mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC02745 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DRAVIGNY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E A a demandé au tribunal administratif de D d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2021 par lequel le préfet du Doubs a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2101188 du 12 octobre 2021, le tribunal administratif de D a annulé cet arrêté du 2 juillet 2021.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, le préfet du Doubs demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 12 octobre 2021 ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de D.
Il soutient que :
- les documents d'état civil produits n'ont respecté ni les dispositions du code de procédure civile guinéen, ni l'article 47 du code civil français et sont faux ;
- la légalisation n'établissant pas la véracité des mentions portées sur l'acte d'état civil présenté, le requérant ne peut se prévaloir de la légalisation par les autorités guinéennes ;
- M. A ne justifie pas de sa minorité lors de prise en charge à son arrivée en France en qualité de mineur isolé au sens des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, M. A, représenté par Me Dravigny, demande à la Cour :
1°) de rejeter de la requête ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que les moyens soulevés par le préfet du Doubs ne sont pas fondés.
M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;
- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, déclare être né le 18 mai 2002 à Conakry et être entré irrégulièrement en France le 15 mai 2017. A la suite des ordonnances de placement provisoire des 23 mai et 2 août 2017 et d'ouverture de tutelle d'Etat du 14 décembre 2017 du tribunal des enfants de D, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental du Doubs. Le 29 septembre 2020, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 423-22. Par un arrêté du 2 juillet 2021, le préfet du Doubs a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le préfet du Doubs fait appel du jugement du 12 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de D a annulé cet arrêté.
Sur l'appel du préfet :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Selon l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil " lequel précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".
3. Le II de l'article 16 de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme de la justice dispose que : " II. - Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Un décret en Conseil d'Etat précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère : " I. - L'ambassadeur ou le chef de poste consulaire français peut légaliser : 1° Les actes publics émis par les autorités de son Etat de résidence, légalisés le cas échéant par l'autorité compétente de cet Etat ;() ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Par dérogation au 1° du I de l'article 3, peuvent être produits en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français :1° Les actes publics émis par les autorités de l'Etat de résidence dans des conditions qui ne permettent manifestement pas à l'ambassadeur ou au chef de poste consulaire français d'en assurer la légalisation, sous réserve que ces actes aient été légalisés par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de cet Etat en résidence en France. Le ministre des affaires étrangères rend publique la liste des Etats concernés ;(). ". Il ressort de l'annexe 8 du tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation publié par le ministre des affaires étrangères que la Guinée fait partie des Etats concernés par cette disposition.
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger qu'il ait fait ou non l'objet d'une légalisation peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. M. A a produit au soutien de sa demande de titre de séjour un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 9862/2017 rendu le 9 mai 2017 et un extrait du registre de l'état civil transcrivant ce jugement sous le n° 1957 le 11 mai 2017. Pour écarter ces documents au motif de leur caractère inauthentique, le préfet du Doubs s'est fondé sur le rapport d'examen technique documentaire de la cellule de lutte contre la fraude documentaire interdépartementale de Pontarlier du 16 février 2021. Dans ce rapport, l'analyste en fraude documentaire note que les documents, qui ne sont pas légalisés par les autorités consulaires françaises en Guinée, ne peuvent revêtir la valeur d'un acte de naissance dans la mesure où ils ne comprennent pas l'intégralité des mentions requises par l'article 196 du code civil guinéen relatif aux actes de naissance. Par ailleurs, il souligne que les documents produits ne comportent aucune sécurité documentaire, que les cachets humides sont de qualité moyenne, certains d'entre eux présentant les caractéristiques d'une fabrication artisanale, et que certains cachets secs sont, soit pratiquement illisibles, ce qui est anormal, soit présentent des erreurs d'orthographe.
7. M. A soutient, sans être utilement contesté, que ni la circonstance que ses documents d'état civil soient imprimés sur du papier ordinaire et par une technique d'impression grand public, ni la mauvaise qualité des tampons humides ne permettent de démontrer qu'ils ne sont pas authentiques. S'agissant du cachet sec, il fait valoir d'une part qu'il ne concerne que le pavé de légalisation du ministère des affaires étrangères et d'autre part qu'il ressort d'une attestation du 17 octobre 2016 émanant de ce ministère que l'absence de lettre " S " est volontaire et constitue un code pour la lutte contre les faux. En tout état de cause, ces documents ont été légalisés par Mme B, l'attachée aux affaires financières du consulat guinéen à Paris. Si le préfet du Doubs soutient que M. A ne peut se prévaloir de cette légalisation qui n'est pas conforme aux prescriptions du 1° de l'article 4 du décret du 10 novembre 2020, il ressort des dispositions citées au point 3 que s'agissant de la Guinée, la seule légalisation par les autorités consulaires guinéennes en France est régulière. En outre, s'il est constant que cette légalisation a pour objet d'attester de l'identité et de la qualité du signataire de l'acte et non d'établir la véracité des mentions portées dans l'acte, M. A fait valoir sans être utilement contesté qu'aucune disposition du code civil guinéen n'impose la production d'un acte de naissance avec un jugement supplétif ou qu'un jugement supplétif comprenne les mentions requises par l'article 196 du code civil guinéen. Il ne ressort pas non plus des dispositions de l'article 175 du code civil guinéen, qui visent seulement les actes d'état civil, qu'elles s'appliqueraient également au jugement supplétif. Par conséquent, il ne saurait être reproché à l'acte de naissance qui en est la transcription de ne pas comprendre les mentions requises par ces articles. Dans ces conditions, le préfet du Doubs ne démontre pas que les mentions comprises dans le jugement supplétif sont dépourvues d'authenticité ou sont insuffisantes au regard de la législation guinéenne. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que les documents produits par M. A sont irrecevables au regard de l'article 47 du code civil.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Doubs n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de D a annulé l'arrêté contesté du 2 juillet 2021.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dravigny, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dravigny de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du préfet du Doubs est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à Me Dravigny une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dravigny renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. E A.
Une copie du présent arrêt sera adressée au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat, président,
Mme Stenger, première conseillère,
Mme Mosser, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. CLe président,
signé
A. LAUBRIAT
La greffière,
signé
D. FRITZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. FRITZ
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026