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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC01947

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC01947

lundi 18 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC01947
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes.

Par un jugement n° 2008365 du 11 janvier 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2021, Mme A, représentée par Me Zimmermann, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 11 janvier 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant transfert aux autorités allemandes méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les articles 18 et 19 du même règlement ;

- elle méconnaît l'article 17 du même règlement ainsi que l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par deux lettres du 3 août 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert, cette décision ne pouvant plus être légalement exécutée compte tenu de l'expiration du délai prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public enregistré le 13 août 2021, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin informe la Cour que la requérante ayant été remise aux autorités allemandes le 19 février 2021, il y toujours lieu de statuer sur la requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2021, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante kosovare, est entrée sur le territoire français selon ses déclarations en octobre 2020 avec ses deux filles mineures afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiée. La consultation du fichier " VIS " a révélé qu'elle était titulaire d'un visa C délivré par les autorités allemandes et valable jusqu'au 4 juillet 2020. Les autorités allemandes, saisies le 3 novembre 2020 d'une demande de prise en charge de l'intéressée, ont fait connaître leur accord le 26 novembre 2020. Par un arrêté du 1er décembre 2020, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de Mme A aux autorités allemandes. Mme A fait appel du jugement du 11 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

4. Il ressort du compte-rendu signé par Mme A que son entretien individuel a été conduit dans les locaux de la préfecture de la Marne le 19 octobre 2020 par un agent de la préfecture, avec l'aide des services téléphoniques d'une interprète en langue albanaise de la société ISM interprétariat, langue que la requérante a déclaré comprendre. Il ressort du résumé de cet entretien, que Mme A a signé, qu'elle a formulé plusieurs observations. Elle a notamment indiqué qu'elle n'exprimait aucune crainte en cas de retour en Allemagne mais souhaitait rester en France. Elle a également précisé qu'elle souffrait de stress, de maux de tête, d'oublis et de perte de vue. Elle a ainsi pu apporter toutes les précisions utiles sur sa situation personnelle. Enfin, si l'intéressée fait valoir que ce compte-rendu comporte des erreurs ou des omissions en ce que l'agent n'aurait pas retranscrit l'intégralité des déplacements qu'elle aurait détaillés, notamment son départ du territoire des Etats membres de l'Union européenne le 3 janvier 2020 pour retourner au Kosovo et revenir le 10 octobre 2020, et qu'elle aurait ainsi quitté l'Union européenne pendant près de 10 mois, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que l'entretien ne s'est pas déroulé dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, en vertu de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre. () ". L'article 19 du même règlement prévoit que " 1. Si un État membre délivre au demandeur un titre de séjour, les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, lui sont transférées. / 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable. () ". En outre, en vertu de l'article 12 du même règlement, " Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale./ 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / 3. Si le demandeur est titulaire de plusieurs titres de séjour ou visas en cours de validité, délivrés par différents États membres, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe, dans l'ordre suivant: a) à l'État membre qui a délivré le titre de séjour qui confère le droit de séjour le plus long ou, en cas de durée de validité identique, à l'État membre qui a délivré le titre de séjour dont l'échéance est la plus lointaine; b) à l'État membre qui a délivré le visa ayant l'échéance la plus lointaine lorsque les visas sont de même nature; c) en cas de visas de nature différente, à l'État membre qui a délivré le visa ayant la plus longue durée de validité ou, en cas de durée de validité identique, à l'État membre qui a délivré le visa dont l'échéance est la plus lointaine. / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. Lorsque le demandeur est titulaire d'un ou plusieurs titres de séjour périmés depuis plus de deux ans ou d'un ou plusieurs visas périmés depuis plus de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre et s'il n'a pas quitté le territoire des États membres, l'État membre dans lequel la demande de protection internationale est introduite est responsable. "

6. Mme A fait valoir qu'elle a quitté la Hongrie le 3 janvier 2020 pour revenir en octobre 2020 en Europe. Elle ne produit toutefois pas les tickets de bus censés justifier de ce déplacement au Kosovo. Par ailleurs, et tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme A était titulaire d'un visa de type C d'une durée de séjour de 90 jours délivré par les autorités consulaires allemandes au Kosovo le 11 novembre 2019 et qui a expiré le 4 juillet 2020, soit moins de six mois avant la date d'édiction de la décision litigieuse. Par ailleurs, elle ne produit aucun élément susceptible de justifier qu'elle aurait quitté le territoire des Etats membres après y être effectivement entrée en octobre 2020. Par suite, par application de l'article 12 du règlement n° 604/2013, l'Allemagne est l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'intéressée ne relevait plus, à la date de la décision préfectorale en litige, de la procédure Dublin.

7. En dernier lieu, Madame A reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des articles 17 du règlement (UE) n°604/2013 et L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans apporter d'éléments nouveaux, notamment aucun élément de nature à établir qu'elle pourrait faire l'objet de représailles de la part de son ex-mari résidant en Allemagne, ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la région Grand Est préfet du Bas-Rhin .

Fait à Nancy, le 18 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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