jeudi 31 mars 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC01986 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg, d'annuler ,d'une part l'arrêté du 30 décembre 2020 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, d'autre part l'arrêté du 2 janvier 2021 par lequel le préfet a décidé son maintien en rétention administrative.
Par un jugement n°2100037-2008385 du 13 janvier 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, M. A, représenté par Me Bottemer, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 13 janvier 2021 en tant qu'il a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an contenue dans l'arrêté du 30 décembre 2020 ;
2°) d'annuler cette décision.
Il soutient que :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée notamment en ce que le préfet n'a tenu compte ni des quatre critères prévus par l'article L. 511-1 III alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de sa relation avec sa concubine titulaire d'un titre de séjour en France ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;
- elle est disproportionnée au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant kosovar, est entré pour la première fois en 2012 sur le territoire français afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 11 mars 2014. Le 16 septembre 2015, le préfet du Haut-Rhin a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le rejet de sa demande d'asile a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 décembre 2015. L'intéressé a déclaré être reparti au Kosovo, puis être allé en Autriche et être revenu en France en 2018 jusqu'en janvier 2019. Le 18 février 2019, le requérant a été radié d'office de son domicile en Belgique, où il était connu pour des faits de séjour irrégulier en 2019 et où il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 25 juin 2020. Il est également connu par les autorités suisses pour des faits de vols commis en 2014, 2015, 2016 et 2019 et a été condamné à 24 mois de peine privative de liberté et à 5 ans d'expulsion pénale pour des faits de tentatives de vol, vol par métier en bande, dommages à la propriété, violation de domicile et infractions sur la circulation routière le 20 janvier 2020. L'intéressé a été incarcéré en Suisse et a été éloigné au mois de septembre 2020 vers le Kosovo. Il fait l'objet d'un signalement Schengen valable du 1er septembre 2020 au 10 novembre 2023. M. A est également connu défavorablement en France pour des faits d'aide à l'entrée et à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France commis le 11 février 2014, de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis faux ou falsifié, d'usage de faux documents administratifs, de conduite d'un véhicule sans permis, d'usurpation d'identité et faux dans un document administratif commis le 11 janvier 2019. L'intéressé, qui ne justifie pas remplir les conditions posées par l'article 6 du règlement Schengen, est en situation irrégulière sur le territoire. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 30 décembre 2020 par les services de police de Mulhouse pour des faits de détention, de stupéfiants et de conduite sous stupéfiants et a été auditionné à cet égard. Par un arrêté du 30 décembre 2020, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour en France pendant un an et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du même jour, le préfet a décidé son placement dans un établissement ne relevant pas de l'administration pénitentiaire le temps nécessaire à l'organisation de son départ du territoire national. Suite à la volonté de l'intéressé exprimée le 2 janvier 2021 de solliciter un réexamen de sa demande d'asile, le préfet a, par un arrêté du même jour, décidé de prolonger son maintien en rétention le temps nécessaire au réexamen par l'OFPRA de sa demande d'asile, et, en cas de rejet de cette dernière, le temps nécessaire à l'organisation de son éloignement du territoire français. M. A fait appel du jugement du 13 janvier 2021 en tant que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour d'une durée d'un an.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
3. En premier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
4. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.
5. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet du Haut-Rhin a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le procès-verbal d'audition de M. A établi le 30 décembre 2020 par les services de police de Mulhouse. Après avoir pris en considération la durée de présence du requérant en France, le préfet du Haut-Rhin a relevé, d'une part, que M. A ne justifie pas entretenir des liens familiaux intenses et stables en France, d'autre part, qu'il n'établit pas avoir transféré le centre de ses intérêts privés en France ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, et enfin, que son comportement représente une menace pour l'ordre public, et que, dès lors, une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est justifiée. Dans ces conditions, la décision contestée comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Le préfet du Haut-Rhin, qui a pris soin d'examiner si des considérations humanitaires pouvaient faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure, et alors même qu'il n'a pas mentionné la relation amoureuse dont se prévaut le requérant, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait et n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Si M. A se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante kosovare titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en France, chez qui il était hébergé et qu'il désigne comme étant son épouse, il ne produit aucune pièce permettant d'établir le caractère réel du mariage allégué. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire français et par conséquent d'une vie familiale intense, ancienne et stable. M. A ne justifie pas davantage être démuni d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ni être particulièrement inséré dans la société française. En outre, Si l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche, celle-ci est postérieure à la date de l'arrêté contesté. Enfin, il est constant que M. A est connu défavorablement des autorités belges, suisses et françaises, en dernier lieu, pour des faits de détention de stupéfiants et de conduite sous l'emprise de stupéfiants le 30 décembre 2020. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au regard des buts en vue desquels sa décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin .
Fait à Nancy, le 31 mars 202Le président désigné
Signé :
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL01669
03/08/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL01953
03/08/2026
Cour Administrative d'Appel de Nantes — N° CAA44-25NT03278
Refus de conditions matérielles d’accueil par l’OFII – Cour Administrative d’Appel de Nantes (juge des référés) – Rejet de la requête de M. B..., ressortissant tchadien, contestant le refus de l’OFII fondé sur l’absence de demande d’asile dans le délai de 90 jours (article L. 551-15 du CESEDA). La cour confirme le jugement du tribunal administratif de Nantes, estimant que la décision est suffisamment motivée et que l’allégation de vulnérabilité, non étayée, ne constitue pas un motif légitime. La requête est rejetée comme manifestement dépourvue de fondement.
01/07/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA01295
Obligation de quitter le territoire français (OQTF) assortie d’une fixation du pays de renvoi. La Cour administrative d’appel de Paris, statuant en référé, rejette la requête de M. B..., ressortissant égyptien, comme manifestement dépourvue de fondement. Elle confirme l’ordonnance du tribunal administratif de Paris qui avait rejeté sa demande d’annulation de l’arrêté préfectoral. La cour retient que l’appelant ne présente aucun argument nouveau de nature à remettre en cause l’analyse des premiers juges, laquelle était fondée sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.
01/07/2026