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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02352

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02352

jeudi 28 avril 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02352
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 4 mars 2021 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2102470 du 29 juillet 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé l'arrêté préfectoral du 4 mars 2021, a enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et a condamné l'Etat à verser au conseil du requérant la somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 août 2021, le préfet de la Moselle demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 juillet 2021 du tribunal administratif de Strasbourg ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Strasbourg.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal a considéré que M. B remplissait la condition de communauté de vie avec son épouse de nationalité française, au sens de l'article L.313-11 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- aucun des autres moyens présentés en première instance par M. B n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, M. B, représenté par Me Dollé, demande à la cour de rejeter la requête, d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour et subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai déterminé et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car elle se borne à reproduire le mémoire de première instance et ne critique pas utilement le jugement ;

- les moyens soulevés par le préfet de la Moselle ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour pour avis ce qui entache d'illégalité la décision litigieuse.

Les parties ont été informées le 16 mars 2022 en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative de ce que la cour était susceptible de relever d'office le moyen tiré de ce que les conclusions à fin d'injonction de délivrance de titre de séjour de M. B sont dépourvues d'objet dès lors que le tribunal administratif de Strasbourg dans son jugement du 29 juillet 2021 a déjà enjoint à l'Etat de lui délivrer un titre de séjour.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 11 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roussaux,

- et les observations de Me Dollé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 31 mai 1976, est entré en France le 26 février 2016 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour, qui lui a été délivré en qualité de conjoint de ressortissant français. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 5 décembre 2016. Par un arrêté du 7 août 2018, le préfet de la Moselle lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 13 décembre 2018, puis par la cour administrative d'appel de Nancy le 3 mai 2019. Par courrier du 8 août 2019, M. B a de nouveau sollicité son admission au séjour en tant que conjoint de français. Par un arrêté du 4 mars 2021, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de destination. Le préfet de la Moselle relève appel du jugement du 29 juillet 2021 du tribunal administratif de Strasbourg qui a annulé son arrêté préfectoral du 4 mars 2021, lui a enjoint de délivrer un titre de séjour à M. B et a condamné l'Etat à verser au conseil de ce dernier la somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ().

3. M. B, a épousé le 8 décembre 2007 au Cameroun Mme C de nationalité française. Il ressort des pièces produites et notamment d'un contrat de bail et d'un compte bancaire à leurs deux noms qu'ils ont vécu dans un premier temps ensemble au Cameroun. M. B est arrivé par la suite en France le 26 février 2016. Il a été embauché sous contrat à durée indéterminé en tant qu'agent de sécurité le 9 novembre 2016. Si le couple n'a pas toujours vécu ensemble, il ressort du passeport de son épouse qu'après avoir fait de fréquents allers retours entre la France et le Cameroun, elle réside désormais de manière continue depuis le 20 novembre 2019 en France afin de se faire soigner pour des pathologies lourdes et que la présence de son époux à ses côtés lui est nécessaire. Pour attester de la communauté de vie, le requérant produit des extraits de comptes bancaires à leurs deux noms, l'ouverture d'un plan épargne logement, un crédit souscrit à leurs deux noms, l'inscription de son épouse sur les listes électorales de la ville de Metz, de nombreuses pièces médicales de son épouse qui démontrent qu'elle est suivie depuis 2019 par différents praticiens en France, de nombreuses attestations de proches et enfin copie de la notification de l'allocation personnalisée d'autonomie pour une aide à leur domicile commun. Les pièces ainsi versées au dossier permettent d'établir l'effectivité de la vie commune entre les époux sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'absence de communauté de vie entre les époux et a par suite méconnu les dispositions de l'article L. 313-11-4° précité.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le requérant, que le préfet de la Moselle n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé l'arrêté préfectoral du 4 mars 2021 et lui a enjoint de délivrer à M. B un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il ressort des termes du jugement du 29 juillet 2021 que le tribunal administratif de Strasbourg a enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. B un titre de séjour " vie privée et familiale ". Il appartient en conséquence au préfet de la Moselle d'exécuter ce jugement et de délivrer ce titre à M. B. Les conclusions en injonction formulées par M. B devant la cour, auxquelles il a déjà été fait droit par le jugement du tribunal administratif de Strasbourg, que l'Etat, sous peine d'une procédure d'exécution, est tenu d'exécuter, étaient donc dès l'enregistrement de la requête sans objet et donc irrecevables.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dollé, représentant M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais d'instance de l'intimé.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du préfet de la Moselle est rejetée.

Article 2 : Les conclusions d'appel à fin d'injonction de M. B sont rejetées.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dollé une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dollé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4: Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. A B.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle

Délibéré après l'audience du 7 avril 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Laubriat, président,

- M. Meisse, premier conseiller,

- Mme Roussaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2022.

La rapporteure,

signé

S. ROUSSAUXLe président,

signé

A. LAUBRIAT

La greffière,

signé

C. JADELOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

C. JADELOT

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