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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02050

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02050

vendredi 10 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02050
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDRAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et Mme C B ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 21 septembre 2020 par lesquels le préfet du Doubs a refusé de leur délivrer des titres de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2001730-2001732 du 28 janvier 2021, le tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I.) Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021 sous le numéro 21NC02050, Mme C B, représentée par Me Dravigny, demande à la cour :

1°) d'annuler, en ce qui la concerne, ce jugement du 28 janvier 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2020 pris à son encontre par le préfet du Doubs ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, pendant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet du Doubs n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et a ainsi entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II.) Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021 sous le numéro 21NC02052, M. A B, représenté par Me Dravigny, demande à la cour :

1°) d'annuler, en ce qui le concerne, ce jugement du 28 janvier 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2020 pris à son encontre par le préfet du Doubs ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, pendant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que ceux exposés à l'appui de la requête numéro 21NC02050 présentée par Mme C B.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants kosovars, sont entrés irrégulièrement en France, selon leurs déclarations, le 20 décembre 2014 afin de solliciter l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par des décisions du 20 septembre 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par des décisions du 17 mars 2017. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées tant par L'OFPRA par des décisions du 29 juin 2017, que par la CNDA par des décisions du 5 septembre 2017. Par des arrêtés du 13 octobre 2017, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Besançon puis par la cour administrative d'appel de Nancy, le préfet du Doubs leur a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. N'ayant pas déféré à la mesure prise à son encontre, Mme B a présenté, le 24 janvier 2018, une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par une décision du 25 mai 2018, le préfet du Doubs lui a opposé un refus et a ordonné à l'intéressée de se conformer à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 octobre 2017. Le 6 février 2020, M. et Mme B ont sollicité la délivrance de titres de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par des arrêtés du 21 septembre 2020, le préfet du Doubs a refusé de leur délivrer des titres de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel du jugement du 28 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les requérants soutiennent que le préfet du Doubs n'a pas examiné leurs demandes de manière réelle et complète au motif que les arrêtés ne visent ni ne citent les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Toutefois, dès lors que le préfet a énoncé dans ses arrêtés que les requérants sont mariés et parents de deux enfants nés en France, qu'ils ont fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches privées et familiales au Kosovo, leur pays d'origine où la cellule familiale pourra se reconstituer, et que ces considérations ont été prises en compte pour mettre en balance les atteintes que de telles décisions pourraient porter à leur vie privée et familiale dans le cadre de leurs demandes de titre de séjour à raison de leurs liens privés et familiaux en France, il n'apparaît pas que le préfet du Doubs aurait manqué d'examiner les demandes présentées par M. et Mme B de manière réelle et sérieuse. Les moyens tirés d'un défaut d'examen sérieux et approfondi doivent donc être écartés.

4. En second lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ensuite, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ( ) ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-11 du même code alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l' étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus".

5. Pour soutenir que les décisions par lesquelles le préfet du Doubs leur a refusé la délivrance de titres de séjour méconnaîtraient les stipulations et dispositions précitées, M. et Mme B se prévalent de la durée de leur présence en France, de leurs efforts d'insertion dans la société française, de la scolarisation de deux de leurs enfants et de la naissance prochaine d'un troisième enfant. Toutefois, d'une part, si les requérants étaient présents en France depuis presque six ans à la date des décisions contestées, il est constant que les intéressés n'ont pas déféré aux mesures d'éloignement prises à leur encontre par des arrêtés du 13 octobre 2017, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Besançon puis par la cour administrative d'appel de Nancy. D'autre part, M. et Mme B n'établissent pas être dépourvus d'attaches privées et familiales au Kosovo, leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leurs vies. Par ailleurs, les promesses d'embauche dont se prévalent les requérants à hauteur d'appel, établies postérieurement aux décisions en litige, sont sans incidence sur leur légalité. Enfin, M. et Mme B ne démontrent pas que leur cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Kosovo ni que leurs enfants seraient dans l'impossibilité de poursuivre leurs scolarités dans ce pays, alors au demeurant que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu qu'il estime le plus approprié pour y développer une vie privée et familiale. Dans ces conditions, nonobstant l'engagement associatif dont justifient les requérants, le préfet du Doubs n'a pas porté au droit de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, non plus que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il ne résulte pas davantage de ce qui vient d'être dit que les situations des intéressés seraient caractérisées par des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier leurs admissions exceptionnelles au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du même code alors applicable. Pour les mêmes motifs, le préfet du Doubs n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elles emporteraient sur les situations personnelles de M. et Mme B. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français.

7. En second lieu, les moyens tirés de ce que les décisions obligeant M. et Mme B à quitter le territoire français méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme C B.

Copie en sera adressée au préfet du Doubs.

Fait à Nancy, le 10 juin 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

No 21NC02050, 21NC0205

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