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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02935

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02935

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02935
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantGAFFURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler les arrêtés du 9 août 2021 par lesquels le préfet de l'Aube leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2101919-2101920 du 15 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par deux requêtes enregistrées le 12 novembre 2021 sous les numéros 21NC02935 et 21NC02938, M. B et Mme C, représentés par Me Gaffuri, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 octobre 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 9 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de réexaminer leurs situations administratives au titre de l'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de leurs situations ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B et Mme A C, ressortissants russes, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 9 novembre 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 septembre 2020, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 juin 2021. Par deux arrêtés du 9 août 2021, le préfet de l'Aube leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. B et Mme C font appel du jugement du 15 octobre 2021 par lequel le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour obliger M. B et Mme C à quitter le territoire français, le préfet a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a ensuite indiqué que les demandes d'asile des requérants avaient été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 juin 2021, qu'ils n'apportaient aucun élément établissant qu'ils seraient exposés à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'ils ne remplissaient pas les conditions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour à un autre titre que l'asile. Le préfet a ensuite précisé que les requérants se déclaraient mariés et parents de quatre enfants, qu'ils faisaient tous les deux l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, que leurs enfants ont également été déboutés de l'asile, qu'ils n'établissaient pas être démunis d'attaches familiales dans leur pays d'origine et qu'ils ne relevaient d'aucun des cas d'exception prévus par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent les fondements. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leurs situations. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examens particulier de la situation personnelle de M. B et de Mme C ne peuvent qu'être écartés.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'ont pas pour objet de fixer le pays à destination duquel M. B et Mme C pourront être reconduits d'office.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Les requérants se prévalent de la durée de leur séjour en France, de la présence à leurs côtés de leurs quatre enfants mineurs, de la scolarisation de ceux-ci sur le territoire français et de leurs efforts d'insertion dans la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme C sont entrés en France le 9 novembre 2018 et n'étaient donc présents sur le territoire français que depuis deux ans et neuf mois à la date des décisions contestées. Cette durée de séjour résulte uniquement du temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asiles. En outre, M. B et Mme C faisant l'un et l'autre l'objet d'une mesure d'éloignement, ils ont vocation ensemble à retourner dans leur pays d'origine où ils n'établissent pas être dans l'impossibilité de reconstituer leur cellule familiale. Ils ne produisent aucun élément permettant de justifier de la scolarité de leurs enfants en France, ni, en tout état de cause, de l'impossibilité pour ces derniers de bénéficier d'une scolarité normale en Russie. De plus, M. B et Mme C ne font mention d'aucune autre attache sur le territoire français, et n'établissent pas non plus être démunis de toute attache dans leur pays d'origine. Enfin, ils ne produisent aucun élément de nature à établir les efforts d'insertion allégués sur le territoire français, ni de ce qu'ils auraient fixé en France le centre de leurs intérêts. Dans ces conditions, le préfet de l'Aube ne peut être regardé comme ayant porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. Si M. B et Mme C soutiennent que leur famille serait en danger en cas de retour en Russie, ils n'établissent pas, par la seule production d'une attestation du comité " Assistance civique ", organisation caritative publique régionale d'assistance aux réfugiés et aux migrants, et du centre des droits de l'homme de l'organisation non gouvernementale Memorial du 28 août 2021 concernant la situation de l'époux, la réalité et l'actualité des risques dont ils se prévalent. Au demeurant, leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 juin 2021, et s'ils font mention de leur souhait de déposer une demande de réexamen et être en attente d'éléments nouveaux, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Aube le 9 août 2021. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. B et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à Mme A C.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aube.

Fait à Nancy, le 27 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

2-21NC02938

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