;

2°) d'annuler la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 15 janvier 2019 ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et notamment de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif, à compter de la date d'enregistrement de sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée de son droit à exposer, de manière écrite, ses observations et à expliciter sa situation de vulnérabilité et qu'elle n'a pas été informée, lors de l'entretien avec un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de la possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ; contrairement à ce qu'ont estimé les premiers juges, ce défaut d'information aurait exercé une influence sur le sens de la décision en litige ;

- le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle justifie du caractère tardif du dépôt de sa demande d'asile par un motif légitime ;

- son état de vulnérabilité justifie qu'elle bénéficie des conditions matérielles d'accueil ; en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 5 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise, née en 1988, a présenté une demande d'asile en France le 15 janvier 2019. Par une décision du même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile était tardive. Mme A, qui a obtenu le statut de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 janvier 2021, relève appel du jugement du 16 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 15 janvier 2019.

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 (). ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".

3. En premier lieu, la décision litigieuse, dont la motivation n'est pas stéréotypée, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A avant de prendre à son encontre la décision litigieuse ou qu'il se serait estimé en situation de compétence liée pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. /Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

6. D'une part, il ressort des pièces et notamment des éléments produits par l'OFII que Mme A a bénéficié d'un entretien personnel lors duquel l'agent de l'OFII a procédé à une évaluation de la vulnérabilité de Mme A, notamment en lui posant différentes questions sur sa situation personnelle. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'au cours de cet entretien Mme A aurait évoqué des problèmes de santé.

7. D'autre part, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été informée, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité de bénéficier de l'examen médical gratuit prévu par les dispositions de l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, qu'elle souffrait, à la date de la décision litigieuse, de problèmes de santé. Le seul certificat médical circonstancié qu'elle produit en appel est daté du 7 août 2020 et se borne à indiquer que Mme A " présente un état de grossesse ". La lettre de transmission du 11 avril 2019 adressée par un médecin généraliste à un confrère pour un bilan mentionne uniquement une anémie. Enfin, si elle indique qu'elle a souffre d'une affection de longue durée, elle n'apporte aucun élément ou aucune précision sur la pathologie en cause. La copie du " carnet de santé " qu'elle aurait présenté lors de l'entretien individuel ne permet pas à cet égard de déterminer de quelles pathologies l'intéressée souffrirait. Dans ces conditions et ainsi que l'ont jugé les premiers juges, le défaut d'information invoqué n'a pas exercé une influence sur le sens de la décision en litige et la requérante ne peut être regardée comme ayant été privée d'une garantie. Il s'ensuit que le vice de procédure n'est pas de nature, en l'espèce, à entacher d'illégalité la décision litigieuse.

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'OFII peut refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile qui, sans motif légitime, n'a pas sollicité l'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du même code. En l'espèce, pour refuser à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'OFII s'est fondé sur la circonstance que Mme A, qui était entrée en France en décembre 2015, n'avait déposé sa demande d'asile que le 15 janvier 2019 et qu'elle ne justifiait ce dépôt tardif par aucun motif légitime. Si Mme A fait valoir en appel qu'elle s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par la CNDA et qu'elle s'est abstenue de déposer plus tôt une demande d'asile car elle pensait qu'elle devait être titulaire d'un passeport ou de documents d'identité, ces circonstances ne permettent pas de considérer que Mme A justifie d'un motif légitime pour avoir déposé sa demande d'asile près de trois ans après son entrée en France.

9. En dernier lieu et compte tenu notamment des éléments mentionnés au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que Mme A, qui était célibataire et sans enfant, ne présentait pas une situation de vulnérabilité justifiant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Wurtz, président de chambre,

- Mme Haudier, présidente assesseure,

- M. Marchal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé : G. CLe président,

Signé : Ch. WURTZ

Le greffier,

Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier :

F. LORRAIN

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