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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00018

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00018

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00018
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F D a demandé au tribunal administratif de A d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2102261 du 9 décembre 2021, le tribunal administratif de A a annulé cet arrêté du 19 mai 2021.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 4 janvier et 11 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 9 décembre 2021 ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. D devant le tribunal administratif de A ;

Il soutient que :

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation dans la mesure où son arrêté ne se fonde pas sur l'absence de justification de l'état civil de M. D mais sur un examen global de sa situation personnelle ;

- l'auteur de la décision portant refus de séjour était compétent pour la signer ;

- la décision portant refus de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elle ne méconnait pas le respect du contradictoire au regard de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux dans la mesure où il était loisible à M. D de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales tout au long de la procédure d'instruction de sa demande ;

- elle ne méconnaît pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où M. D n'établit ni être entré en France alors qu'il était mineur, ni avoir fixé le centre de ses attaches familiales et personnelles sur le territoire français ; il ne justifie pas non plus d'une insertion particulière, en dehors de sa scolarisation ;

- elle ne méconnait ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à la faible durée de la présence de M. D en France et à ses conditions de séjour ;

- elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D ;

- d'une part, M. D ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions de l'article 7-2 de la directive du 16 décembre 2008 dans la mesure où cette directive a été transposée en droit interne, d'autre part, il ne démontre pas l'existence de circonstances particulières qui auraient été de nature à justifier qu'il lui soit octroyé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2022, M. D, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les moyens soulevés par le préfet de Meurthe-et-Moselle ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Levi-Cyferman, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen, déclare être né le 6 juin 2002 à Conakry et être entré irrégulièrement en France le 24 avril 2018. M. D ayant été reconnu majeur tant par le jugement du tribunal pour enfants de A dans son jugement du 3 septembre 2019 que par la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel de A dans son arrêt du 25 mai 2020, il n'a pas été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE). Le 24 janvier 2020, M. D a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 19 mai 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Le préfet de Meurthe-et-Moselle fait appel du jugement du 9 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de A a annulé cet arrêté.

Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal :

2. Selon l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil " lequel précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

3. Le II de l'article 16 de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme de la justice dispose que : " II. - Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Un décret en Conseil d'Etat précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère : " I. - L'ambassadeur ou le chef de poste consulaire français peut légaliser : 1° Les actes publics émis par les autorités de son Etat de résidence, légalisés le cas échéant par l'autorité compétente de cet Etat ;() ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Par dérogation au 1° du I de l'article 3, peuvent être produits en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français :1° Les actes publics émis par les autorités de l'Etat de résidence dans des conditions qui ne permettent manifestement pas à l'ambassadeur ou au chef de poste consulaire français d'en assurer la légalisation, sous réserve que ces actes aient été légalisés par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de cet Etat en résidence en France. Le ministre des affaires étrangères rend publique la liste des Etats concernés ;(). ". Il ressort de l'annexe 8 du tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation publié par le ministre des affaires étrangères que la Guinée fait partie des Etats concernés par cette disposition.

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, qu'il ait fait ou non l'objet d'une légalisation, peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22, L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en retenant notamment la circonstance que l'intéressé n'établissait pas, par les documents produits, son état civil et sa minorité.

7. Pour justifier de son état civil, M. D qui, ayant été reconnu majeur par le juge judiciaire, n'a pas été confié à l'ASE, a produit la copie d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 1080 rendu le 10 janvier 2018 ainsi que la copie d'un extrait du registre de l'état civil délivré le 17 janvier 2018 portant transcription sous le n° 359/en de ce jugement. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a saisi la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) qui a estimé dans son rapport d'examen technique documentaire du 12 juin 2018 ne pas être en mesure de procéder à un quelconque examen dans la mesure où ces documents n'étaient pas des originaux mais de simples copies. Par ailleurs, tant le tribunal pour enfants que la cour d'appel ont relevé que ces documents contenaient des irrégularités formelles et notamment que l'entête du jugement supplétif était entachée d'une faute de frappe puisqu'il est indiqué " Répulique de Guinée ". Enfin, M. D a également fourni une carte d'identité consulaire et un certificat de nationalité qui ont été analysés par la DZPAF. Dans son rapport du 21 avril 2021, l'analyste en fraude documentaire indique, d'une part, que le certificat de nationalité, qui n'est pas légalisé, ne peut revêtir la valeur d'un acte de naissance en France et n'est donc pas recevable au regard de l'article 47 du code civil et, d'autre part, que la carte d'identité consulaire n'a de valeur juridique que pour les autorités guinéennes.

