vendredi 10 juin 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC02707 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOUVIER JAQUET ROYER PEREIRA BARBOSA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Par un jugement n° 2101525 du 14 septembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2021, M. B, représenté par la SCP Tertio Avocats, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 14 septembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la régularité du jugement :
- le jugement comporte une erreur d'appréciation dès lors qu'il comporte une erreur sur la date de son mariage et que contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, l'administration ne l'a pas invité à préciser les motifs de sa demande ;
- le tribunal a à tort a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant au regard de sa situation personnelle mais pas au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant de sa conjointe ;
- les premiers juges ont inexactement interprété l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- le signataire de la décision est incompétent dès lors que la délégation qu'il a reçu par le préfet est générale et n'a pas pour effet de lui déléguer la signature des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 2) de l'accord franco-algérien ;
- le préfet a commis une erreur de droit en estimant qu'il ne peut se prévaloir d'une entrée régulière en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision est incompétent ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
S'agissant de la décision accordant un délai de départ volontaire :
- le signataire de la décision est incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée et le préfet doit démontrer avoir procédé à un examen particulier au regard notamment des critères prévus par la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations dans un délai suffisant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard notamment de l'article L. 511-1-II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive précitée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- le signataire de la décision est incompétent ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit au respect du contradictoire n'a pas été respecté ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 signée le 19 juin 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 22 mai 2012 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles. Le 19 février 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6 2) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 14 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, d'une part, si le jugement contesté indique effectivement en son point 4 que le requérant s'est marié avec une ressortissante française le 19 février 2021 au lieu du 13 février 2021, cette circonstance ne constitue qu'une erreur de plume qui n'est pas de nature à entacher ledit jugement d'irrégularité. D'autre part, s'il ressort des termes mêmes du jugement contesté que celui-ci n'a fait que rappeler, à bon droit, en son point 12, qu'à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'intéressé est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tout élément susceptible de venir au soutien de cette demande et qu'il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux, il n'en ressort pas que le préfet aurait expressément invité le requérant à faire part de toute observation complémentaire. En outre, les premiers juges ont expressément indiqué que " l'intéressé n'aurait pas été invité par le préfet à faire part de ses observations ". Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait irrégulier pour ces motifs.
4. En second lieu, les moyens tirés de ce que le tribunal aurait écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant au regard de sa situation personnelle mais pas au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant de sa conjointe et de qu'il aurait inexactement interprété l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen relèvent du bien-fondé du jugement et non de sa régularité.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Le Goff, secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, qui a reçu délégation de signature par un arrêté préfectoral du 9 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, indiquant en son article 1 que " délégation est donnée à M. C () à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions, requêtes (y compris déférés), circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit ". Dès lors, il ressort des termes de cet arrêté, qui est suffisamment précis, que le moyen tiré de ce que le signataire de la décision serait incompétent ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen stipule : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ".
7. La souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable est, contrairement à ce que soutient M. B, une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait déclaré son entrée en France dans les conditions prévues par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Dès lors, M. B ne justifiant pas de son entrée régulière sur le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle pouvait, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français sans méconnaître les stipulations de l'article 6 2) de l'accord franco-algérien du 17 décembre 1968. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, M. B reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le tribunal administratif de Nancy, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6 5) de l'accord franco-algérien, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par les premiers juges. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 7 de la présente ordonnance que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.
Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 7 de la présente ordonnance que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, devant la cour, M. B, qui ne peut se prévaloir à l'encontre de l'arrêté contesté des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dès lors que cette directive a fait l'objet d'une transposition en droit interne et qu'il n'est pas même allégué que cette transposition méconnaîtrait les objectifs de cette directive, reprend ses autres moyens de première instance tirés de l'insuffisance de motivation de la décision et de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard notamment de l'article L. 511-1-II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Par suite, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 7 de la présente ordonnance que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.
16. En troisième et dernier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer que, en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'une mesure d'éloignement du territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ou de compléter ses observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, sur l'octroi ou non d'un délai de départ volontaire, sur la fixation du pays de destination et sur l'interdiction de retour, lesquelles sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché, lors du dépôt et au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire valoir auprès de l'administration tous les éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation personnelle et familiale. Par suite, et alors même que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas invité le requérant à présenter spécifiquement des observations sur le pays de destination, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Au demeurant, le requérant n'a pas présenté de demande d'aide juridictionnelle.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 10 juin 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
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04/05/2026