lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC01613 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | KIPFFER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D A et Mme B A ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 27 janvier 2021 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle les a assignés à résidence pour une durée de trente jours, les a astreints à se maintenir quotidiennement à leur domicile entre 09h00 et 11h00 et les a contraints à se présenter au commissariat de police de Mont-Saint-Martin chaque lundi, mercredi et vendredi à 16h30 pour M. A et à 17h00 pour Mme A.
Par un jugement n° 2100264-2100268 du 8 février 2021, le magistrat désigné par le tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
I- Par une requête enregistrée le 4 juin 2021 sous le n° 2101613, M. A, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 8 février 2021 en ce qui le concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 pris à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3013 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le jugement est irrégulier, le tribunal s'étant prononcé sur la régularité de la publication de l'arrêté de délégation de signature du 24 août 2020 alors que cette régularité n'était pas discutée entre les parties ;
- l'arrêté n'est pas conforme aux dispositions de l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le jugement du tribunal administratif, qui n'a pas répondu aux moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, est irrégulier ;
- le préfet n'a pas énoncé de manière simple et compréhensible les obligations qui lui étaient imposées et a de ce fait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation.
II - Par une requête enregistrée le 4 juin 2021 sous le numéro 21NC01636, Mme A, représentée par Me Kipffer, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 8 février 2021 en ce qui la concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 pris à son encontre ;
3°) de renvoyer la procédure devant une juridiction de première instance autre que le tribunal administratif de Nancy ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3013 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif a méconnu les dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne faisant pas obligation à l'administration de produire l'intégralité des pièces de son dossier ;
- elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations préalablement à la décision attaquée en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.
M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 3 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants albanais, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations en avril 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 10 juillet 2019, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 octobre 2019. Par deux arrêtés du 27 janvier 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a assignés à résidence pour une durée de trente jours, les a astreints à se maintenir quotidiennement à leur domicile entre 09h00 et 11h00 et les a contraints à se présenter au commissariat de police de Mont-Saint-Martin chaque lundi, mercredi et vendredi à 16h30 pour M. et à 17h00 pour Mme. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme A font appel du jugement du 8 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur l'arrêté concernant M. A :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a soulevé, devant le tribunal administratif, le moyen tiré de ce que les décisions contestées seraient entachées d'incompétence, au motif qu'elles n'ont pas été signées par le préfet de département, autorité désignée par l'article R. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. Le tribunal, qui a répondu à ce moyen en indiquant que le signataire des décisions contestées était habilité à cette fin par une délégation du préfet et que cette délégation avait fait l'objet d'une publication régulière au recueil des actes administratifs de la préfecture, s'est borné à répondre au moyen d'incompétence soulevé devant lui. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement ne peut qu'être rejeté.
4. En deuxième lieu, d'une part, et ainsi que l'a précisé le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy, il résulte d'un arrêté du 24 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture le même jour, que le préfet du Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. E C, directeur de la Direction de la citoyenneté et de l'action locale de la préfecture, pour signer notamment " Toutes décisions portant refus de séjour, faisant obligation de quitter le territoire et de reconduite à la frontière (expulsion) et de réadmission, fixant le pays de renvoi, refusant ou prolongeant le délai de départ volontaire, faisant interdiction de retour ou de circulation sur le territoire, ordonnant l'assignation à résidence () ". Ainsi M. C était bien compétent pour signer l'arrêté litigieux. Dès lors le moyen tiré de ce que l'arrêté du 8 février 2021 aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait. D'autre part, M. A soutient que l'arrêté litigieux serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté de délégation de signature du 24 août 2020, ce dernier n'ayant pas été signé par le préfet. Toutefois, il est constant que les vices de forme et de procédure entachant un acte règlementaire, tel que celui-ci, ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte règlementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Il s'ensuit que M. A ne peut utilement se prévaloir, par la voie de l'exception d'illégalité, du vice de forme dont, selon lui, serait entaché l'arrêté du 24 août 2020 à l'occasion de la contestation, par voie d'action, de l'arrêté pris à son encontre par le préfet de Meurthe-et-Moselle le 8 février 2021.
5. En dernier lieu, M. A fait valoir que l'administration l'a assigné à résidence au sein de la communauté d'agglomération de Longwy, qu'il ignore quelles sont les communes qui composent cette communauté d'agglomération et qu'il ignore donc les communes dont il a interdiction de quitter le territoire. Il soutient qu'en prenant cet arrêté, l'administration, qui devait énoncer de manière simple et compréhensible les obligations qu'elle entendait lui imposait, a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation. Il soutient également qu'en ne répondant pas à ces moyens, le juge de première instance a entaché son jugement d'irrégularité. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités d'une mesure d'assignation. En l'espèce, l'article 1er de l'arrêté contesté, imposant au requérant une assignation à résidence au sein de la communauté d'agglomération de Longwy, est suffisamment clair et précis. C'est ainsi à bon droit que le premier juge, sans entacher son jugement d'irrégularité, a pu considérer que l'arrêté en litige n'était pas entaché d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.
Sur l'arrêté concernant Mme A :
6. En premier lieu, aux termes du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".
7. Dans sa requête introductive d'instance, Mme A a demandé au tribunal administratif de Nancy, en application des dispositions précitées, d'enjoindre à l'administration de communiquer l'entier dossier sur la base duquel elle a pris l'arrêté contesté. Il ne résulte toutefois pas des termes du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable que le magistrat désigné aurait été tenu de donner suite à la demande de Mme A autrement que par le simple respect du principe du contradictoire inhérent à toute procédure contentieuse administrative. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le préfet a communiqué au tribunal administratif de Nancy l'ensemble des pièces au regard desquelles il a décidé d'assigner Mme A à résidence, notamment les arrêtés du 28 octobre 2020 faisant obligation à M. et Mme A de quitter le territoire français, le jugement du 17 décembre 2020 par lequel le magistrat désigné par le tribunal administratif de Nancy a confirmé la légalité de ces arrêtés et les arrêtés du 27 janvier 2021 les assignant à résidence. Au moyen de l'application Télérecours, le greffe du tribunal a communiqué ces pièces à la requérante, par l'intermédiaire de son avocat, qui en a accusé réception le 3 février 2021. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas produit l'ensemble des pièces au regard desquelles il a décidé de l'assigner à résidence.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration alors applicable : " Les décisions mentionnées à l'article L.211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. "
9. En vertu de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions des articles L. 122-1 et suivants du même code, régissant les modalités de mise en œuvre de la procédure contradictoire imposée préalablement à l'adoption de décisions devant faire l'objet d'une motivation, ne sont pas applicables aux " décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ". Il résulte des dispositions des livres V et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que de toutes les décisions en découlant, notamment les décisions d'assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est donc inopérant et ne peut qu'être écarté. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été mise à même de présenter des observations écrites préalablement à la prise de la décision portant assignation à résidence, que le document qui lui a été présenté lui indiquait qu'elle pouvait se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix et qu'elle a rempli et complété ce document avec l'aide d'un interprète en langue albanaise et y a apporté la mention suivante : " j'ai fait un recours et je suis en attente ".
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à Mme B A.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 18 juillet 202Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
N°s 21NC01613 ; 21NC01636
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026