8. M. D a complété sa demande de titre en se prévalant d'un nouveau jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 21937 rendu le 4 octobre 2018 sur lequel se fonde le certificat de nationalité ainsi que d'un extrait du registre de l'état civil délivré le 22 octobre 2018 portant transcription sous le n° 6522/en de ce jugement. Il ressort des termes de ce jugement qu'il a été établi après l'audition des mêmes témoins que celui délivré le 17 janvier 2018 et dont l'authenticité, ainsi qu'il a été dit, n'est pas démontrée. Si ces documents ont été légalisés par Mme B, en charge des affaires consulaires au consulat guinéen à Paris, cette légalisation, qui a pour seul objet d'authentifier le signataire des actes en cause, ne permet pas de pallier les irrégularités relatives aux différents documents produits. Par ailleurs, M. D, ainsi qu'il a déjà été dit, a été reconnu majeur tant par le tribunal pour enfants de A dans son jugement du 3 septembre 2019 que par la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel de A dans son arrêt du 25 mai 2020. Les juges judiciaires se sont fondés sur, outre l'évaluation de l'ASE et ses documents d'état civil, un test osseux qui a confirmé la majorité de l'intéressé. Enfin, si M. D a obtenu un passeport valable du 24 août 2021 au 24 août 2026, ce document doit être regardé comme ayant été délivré sur la base de documents dont l'authenticité, ainsi qu'il vient d'être exposé, n'est pas démontrée. Ce passeport ne peut dès lors permettre de justifier de son état civil. Il s'ensuit, eu égard à l'ensemble de la situation de M. D, que le préfet de Meurthe-et-Moselle a pu en déduire, sans commettre d'erreur de droit que, que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil.

9. Il résulte de ce qui précède que c'est à tort que le tribunal administratif s'est fondé sur ce moyen pour annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 19 mai 2021. Toutefois, il appartient à la cour administrative d'appel, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. D devant le tribunal administratif de A.

Sur la légalité de l'arrêté du 19 mai 2021 :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

10. En premier lieu, par un arrêté du 9 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions, circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. E pour signer l'acte attaqué doit être écarté.

11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'avait pas à viser toutes les circonstances de fait de la situation de M. D, a cité les éléments pertinents dont il avait connaissance, à savoir notamment l'absence de reconnaissance de sa minorité, son parcours scolaire et sa situation familiale et qui fondent sa décision. La circonstance qu'il vise des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui n'ont pas été invoqués par M. D dans sa demande de titre de séjour est sans incidence sur la régularité de la motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D a sollicité par un courrier du 24 janvier 2020 son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 précitées à l'encontre de la décision en litige.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, M. D ne séjournait en France que depuis trois ans. Il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en tant qu'agent polyvalent de restauration en juillet 2020 avant de poursuivre sa scolarité pour préparer un baccalauréat professionnel " technicien du froid et climatisation ". Dans le cadre de cette formation, il a effectué un stage en entreprise de quatre semaines. S'il produit une promesse d'embauche qui devrait lui permettre d'effectuer son année de terminale en apprentissage, cette promesse est postérieure à la décision en litige. Par ailleurs, il n'est pas démontré que cette promesse d'embauche se serait concrétisée. Ainsi, l'intéressé ne justifie d'aucune autonomie financière et ne fait pas preuve, indépendamment de son parcours scolaire, d'une intégration particulière au sein de la société française. S'il verse au dossier plusieurs témoignages établis pour les besoins de la cause, notamment par certains de ses professeurs, il est célibataire et sans enfant et il n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels en France. S'il soutient que son père est décédé en 2020 et qu'il n'entretiendrait plus de lien avec sa mère demeurée dans son pays d'origine, il ne l'établit et ne démontre pas non plus être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale en Guinée où il a vécu toute son enfance. Dans ses conditions, le préfet n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

16. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

17. Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

18. Compte tenu notamment des circonstances mentionnées au point 14, M. D ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui permettre de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste au regard des dispositions précitées.

19. En sixième et dernier lieu, eu égard aux mêmes circonstances de fait que celles qui ont été évoquées au point 15, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

20. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

21. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

22. M. D fait valoir que son droit d'être entendu a été méconnu en ce qu'il n'a pas pu faire valoir son droit de formuler des observations avant la notification de la décision en litige. Toutefois, d'une part, il a pu présenter ses observations lors du dépôt de sa demande de titre de séjour et pouvait présenter à l'autorité préfectorale toute précision qu'il estimait utile au cours de la procédure d'examen de sa demande. D'autre part, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée ne peut qu'être écarté.

23. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

24. Aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

25. En fixant de manière générale un délai de trente jours à l'étranger pour quitter le territoire français, lequel est identique à celui prévu à l'article 7 de la directive précité, le législateur n'a pas édicté des dispositions incompatibles avec les objectifs de cet article. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que l'autorité administrative prolonge, le cas échéant, le délai de départ volontaire d'une durée appropriée pour faire bénéficier les étrangers dont la situation particulière le nécessiterait de la prolongation prévue par le paragraphe 2 de l'article 7 de la directive précitée. Dans ces conditions, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions du paragraphe 2 de l'article 7 de la directive 2008/115/CE. En tout état de cause, si M. D se prévaut de sa scolarité pour justifier de l'octroi d'un délai supplémentaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée et aurait méconnu son pouvoir d'appréciation en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. D alors que ce dernier dispose déjà d'un CAP et n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine.

26. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de A a annulé son arrêté du 19 mai 2021. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par M. D devant la cour doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de A du 9 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. D devant le tribunal administratif de A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. D devant la cour sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. F D.

Une copie du présent arrêt sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Stenger, première conseillère,

Mme Mosser, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. CLe président,

signé

A. LAUBRIAT

La greffière,

signé

D. FRITZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. FRITZ

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04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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