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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-21NC03327

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-21NC03327

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-21NC03327
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS DEVARENNE ASSOCIES GRAND EST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2101243 du 5 mai 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, Mme B, représentée par la SELAS DEVARENNE Associés Grand-Est, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 5 mai 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté contesté pris dans sa globalité :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'a pas été notifié dans une langue compréhensible ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public et elle ne présente pas de risque de fuite ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- sa durée est disproportionnée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 29 février 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 septembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mars 2021. Par un arrêté du 28 avril 2021, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme B fait appel du jugement du 5 mai 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'arrêté pris dans sa globalité :

1. En premier lieu, Mme B reprend en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.

2. En second lieu, la requérante soutient que l'arrêté contesté est entaché d'illégalité dans la mesure où il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle maîtrise. Toutefois, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est faite assister d'un interprète tout au long de la procédure. Dès lors, ce moyen ne peut être accueilli.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Mme B se borne à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet porte atteinte à sa vie privée et familiale, sans assortir son moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. Mme B soutient qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, le Nigéria. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle encourrait actuellement et personnellement de tels risques. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

6. En second lieu, Mme B se borne à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans assortir son moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : / () s'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () f) Si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au deuxième alinéa de l'article L. 611-3, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté du 28 avril 2021 que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le fait qu'il existait un risque que l'intéressée se soustraie à l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français, dès lors qu'elle ne justifie pas d'un hébergement effectif et permanent, qu'elle n'est pas en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage et qu'elle ne présente ainsi aucune garantie de représentation au sens de l'article L. 511-1 II 3° f). La circonstance qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur l'appréciation faite par le préfet sur la situation de Mme B. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Mme B soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de cette interdiction, sans assortir son moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Madame B n'est manifestement pas fondée à soutenir que c'est à tort que le jugement attaqué a rejeté sa demande. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Il s'ensuit que sa requête, qui est manifestement dépourvue de fondement, ne peut qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 08 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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