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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC03223

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC03223

vendredi 24 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC03223
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantROUSSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D, son épouse, Mme E D, née C, et leur fils, M. A D ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 2 décembre 2020 par lesquels le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 210126-2101262-2101263 du 10 avril 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par trois requêtes enregistrées le 12 décembre 2021, MM. et Mme D, représentés par Me Roussel, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 10 avril 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 2 décembre 2020 pris à leur encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de leur délivrer un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leurs situations administratives dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de leur délivrer durant cet examen des autorisations provisoires de séjour ;

Ils soutiennent que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 313-11 11° alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 313-11 11° alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

MM. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, son épouse, Mme E D, et leur fils, M. A D, ressortissants kosovars, sont entrés sur le territoire français le 24 septembre 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Les demandes d'asile de M. B D et de Mme E D ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 décembre 2018. Le rejet de la demande d'asile de M. B D a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 novembre 2019. Mme D n'a pas interjeté appel contre la décision prise à son encontre. La demande de protection internationale présentée par M. A D a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 27 décembre 2019 confirmée par la CNDA le 12 juin 2020. Le 15 juin 2020, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par trois arrêtés du 2 décembre 2020, le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par trois requêtes qu'il y a lieu de joindre, MM. et Mme D font appel du jugement du 10 avril 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour refuser de délivrer un titre de séjour à MM. et Mme D, le préfet du Haut-Rhin a d'abord visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Le préfet a ensuite indiqué que les requérants sont entrés irrégulièrement le 24 septembre 2018 en France et que leurs demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la CNDA. Il ressort des termes des arrêtés pris à l'encontre de M. B D et de Mme E D que le préfet a mentionné que le 23 octobre 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis selon lequel l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut y voyager sans risques. Il ressort également des termes des trois arrêtés litigieux que le préfet a relevé que les requérants n'ont fait aucune demande à un autre titre, et qu'il ne ressortait pas de leurs dossiers et situations qu'ils pouvaient bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Le préfet a enfin précisé que les décisions qui leur étaient opposées ne méconnaissaient pas leurs droits au respect de leurs vies privées et familiales dès lors que les trois requérants étaient ensemble dans la même situation administrative, qu'un enfant majeur des époux, et donc frère de M. A D, résidait au Kosovo et qu'ils n'ont pas démontré être démunis d'attaches hors de France et dans leur pays d'origine ni avoir établi des liens particulièrement forts et anciens avec la France. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent les fondements. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que le rapport médical de l'hôpital de Gjilan daté du 13 mars 2020 produit en première instance est suffisamment précis pour contester les motifs retenus par le premier juge, ce seul document ne saurait suffire à établir, ainsi que l'a soulevé, à bon droit, le tribunal, que Mme D serait dans l'impossibilité d'être soignée au Kosovo, notamment dans un établissement de santé prenant en charge sa pathologie. Ainsi, MM. et Mme D reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 11° alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

5. En dernier lieu, les requérants reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour obliger les requérants à quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin a d'abord visé la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Outre ce qui a été dit au point 3 de la présente ordonnance, le préfet a également indiqué que MM. Kryezu ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 743-1 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les trois requérants n'entraient dans aucun des cas prévus par l'article L. 511-4 alors applicable du même code. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent les fondements. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ne peuvent qu'être écartés.

7. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été dit aux points 4 et 5 de la présente ordonnance que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées méconnaitraient les dispositions alors applicables de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles-ci n'ayant pas pour objet de fixer le pays à destination duquel les requérants pourront être éloignés.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

9. Les requérants reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par MM. et Mme D sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de MM. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Mme E D née C et à M. A D.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 24 juin 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

2-21NC03224-21NC03225

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