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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC01759

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC01759

lundi 18 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC01759
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantFAVREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités allemandes.

Par un jugement n° 2101165 du 3 mai 2021, la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, Mme B, représentée par Me Favrel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 mai 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt et à intervenir, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 742-3 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2021, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par deux lettres du 9 novembre 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert, cette décision ne pouvant plus être légalement exécutée compte tenu de l'expiration du délai prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public enregistré le 18 novembre 2021, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin informe la Cour qu'il y toujours lieu de statuer sur la requête, la requérante ayant été déclarée en fuite le 28 octobre 2021, ce qui a eu pour effet de porter le délai de transfert à dix-huit mois.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, a présenté une première demande d'asile en France le 18 septembre 2019. Elle a fait l'objet d'une procédure de réadmission en Allemagne où elle a été effectivement transférée le 10 février 2020. Mme B est revenue en France pour y déposer une deuxième demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac ayant permis de constater qu'elle avait sollicité l'asile auprès des autorités allemandes, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a saisi le 9 mars 2021 les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge de l'intéressée. Les autorités allemandes ont donné leur accord le 12 mars 2021. Par un arrêté du 29 mars 2021, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de Mme B aux autorités allemandes. Mme B demande l'annulation du jugement du 3 mai 2021 par lequel la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite et motivée prise par l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix () ". Ainsi que l'a relevé la première juge, à supposer même que Mme B n'ait pas été informée lors de la notification de la décision de transfert de son droit d'avertir son consulat, les conditions de notification d'une décision de transfert, si elles peuvent faire obstacle au déclenchement du délai de recours, sont par elles-mêmes sans incidence sur sa légalité. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'absence de mention de la possibilité d'avertir son consulat pour demander l'annulation de l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités allemandes.

4. En deuxième lieu, ainsi que l'a également relevé le juge de première instance, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 18, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 2725/2000 du 11 décembre 2000, aujourd'hui reprises à l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Par suite, la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes de l'Etat qui s'est reconnu responsable de l'examen de sa demande.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ; L'état membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

6. Si Mme B fait valoir que son renvoi en Allemagne lui ferait courir un risque en raison de sa grossesse, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'elle ne serait pas en mesure de voyager sans risque pour elle ou l'enfant qu'elle porte. La requérante ne justifiant pas avoir prévenu les services préfectoraux de sa grossesse à la date de la décision, ceux-ci étaient dans l'impossibilité de prévenir les autorités de son état. En tout état de cause, elle ne fournit aucun élément de nature à établir que le système de santé allemand ne serait pas en mesure de lui fournir des soins appropriés à son état de santé. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 18 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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