mardi 31 mai 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC02689 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BENTAYEB |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 1er septembre 2021 par lesquels le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pendant une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2106037 du 14 septembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, M. B, représenté par Me Bentayeb, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 14 septembre 2021 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 1er septembre 2021 pris à son encontre ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit à un procès équitable ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet a considéré qu'il constituait une menace à l'ordre public alors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (ancien article L. 511-1, II) dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant italien, est entré en France, selon ses déclarations, dans le courant de l'année 2019. Le 1er septembre 2021, l'intéressé a été interpelé par services de police de Mulhouse et a été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de stupéfiants et conduite sans permis de conduire. Par deux arrêtés du même jour, le préfet du Haut-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a interdit de circuler sur le territoire pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pendant une durée de quarante-cinq jours. M. B relève appel du jugement du 14 septembre 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () "
4. M. B fait valoir que la décision du 1er septembre 2021 par laquelle il lui a été fait obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à un procès équitable en ce qu'elle aurait pour conséquence de l'empêcher de se rendre à l'audition libre à laquelle il a été convoqué le 10 septembre 2021 à l'hôtel de police de Mulhouse, et à d'autre convocations qui pourraient intervenir postérieurement. Toutefois, d'une part, et ainsi que le précisait la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg dans le jugement attaqué, la décision litigieuse ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce que M. B se rende à l'audition du 10 septembre 2021. Au demeurant, le recours formé par M. B devant le tribunal administratif de Strasbourg à l'encontre de cette décision a eu pour effet d'en suspendre l'exécution, jusqu'à l'intervention du jugement attaqué du 14 septembre 2021. D'autre part, et dans l'hypothèse où M. B ferait l'objet d'autres convocations à l'avenir, notamment devant le juge des enfants, il n'est pas démontré qu'il ne pourrait se faire représenter par un avocat, ni même qu'il serait dans l'impossibilité de revenir spécialement en France à cette occasion. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. M. B fait valoir qu'il réside en France avec ses parents, que d'autres membres de sa famille, dont certains ont la nationalité française, sont également présents sur le territoire français et qu'il est sans attache et sans ressource dans son pays d'origine. Toutefois l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Italie, pays dont il a la nationalité et où il a vécu jusqu'à son arrivée récente en France. Il ressort également des pièces du dossier que M. B ne peut se prévaloir d'une intégration particulière sur le territoire. Enfin, il est défavorablement connu des services de police pour avoir été interpelé à plusieurs reprises pour des faits d'extorsion, d'abus de confiance, port sans motif légitime d'arme blanche, conduite d'un véhicule sans permis, détention et acquisition non autorisées de stupéfiants, et conduite d'un véhicule sans permis sous l'emprise de stupéfiants, faits commis depuis octobre 2020 jusqu'à la décision litigieuse du 1er septembre 2021. Dans ces conditions, et compte-tenu notamment du comportement de M. B, la décision litigieuse n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son comportement constitue une menace à l'ordre public, alors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été rappelé au point précédent, que M. B a été interpelé à plusieurs reprises par les services de police pour des faits d'extorsion, d'abus de confiance, port sans motif légitime d'arme blanche, conduite d'un véhicule sans permis, détention et acquisition non autorisées de stupéfiants, et conduite d'un véhicule sans permis sous l'emprise de stupéfiants, faits commis depuis octobre 2020 jusqu'à la décision du 1er septembre 2021. Ainsi, s'il est constant que le requérant n'avait encore fait l'objet d'aucune condamnation pénale à la date de la décision contestée, l'autorité administrative pouvait considérer que son comportement constituait une menace à l'ordre public, et décider de son éloignement pour ce motif. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.
Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
8. M. B soutient que la décision litigieuse est illégale en ce qu'il ne présente pas de risque de fuite, au sens des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit reprenant les dispositions de l'article L. 511-1, II du même code. Toutefois, il ressort des termes mêmes de cet article que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans trois cas précisément énumérés, la circonstance selon laquelle l'étranger en cause présenterait un risque de fuite n'étant que l'un d'entre eux. Ainsi, en se bornant à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui accorder un départ volontaire est illégale en ce qu'il ne présente pas de risque de fuite, alors même que cette décision n'est pas fondée sur ce motif, le requérant n'établit nullement l'illégalité de cette dernière. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale de M. B doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 31 mai 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026