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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC02966

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC02966

vendredi 24 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC02966
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 4 octobre 2021 par lesquels le préfet du Jura les a assignés à résidence dans le département du Jura pour une durée de quarante-cinq jours et les a astreints à se présenter quotidiennement entre 9h et 10h à la gendarmerie des Hauts de Bienne.

Par un jugement nos 2101827, 2101828 du 15 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021 sous le n° 21NC02966, M. C, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande à la cour :

1°) d'annuler, en ce qui le concerne, ce jugement du 15 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge a omis de statuer sur le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement fonder sa décision d'assignation à résidence sur une obligation de quitter le territoire français prise il y a plus d'un an, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité de l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet ne pouvait légalement fonder sa décision d'assignation à résidence sur une obligation de quitter le territoire français prise il y a plus d'un an, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il prévoit qu'il doit se présenter quotidiennement aux services de gendarmerie, y compris les dimanches et jours fériés.

II. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021 sous le n° 21NC02967, Mme C, représentée par Me Ben Hadj Younes, demande à la cour :

1°) d'annuler, en ce qui la concerne, ce jugement du 15 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge a omis de statuer sur le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement fonder sa décision d'assignation à résidence sur une obligation de quitter le territoire français prise il y a plus d'un an, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité de l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet ne pouvait légalement fonder sa décision d'assignation à résidence sur une obligation de quitter le territoire français prise il y a plus d'un an, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il prévoit qu'elle doit se présenter quotidiennement aux services de gendarmerie, y compris les dimanches et jours fériés.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants albanais, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, en mai 2015 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 novembre 2016, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 11 mai 2016. Par des arrêtés du 1er juin 2016, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Besançon le 7 mars 2017, le préfet du Jura a refusé de les admettre au séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par des arrêtés du 31 décembre 2019, le préfet du Jura a fait à nouveau obligation aux époux C de quitter le territoire français, cette fois sans délai, et leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par deux arrêtés du 4 octobre 2021, le préfet du Jura a assigné à résidence M. et Mme C dans le département du Jura pour une durée de quarante-cinq jours et les a astreints à se présenter quotidiennement aux services de gendarmerie des Hauts de Bienne. Par deux requêtes distinctes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme C font appel du jugement du 15 octobre 2021 par lequel le magistrat désigné par le tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. M. et Mme C soutiennent que le premier juge a omis de statuer sur le moyen tiré de ce que le préfet du Jura ne pouvait légalement fonder sa décision d'assignation à résidence sur une obligation de quitter le territoire français prise il y a plus d'un an, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois les arrêtés en litige sont fondés sur les dispositions du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celles du 1° du même article. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant ainsi inopérant, le premier juge n'était pas tenu d'y répondre. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que le jugement serait, pour ce motif, entaché d'irrégularité.

Sur la légalité des arrêtés :

4. En premier lieu, M. et Mme C reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur d'appréciation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ".

6. M. et Mme C soutiennent que le préfet du Jura ne pouvait légalement fonder les arrêtés contestés sur les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, et comme l'a relevé le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon, les arrêtés litigieux visent explicitement la situation administrative des époux C, lesquels ont fait l'objet d'une mesure portant interdiction de revenir sur le territoire français d'une durée de trois ans, ainsi que les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 2° de cet article, sur lesquelles se fondent les décisions portant assignation à résidence. Il ressort ainsi des termes mêmes de ces arrêtés que le préfet du Jura a entendu fonder ses décisions sur le 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à Mme A C.

Copie en sera adressée au préfet du Jura.

Fait à Nancy, le 24 juin 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

Nos 21NC02966, 21NC02967

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