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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC01631

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC01631

mardi 27 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC01631
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2100680 du 6 mai 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2021, M. A, représenté par Me Martin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Strasbourg ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 du préfet du Haut-Rhin ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent arrêt, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- le délai de départ de 30 jours n'est ni justifié, ni proportionné au regard de la situation sanitaire en Algérie, qui impose des conditions de retour particulièrement drastiques.

Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2021, le préfet du Haut-Rhin demande à la cour de rejeter la requête de M. A.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Marchal, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 3 juin 1990, est entré en France le 16 avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a bénéficié du 27 avril 2018 au 26 avril 2019 d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Après l'adoption d'une ordonnance de non-conciliation autorisant l'épouse de M. A à assigner celui-ci en divorce, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qui lui a été refusé par un arrêté du 9 août 2019 du préfet de l'Hérault. Le 15 septembre 2020, M. A a formé auprès du préfet du Haut-Rhin une nouvelle demande de titre de titre de séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2021 le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A fait appel du jugement du 6 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle du requérant, précise les dispositions légales sur lesquelles elle s'appuie et rappelle de manière non stéréotypée les principales considérations relatives à la situation de M. A, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, sa précédente relation avec une ressortissante française et la promesse d'embauche dont il bénéficie. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

3. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles (), 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

4. Alors que M. A ne peut utilement se prévaloir de la promesse d'embauche qui lui a été faite postérieurement à l'arrêté litigieux, il ne justifie disposer ni d'un visa de long séjour, ni d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, exigés pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 précitées ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A est entré en France le 16 avril 2018 muni d'un visa de court séjour et a épousé, le 21 avril 2018, une ressortissante française. Pour autant, il est constant que M. A s'est séparé de son épouse et que, même si le divorce n'avait pas encore été prononcé au jour de l'arrêté, le juge des affaires familiales du tribunal de grande instance de Montpellier a rendu une ordonnance de non-conciliation autorisant cette dernière à l'assigner en divorce. De plus, alors que M. A ne peut utilement se prévaloir de la promesse d'embauche qui lui a été faite postérieurement à l'arrêté litigieux par la société Crown Cream, le seul fait qu'il ait pu travailler pour la société Le Rota en tant qu'employé de discothèque du 11 mai 2019 au 8 octobre 2019 et que cette structure ait proposé de le recruter une fois sa situation régularisée ne saurait suffire, contrairement à ce qu'il soutient, à établir qu'il aurait transposé en France le centre de ses intérêts privés. Enfin, si M. A soutient disposer de nombreux membres de sa famille en France, il se borne à produire une attestation de sa tante, mais n'apporte aucun élément justifiant de la présence en France d'autres membres de sa famille. Dans ces conditions, M. A, qui est célibataire, sans enfant et qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet du Haut-Rhin aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les mêmes motifs que ceux présentés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. Aux termes des dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

9. M. A, en se bornant à faire état, dans des termes généraux, des contraintes en cas de retour du fait de la situation sanitaire existante en Algérie, ne fait pas état de circonstances de nature à justifier qu'il devait lui être accordé, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Goujon-Fischer, président,

- Mme Roussaux, première conseillère,

- M. Marchal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé : S. MarchalLe président,

Signé : J.-F. Goujon-Fischer

La greffière,

Signé : E. Delors

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Delors

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