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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02762

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02762

vendredi 10 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02762
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et Mme D B, née C, ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 30 août 2021 par lesquels le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, a ordonné la remise de leurs pièces d'identité, les a astreint à présentation une fois par semaine et à justifier des diligences accomplies dans la préparation de leurs départs auprès de la brigade mobile de recherche de Mulhouse, leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et a refusé le renouvellement de leurs attestations de demande d'asile. Ils ont également sollicité l'annulation des arrêtés du même jour par lesquels le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans le département avec obligation de présentation une fois par semaine auprès de la permanence hebdomadaire de la gendarmerie nationale.

Par un jugement n° 2105961-2105962 du 13 septembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par deux requêtes enregistrées le 22 octobre 2021, M. et Mme B, représentés par Me Schweitzer, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 13 septembre 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 30 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de leur délivrer à chacun une attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leurs situations administratives ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1200 euros en application des articles 37 et 75-1 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant de la régularité du jugement contesté :

- les motifs retenus par la première juge pour écarter le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont contraires au droit ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de leurs situations ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant des décisions portant remise de leurs documents d'identité, obligation de présentation et assignation à résidence :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissant macédoniens, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 15 mars 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2018, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 juillet 2021. Par deux arrêtés du 30 août 2021, le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, a ordonné la remise de leurs pièces d'identité, les a astreint à se présenter une fois par semaine et à justifier des diligences accomplies dans la préparation de leurs départs auprès de la brigade mobile de recherche de Mulhouse, leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et a refusé le renouvellement de leurs attestations de demande d'asile. Par deux autres arrêtés du même jour, ils ont été assignés à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans le département avec obligation de présentation une fois par semaine auprès de la permanence hebdomadaire de la gendarmerie nationale. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel du jugement du 13 septembre 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Le moyen tiré de ce que la première juge aurait écarté le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour des motifs contraires au droit relève du bien-fondé du jugement et non de sa régularité.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par la première juge.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des arrêtés contestés que pour obliger M. et Mme B à quitter le territoire français, le préfet a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a ensuite mentionné que les deux requérants sont mariés, qu'ils sont entrés sur le territoire français avec leurs deux enfants mineurs et la mère de M. B le 15 mars 2018, que leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, qu'ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions du d) de l'article L. 542-2 1° du code susvisé et qu'ils n'établissaient pas que leurs vies et libertés seraient menacées dans leur pays d'origine ou qu'ils y seraient exposés à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet a ensuite indiqué que leur séjour en France était récent, qu'ils n'ont pas démontré être démunis d'attaches dans leur pays d'origine, qu'ils n'entraient dans aucun des cas d'attribution de plein droit d'un titre de séjour et que les décisions ne portaient pas atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des circonstances de fait et de droit qui en constituent les fondements. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leurs situations ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, M. et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par la première juge. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation pourra être écarté pour les mêmes motifs.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être écartés.

8. En second lieu, M. et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par la première juge.

Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être écartés.

10. En second lieu, si les requérants se prévalent de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 III ancien du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils doivent être regardés comme se prévalant des dispositions de l'article L. 612-10 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Il résulte des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Pour interdire à M. et Mme B de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet a indiqué que leur durée de présence sur le territoire ne présentait pas un caractère suffisamment ancien et qu'ils ne justifiaient pas de l'existence de liens familiaux intenses et stables en France ni être dépourvus de telles attaches dans leur pays d'origine. Le préfet a également précisé que bien qu'ils n'avaient pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et que leurs comportements ne constituaient pas une menace à l'ordre public, leurs situations ne répondaient pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant de ne pas prononcer une mesure d'interdiction de retour à leur encontre. Les requérants ne produisent aucun nouvel élément de nature à établir que les décisions en litige seraient contraires aux dispositions précitées dont les quatre critères évoqués ne sont pas cumulatifs, ni qu'elles seraient entachées d'une erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur les décisions ordonnant la remise de documents d'identité, obligation de présentation et assignation à résidence :

14. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 et 75-1 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme D B née C.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 10 juin 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

2-21NC02763

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