vendredi 10 juin 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC02362 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MOUDNI ADAM |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 29 juillet 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin, d'une part l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, d'autre part l'a assignée à résidence dans le département du Haut-Rhin.
Par un jugement n° 2105345 du 11 août 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 23 août 2021, Mme A, représentée par Me Moudni Adam, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 11 août 2021 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 29 juillet 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un certificat de résident avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la régularité du jugement attaché :
- il est insuffisamment motivé ;
S'agissant de la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.
.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 24 janvier 2017. Le 28 mars 2018, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Un certificat de résidence algérien d'une durée de six mois lui a été délivré le 14 mars 2019. Le 16 décembre 2019, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 mai 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg en date du 13 octobre 2020, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 17 novembre 2020, Mme A a sollicité son admission au séjour pour raisons médicales auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par une décision du 10 février 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande. Le 29 juillet 2021, la requérante a été convoquée et placée en retenue administrative par les services de la police aux frontières aux fins de vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français. Par deux arrêtés du même jour, le préfet du Haut-Rhin, d'une part lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, d'autre part l'a assignée à résidence. Mme A fait appel du jugement du 11 août 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal administratif de Strasbourg, qui n'était pas tenu de répondre à l'ensemble des arguments des parties, a répondu aux moyens dont il était saisi et a suffisamment motivé son jugement au regard des dispositions précitées du code de justice administrative. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait insuffisamment motivé.
Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, Mme A soulève pour la première fois en appel les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen et de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait son droit à être entendue. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée n'avait, en première instance, présenté que des moyens de légalité interne. Par suite, ces moyens, qui se rattachent à une cause juridique distincte, constituent une demande nouvelle, irrecevable en appel.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ". Mme A, qui est entrée sur le territoire français en 2017, ne justifie pas résider en France depuis plus de dix ans. Elle ne peut donc se prévaloir des stipulations précitées de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 du même accord : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme A se prévaut de la durée de sa présence en France, de son concubinage avec un ressortissant français, de leur projet de mariage et de leur enfant à naître. S'il est constant que Mme A est entrée en France le 24 janvier 2017, il ressort des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en mai 2020 à laquelle elle n'a pas déféré ainsi que d'un refus de titre de séjour. Par ailleurs, si Mme A fait valoir sa relation amoureuse avec un ressortissant français, père de leur enfant à naître, les pièces qu'elle produit, notamment, un avenant au bail signé le 2 mai 2020 l'ajoutant comme locataire, l'acte de reconnaissance anticipée et l'acte de naissance de leur enfant, ne suffisent pas à démontrer l'ancienneté et la stabilité de leur relation de couple ni de leur communauté de vie. En outre, elle n'établit pas être dépourvue de liens familiaux et personnels dans son pays d'origine, l'Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où résident sa mère et sa fille de dix ans, qui est à sa charge. Enfin, la circonstance que Mme A dispose d'une promesse d'embauche ne suffit pas à justifier d'une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations des articles 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ces moyens doivent être écartés ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". L'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions de procédure relatives à la délivrance de titres de séjour aux étrangers malades sont applicables aux ressortissants algériens, dispose : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
10. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.
11. Par un avis du 26 janvier 2021, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Le certificat médical établi le 30 juillet 2021 par un praticien hospitalier au sein d'un service spécialisé en maladies infectieuses, qui se borne à indiquer en des termes peu précis et circonstanciés que le traitement approprié est coûteux et difficile d'accès en Algérie, ne permet pas d'établir qu'il lui serait impossible d'y bénéficier d'un traitement adapté. En outre, selon le rapport sur la " Stratégie de coopération de l'OMS avec l'Algérie 2016-2020 " versé au débat par le préfet en première instance, les traitements disponibles pour son affection sont totalement gratuits en Algérie. Dès lors, les documents produits par la requérante ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet du Haut-Rhin au regard de l'avis du collège de médecins de l'OFII selon laquelle Mme A peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 10 juin 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026