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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02685

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02685

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02685
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantMAILLARD-SALIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 31 août 2021 par lesquels le préfet du Doubs a décidé son transfert aux autorités slovènes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois.

Par un jugement n° 2101567 du 17 septembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, M. A, représenté par Me Maillard-Salin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 17 septembre 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés susmentionnés du 31 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de déclarer la France responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités slovènes :

- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités slovènes.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2021, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car elle mentionne une adresse erronée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 22 mars 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté ordonnant le transfert de M. A vers la Slovénie, cet arrêté ne pouvant plus être légalement exécuté compte tenu de l'expiration du délai de transfert prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office enregistré le 22 mars 2022, M. A, représenté par Me Maillard-Salin, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités slovènes et déclare maintenir ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office enregistré le 24 mars 2022, le préfet du Doubs a informé la cour de ce que M. A a été déclaré en fuite, ce qui a eu pour effet de prolonger le délai de transfert.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, est entré en France à une date indéterminée. Il a déposé une demande d'asile le 2 juin 2021. La consultation du fichier " Eurodac " a permis d'établir qu'il avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités slovènes. Le 16 juillet 2021, une demande de reprise en charge de l'intéressé a été adressée à ces autorités. Les autorités slovènes ont donné leur accord le 29 juillet 2021. Par des arrêtés du 31 août 2021, le préfet du Doubs a ordonné le transfert de M. A aux autorités slovènes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. M. A fait appel du jugement du 17 septembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur le non-lieu :

3. L'article 29 du règlement (UE) n° 604/213 du 26 juin 2013 ci-dessus visé dispose que : " 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

4. Le délai initial dont disposait le préfet du Doubs pour procéder à l'exécution du transfert de M. A vers la Slovénie a été interrompu par la saisine du tribunal administratif de Besançon. Ce délai a recommencé à courir à compter de la notification le 20 septembre 2021 à l'administration du jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'information communiquée aux autorités slovènes, que M. A a été déclaré en fuite au sens du règlement précité, ce qui a eu pour effet de porter le délai d'exécution de la décision de transfert à dix-huit mois à compter de la notification du jugement du tribunal administratif de Besançon, soit au plus tard le 20 mars 2023. Par suite, le délai d'exécution du transfert n'est pas expiré à la date de la présente ordonnance. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la requête d'appel de M. A ne sont pas dépourvues d'objet et il y a toujours lieu d'y statuer.

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités slovènes :

5. D'une part, aux termes du d) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : reprendre en charge () le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre ". D'autre part, aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. A soutient que le préfet du Doubs aurait dû faire application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 en faisant valoir l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Slovénie, révélées en l'espèce par la faible durée d'un mois qui s'est écoulée entre le dépôt de sa demande d'asile dans ce pays et son rejet. Toutefois, d'une part, eu égard au niveau de protection des libertés et droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. D'autre part, si le requérant se prévaut d'un extrait d'un rapport d'une organisation non gouvernementale établi en 2020 relatif au traitement des demandeurs d'asile en Slovénie, le caractère général de ce document ne lui confère pas une force probante suffisante pour justifier les allégations de l'intéressé quant à l'existence de défaillances systémiques qui affecteraient la procédure d'examen des demandes d'asile en Slovénie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités slovènes, qui ont accepté la reprise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions du d) du I de l'article 18 du règlement du 26 juin 2013, n'évalueront pas, avant de procéder à son éventuel éloignement, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité. Par suite, les moyens tirés la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

7. Le requérant n'établit pas l'illégalité de l'arrêté ordonnant son transfert vers la Slovénie. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cet arrêté soulevé à l'encontre de l'arrêté par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est manifestement pas fondé à soutenir que c'est à tort que le jugement attaqué a rejeté ses demandes. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées. Il s'ensuit que sa requête, qui est manifestement dépourvue de fondement, ne peut qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Doubs.

Fait à Nancy, le 01 juillet 202 Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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