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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC01297

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC01297

jeudi 23 mars 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC01297
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Besançon de condamner l'Etat à lui verser une somme de 70 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de son éviction fautive du concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais au titre de la session de l'année 2018.

Par un jugement n° 1901619 du 8 avril 2021, le tribunal administratif de Besançon a rejeté ce recours.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 18 mai 2022, M. A B, représenté par Me Landbeck demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Besançon du 8 avril 2021 ;

2°) à titre principal, et dans l'hypothèse où la cour jugerait qu'il n'a pas été convoqué aux épreuves d'admission du concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais au titre de la session de l'année 2018, de condamner l'Etat à lui verser une indemnité minimale de 70 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de son non recrutement au sein de la fonction publique ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts ;

3°) à titre subsidiaire, et dans l'hypothèse où la cour jugerait qu'il n'aurait pas dû être admis à concourir, de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison de son illégale admission à concourir au concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais au titre de la session de l'année 2018 ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, il n'a pas été régulièrement convoqué aux épreuves orales d'admission et cette abstention fautive engage la responsabilité de l'administration ;

- son préjudice doit être évalué à au moins 60 000 euros de préjudice de carrière et à 10 000 euros de préjudice moral ;

- à titre subsidiaire, il a été irrégulièrement admis à concourir et cette circonstance est également fautive ;

- son préjudice moral doit être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sibileau, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Antoniazzi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Landbeck, pour M. B.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 6 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B s'est présenté au concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais au titre de la session organisée pour l'année 2018. Estimant avoir été illégalement évincé de cette procédure de recrutement, M. B a demandé au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, le 15 mai 2019, de l'indemniser du préjudice ainsi subi. Le ministre a rejeté cette demande le 1er août 2019. M. B a demandé au tribunal administratif de Besançon de condamner l'Etat à lui verser, au principal, une somme de 70 000 euros. Par un jugement n° 1901619 du 8 avril 2021 les premiers juges ont rejeté ce recours. M. B interjette appel de ce jugement.

Sur la responsabilité de l'Etat :

En ce qui concerne la convocation aux épreuves d'admission :

2. Il résulte de l'instruction que, le 1er février 2018, M. B a été déclaré admissible aux épreuves d'admission du concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais. Il résulte notamment du relevé de notes du 23 octobre 2018 que M. B a été finalement éliminé du concours en raison de son absence aux épreuves orales d'admission. Pour établir avoir régulièrement convoqué M. B à cette épreuve, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports sur qui pèse la charge de la preuve, se contente d'une part, de verser une liste de données informatiques peu compréhensibles qu'il présente comme étant la preuve de la publication sur l'application " publinet " de la convocation, complète et régulière, de M. B aux épreuves d'admission sans aucune autre forme d'explication. D'autre part, l'administration n'établit pas avoir informé M. B de son admissibilité ou des modalités pratiques des épreuves d'admission par courrier électronique comme elle l'a pourtant fait pour d'autres candidats. Par conséquent, l'appelant est fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont estimé qu'il avait été régulièrement convoqué aux épreuves d'admission pour rejeter ses conclusions à fin d'indemnisation.

3. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le président du jury a rejeté la candidature de M. B au seul motif que celui-ci ne s'est pas présenté aux épreuves d'admission. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'appelant n'avait pas été régulièrement convoqué à cette épreuve. Par conséquent, en rejetant la candidature de l'intéressé pour ce seul motif, le président du jury a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

4. Toutefois, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports fait valoir sans être sérieusement contredit sur ce point que M. B ne remplissait pas les conditions posées par la loi du 12 mars 2012 susvisée pour être admis à concourir. Dès lors, l'appelant n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il a subis en raison de son éviction fautive du concours de recrutement réservé de professeurs certifiés des disciplines d'enseignement général section LVE anglais au titre de la session de l'année 2018.

En ce qui concerne l'admission à concourir :

5. Dans sa rédaction alors en vigueur, l'alinéa 5 de l'article 20 de la loi du 11 janvier 1984 susvisé dispose : " [] S'il apparaît, au moment de la vérification des conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu'un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissaient pas lesdites conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la circonstance qu'un candidat a participé aux épreuves d'un concours ne suffit pas à elle seule à révéler l'existence d'une décision de l'autorité administrative reconnaissant qu'il remplit les conditions requises pour concourir. La décision par laquelle l'autorité administrative refuse à un candidat, postérieurement au déroulement des épreuves écrites, de l'admettre à participer au concours au motif qu'il ne remplissait pas l'une des conditions requises et la délibération par laquelle le jury ne le fait pas figurer sur la liste des candidats admissibles ne constituent pas, par suite, le retrait d'une décision antérieure d'admission à concourir. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir avoir fait l'objet d'une décision d'admission à concourir qui aurait soit été irrégulière soit aurait fait l'objet d'un retrait irrégulier.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se plaindre de ce que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Wallerich, président de chambre,

- M. Sibileau, premier conseiller,

- Mme Barrois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé : J.-B. SibileauLe président,

Signé : M. C

La greffière,

Signé : S. Robinet

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Robinet

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