mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC02715 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GEHIN - GERARDIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les décisions des 19 et 27 juin 2019 par lesquelles le préfet des Vosges a exigé la production d'un passeport en cours de validité pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et a refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
Par un jugement n° 1901865 du 18 mars 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 octobre 2021 et 16 mai 2022, M. C A, représenté par Me Gehin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 18 mars 2021 ;
2°) d'annuler les décisions des 19 et 27 juin 2019 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande de délivrance de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre de la procédure d'appel et 1500 euros au titre de la procédure de première instance.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement étant entaché d'une omission de statuer sur le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte, il doit être annulé pour irrégularité ;
- le jugement est mal fondé et est entaché d'une dénaturation des pièces du dossier ;
Sur les conclusions à fin d'annulation :
- le refus guichet est une décision susceptible de recours ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est en mesure de justifier de son identité et de sa nationalité ;
- le refus d'enregistrement de sa demande de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'incompétence dès lors que l'agent de guichet ne dispose pas de délégation de signature ;
- les décisions méconnaissent l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le préfet des Vosges conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ne faisant pas griefs, la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022 à 12h00.
Un mémoire présenté par le préfet des Vosges a été enregistré le 31 mai 2022, à 14h05, postérieurement à la clôture d'instruction.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, se déclarant né en 1987 et de nationalité guinéenne, serait entré irrégulièrement en France le 27 juin 2017 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 octobre 2017 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 mai 2019. M. A a déposé une demande de titre de séjour pour raisons de santé. Par un courrier du 19 juin 2019, le préfet des Vosges l'a invité à se présenter en préfecture muni notamment de son passeport en cours de validité pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Le 27 juin 2019, M. A s'est présenté au guichet de la préfecture. Un agent des services de la préfecture a refusé oralement l'enregistrement de sa demande de délivrance de titre de séjour. M. A relève appel du jugement du 18 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions des 19 et 27 juin 2019.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, après avoir considéré que le requérant n'avait pas produit de pièce justifiant de son état civil et de sa nationalité, ont jugé que la demande de titre de séjour était incomplète et que dès lors, le refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour n'avait pas le caractère d'une décision susceptible d'être contestée par la voie d'un recours pour excès de pouvoir. Dans ces conditions, le tribunal administratif, qui a rejeté pour ce motif les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de la décision du 27 juin 2019, n'était pas tenu de statuer sur les moyens soulevés à l'encontre de cette décision. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait irrégulier faute pour les premiers juges d'avoir répondu à l'ensemble de ses moyens.
3. En second lieu, le requérant soutient que le tribunal a commis une dénaturation des pièces du dossier et que son jugement est mal fondé. Toutefois, ces moyens, qui relèvent du bien-fondé du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le courrier du 19 juin 2019 :
4. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. () "
5. La convocation de l'étranger par l'autorité administrative à la préfecture afin qu'il y dépose sa demande de titre de séjour, qui n'a d'autre objet que de fixer la date à laquelle il sera, en principe, procédé à l'enregistrement de sa demande dans le cadre de la procédure devant conduire à une décision sur son droit au séjour, ne constitue pas une décision faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
6. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 19 juin 2019, le préfet des Vosges s'est borné à demander à M. A de se rendre au bureau des étrangers de la préfecture, muni des originaux et des copies de son passeport valide, ainsi que d'un justificatif de domicile et de trois photographies. Cette convocation, qui ne se prononce pas sur la complétude du dossier et l'enregistrement de la demande, mais n'a que pour seul objet d'informer le requérant sur la procédure administrative, ne constitue pas une décision faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 27 juin 2019 refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A :
7. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 311-2-2 du même code, alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ".
8. D'une part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.
9. D'autre part, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas seulement subordonnée au respect des conditions de fond qu'il prévoit, mais également à la recevabilité de la demande et, plus particulièrement, à l'obligation pour le demandeur, énoncée à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier de son état civil et de sa nationalité.
10. M. A soutient que lorsqu'il s'est présenté au guichet de la préfecture des Vosges le 27 juin 2019, afin d'y déposer les pièces accompagnant sa demande de titre de séjour pour raisons de santé, il s'est vu refuser l'enregistrement de son dossier au motif qu'il ne présentait pas de passeport. Il produit à l'appui de ses allégations, l'attestation du 28 juin 2019, émanant du tiers qui l'a accompagné lors de ce rendez-vous en préfecture.
11. Il ressort des pièces du dossier que l'acte de mariage produit par M. A, à l'appui de sa demande de titre de séjour, comporte mention de ses date et lieu de naissance, de sa nationalité, ainsi que de sa filiation. Comme le fait valoir le préfet en défense, ce document, qui ne permet de justifier que de son état civil, ne suffit pas à attester de sa nationalité. Toutefois, il n'est pas contesté qu'un passeport a été exigé au guichet des services de la préfecture le 27 juin 2019, au demeurant comme le courrier du 19 juin 2019 listant les pièces justificatives le demandait. Or, en imposant qu'un passeport soit nécessairement produit pour attester de l'état civil et de la nationalité d'un étranger, le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, le préfet des Vosges, qui ne peut être regardé comme sollicitant dans ses écritures en appel une substitution de motifs de sa décision tendant à refuser l'enregistrement la demande de M. A, ne pouvait légalement refuser l'enregistrement de la demande de M. A au motif qu'il n'a pas présenté un passeport en cours de validité. Il s'ensuit que le refus d'enregistrement caractérisé par la décision orale du 27 juin 2019 constitue une décision faisant grief et doit s'analyser comme un refus de titre de séjour qui a été opposé à M. A par une personne dont le préfet ne justifie pas qu'elle ait été régulièrement habilitée à le faire.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. L'exécution du présent arrêt implique seulement, eu égard à la portée du moyen d'annulation, le réexamen de la situation de M. A sans que ne soit seulement exigé de celui-ci par les services préfectoraux la production d'un passeport. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Vosges de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu en revanche d'ordonner que lui soit délivrée une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, la complétude de son dossier devant être vérifiée au préalable par les services de la préfecture. Il n'y a pas lieu non plus d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, une somme de 1 500 euros à verser à Me Géhin, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'indemnité correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Nancy du 18 mars 2021 et la décision du préfet des Vosges du 27 juin 2019 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Vosges de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à Me Géhin une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Une copie du présent arrêt sera adressée au préfet des Vosges.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat, président,
Mme Stenger, première conseillère,
Mme Lambing, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
S. BLe président,
signé
A. Laubriat
La greffière,
signé
D. Fritz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026