mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC01641 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL AVOCAT CHAVKHALOV |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme C D, agissant en qualité de représentante légale de son fils A alors mineur, a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les décisions des 16 et 20 janvier 2020 par lesquelles la rectrice de l'académie de Strasbourg a confirmé, d'une part, le retrait de sa bourse scolaire, d'autre part, son exclusion définitive du lycée polyvalent Emile Mathis de Schiltigheim.
Par un jugement n° 2000451, 2000744 du 7 avril 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé la décision du 16 janvier 2020, a enjoint à la rectrice de réexaminer la demande de Mme D tendant au versement de la bourse scolaire de son fils et a rejeté le surplus des demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 juin 2021, M. A D, représenté par Me Chavkhalov, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2000451, 2000744 du tribunal administratif de Strasbourg du 7 avril 2021 en tant qu'il a rejeté ses conclusions à fin d'annulation de la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg du 20 janvier 2020 confirmant la sanction de son exclusion définitive du lycée polyvalent Emile Mathis de Schiltigheim ;
2°) d'annuler la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg du 20 janvier 2020 ;
3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Strasbourg de procéder sans délai au retrait de la sanction d'exclusion définitive de son dossier administratif ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les premiers juges ont omis de statuer sur son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de l'article D. 511-32 du code de l'éducation, qui n'était pas dirigé contre la décision initiale, mais contre la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg du 20 janvier 2020 ;
- la décision du 20 janvier 2020 méconnaît les dispositions du troisième alinéa de l'article D. 511-32 du code de l'éducation dès lors que le courrier de convocation au conseil de discipline, adressé à ses parents le 23 septembre 2019, ne les informait pas de leur droit d'être entendus, sur leur demande, par le chef d'établissement ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation en raison du caractère disproportionné de la sanction d'exclusion définitive de son établissement prononcée à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, la rectrice de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Barteaux, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Alors scolarisé au lycée des métiers Emile Mathis de Schiltigheim, en vue de préparer un certificat d'aptitude professionnelle dans le domaine des métiers de la sécurité, M. A D a, le 23 septembre 2019, été convoqué devant le conseil de discipline de l'établissement qui, à l'issue de sa réunion du 7 octobre 2019, a prononcé à son encontre, à l'unanimité des suffrages exprimés, une exclusion définitive de l'établissement pour s'être livré, le 18 septembre 2019, à une " agression physique violente d'un élève du lycée ". Par un courrier du 12 octobre 2019, reçu le 14 octobre suivant, la mère de l'intéressé a formé contre cette décision le recours administratif préalable obligatoire institué à l'article R. 511-49 du code de l'éducation. La commission académique d'appel ayant émis, à l'issue de sa réunion du 13 janvier 2020, un avis favorable au maintien de la sanction, la rectrice de l'académie de Strasbourg, par une décision du 20 janvier 2020, a confirmé l'exclusion définitive du requérant. En outre, constatant que M. D avait perdu son " statut scolaire ", elle a également, par une décision du 16 janvier 2020, confirmé le retrait de sa bourse scolaire. Agissant en qualité de représentante légale de son fils, alors mineur, Mme D a saisi le tribunal administratif de Strasbourg de deux demandes tendant à l'annulation des décisions des 16 et 20 janvier 2020. Le requérant relève appel du jugement n° 2000451, 2000744 du 7 avril 2021 en tant qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la sanction d'exclusion définitive.
Sur la régularité du jugement :
2. Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges ont suffisamment répondu, au point 12 de leur jugement, au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de D. 511-32 du code de l'éducation. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que ce jugement serait entaché d'irrégularité en raison d'une omission à statuer.
Sur le bien-fondé du jugement :
3. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article R. 511-27 du code de l'éducation : " Dans les lycées et collèges relevant du ministre chargé de l'éducation, le conseil de discipline est saisi par le chef d'établissement. Il a compétence pour prononcer à l'encontre des élèves l'ensemble des sanctions et des mesures mentionnées à l'article R. 511-13 dans les conditions fixées par ce même article. / En cas de partage égal des voix, le président a voix prépondérante. ". Aux termes du troisième alinéa de l'article D. 511-32 du même code : " Le représentant légal de l'élève et, le cas échéant, la personne chargée de l'assister sont informés de leur droit d'être entendus, sur leur demande, par le chef d'établissement et par le conseil de discipline. ".
4. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 511-49 du code de l'éducation : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique. ". Aux termes du troisième alinéa de l'article D. 511-52 du même code : " La décision du recteur intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel. ". Aux termes de l'article R. 511-53 du même code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49 ".
5. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Il en résulte que lorsque la décision initiale a été prise selon une procédure entachée d'une irrégularité à laquelle l'autorité compétente pour statuer sur le recours administratif, saisie d'un tel recours, ne peut remédier, il incombe à cette autorité de rapporter la décision initiale et d'ordonner qu'une nouvelle procédure, exempte du vice qui l'avait antérieurement entachée, soit suivie. Toutefois, un vice affectant le déroulement de la procédure administrative préalable à son intervention n'est de nature à entacher d'illégalité cette décision que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.
6. S'il est vrai que la lettre de convocation de M. D devant le conseil de discipline, adressée aux parents de l'intéressé le 23 septembre 2019, ne les informait pas de leur droit d'être entendus, sur leur demande, par le chef d'établissement, ainsi que le prévoit le troisième alinéa de l'article D. 511-32 du code de l'éducation, il ressort des pièces du dossier, spécialement du compte rendu de la réunion de commission académique d'appel du 13 janvier 2020, que le requérant et sa mère, laquelle était assistée d'une traductrice, ont été longuement reçus, avant même l'envoi de la convocation devant le conseil de discipline, par la proviseure-adjointe de l'établissement et ont été ainsi mis à même, à cette occasion, de faire valoir pleinement leurs observations. Dans ces conditions et alors que M. D, ses parents et leur conseil ont également été entendus par le conseil de discipline le 7 octobre 2019 et par la commission académique d'appel le 13 janvier 2020, l'irrégularité procédurale dont se prévaut l'intéressé ne l'a pas, dans les circonstances de l'espèce, privé d'une garantie, ni n'a exercé une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de l'article D. 511-32 du code de l'éducation ne peut qu'être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : () 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / () / IV.- Sous réserve des dispositions du III, les sanctions, même assorties du sursis à leur exécution, sont inscrites au dossier administratif de l'élève. L'avertissement est effacé du dossier administratif de l'élève à l'issue de l'année scolaire. Le blâme et la mesure de responsabilisation sont effacés du dossier administratif de l'élève à l'issue de l'année scolaire suivant celle du prononcé de la sanction. Les autres sanctions, hormis l'exclusion définitive, sont effacées du dossier administratif de l'élève à l'issue de la deuxième année scolaire suivant celle du prononcé de la sanction. / () ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Il ressort des pièces du dossier que, le 18 septembre 2019, M. D a, dans l'enceinte du lycée, violemment agressé un autre élève, qu'il ne connaissait pas, en lui assénant au moins deux coups. Cette agression, dont la vidéo a été publiée sur un réseau social sous l'intitulé " Bienvenue au lycée Emile Mathis ", a entraîné, pour la victime, une interruption temporaire de travail de six jours. Si le requérant fait valoir qu'il aurait été insulté et menacé par cet élève, qu'il suspectait de détenir un couteau, il ne produit, au soutien de ses allégations, aucun élément probant. Il est constant, en particulier, que son dépôt de plainte pour agression au commissariat de police central de Strasbourg, ainsi que son certificat médical faisant état d'une otalgie gauche et d'une baisse de l'audition, portent la date du 25 septembre 2019, soit une semaine après l'incident du 18 septembre et deux jours après sa convocation devant le conseil de discipline. L'intéressé ne démontre pas davantage que la proviseure adjointe aurait fait preuve d'animosité à son égard. Enfin, à supposer même que M. D fasse preuve de sérieux et d'application dans ses études, il n'est pas contesté que le requérant n'a manifesté aucun remord, ni pris conscience de la gravité de son acte et qu'il a déjà fait l'objet, par le passé, de trois mesures d'exclusion de trois jours, en février, avril et novembre 2018, pour des faits de comportement dangereux et contraire aux règles de sécurité, pour des faits de violence et pour avoir tenu des propos inacceptables et irrespectueux à l'égard d'une enseignante. Par suite, la sanction de l'exclusion définitive ne présentant pas un caractère disproportionné, la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg du 20 janvier 2020 n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la rectrice de l'académie de Strasbourg du 20 janvier 2020, ni à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Wurtz, président,
- Mme Haudier, présidente assesseure,
- M. Meisse, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé : E. B
Le président,
Signé : Ch. WURTZ
Le greffier,
Signé : F. LORRAIN
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026