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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00036

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00036

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00036
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHAMZA-SANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C, née A, a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2107338 du 3 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, Mme B, représentée par Me Hamza-Sanchez, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son droit à être entendue et l'article 41 paragraphe 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ont été méconnus ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B née A, ressortissante albanaise, est entrée sur le territoire français selon ses déclarations le 11 avril 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 juillet 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 novembre 2019. Par un arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme B fait appel du jugement du 3 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne par un Etat membre de l'Union européenne est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

4. Mme B a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Il lui appartenait, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'elle estimait nécessaire. En outre, si elle soutient que cet argument, également retenu par le premier juge, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que deux années se sont passées entre la date de rejet de sa demande d'asile et celle de l'arrêté litigieux, elle ne justifie pas avoir sollicité de titre de séjour pour un autre motif alors qu'il lui été loisible de le faire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B se prévaut de la durée de sa présence en France aux côtés de son époux et de leurs deux enfants. Toutefois, son conjoint fait également l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français confirmées par le juge administratif et a donc vocation à retourner dans son pays d'origine ou dans tout autre pays où il serait légalement admissible. En outre, Mme B ne fait mention d'aucune autre attache en France et ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle y aurait établi le centre de ses intérêts. Enfin, elle ne justifie pas être démunie d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, ni être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans ce pays ou dans tout autre pays où elle serait légalement admissible. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations précitées.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation.

8. Si Mme B soutient qu'un délai supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé en raison de la durée de son séjour en France, de la présence de son époux et de ses deux jeunes enfants dont l'un est scolarisé ainsi que des contraintes matérielles qu'entraînent ce délai, ces seules allégations, assorties d'aucun justificatif notamment en ce qui concerne les contraintes matérielles, ne peuvent être regardées comme constituant des circonstances exceptionnelles de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en lui refusant l'octroi d'un délai de départ supérieur. En outre, si Mme B se prévaut également de l'état de santé de son époux, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du même jour confirmé par le juge administratif, le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour soins à la suite d'un avis négatif du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), l'a obligé de quitter le territoire dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an. Mme B ne produit aucun élément de nature à établir, ainsi qu'elle le soutient, que la décision contestée menacerait la vie de son époux. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour susvisées et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartées.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme B soutient qu'en cas de retour en Albanie, sa vie serait menacée dès lors qu'elle ne pourrait subvenir à ses besoins. Elle indique également qu'elle devrait partir sans son mari et ses enfants en raison de l'état de santé de son conjoint. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à établir le caractère réel de ses allégations. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, si la requérante se prévaut des dispositions des articles L. 251-4 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle doit être regardée comme se prévalant des articles L. 612-6 et L. 612-10 alors applicables du même code.

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". De plus, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée d'une interdiction de retour, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, la requérante était présente en France depuis à peine plus de trois années et il ressort de ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance qu'elle n'établit pas y avoir établi des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables, ni y avoir fixé le centre de ses intérêts. De plus, elle ne conteste pas être démunie de toute attache dans son pays d'origine où elle a passé la majeure partie de sa vie, ni être dans l'impossibilité d'y reconstituer sa cellule familiale. Enfin, bien qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ressort de ce qui a été dit au point 8 de la présente ordonnance qu'elle n'a pas démontré que l'état de santé de son conjoint constituerait une circonstance humanitaire de nature à établir que la décision contestée serait injustifiée. Mme B ne fait mention d'aucun autre élément susceptible de constituer une telle circonstance. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 08 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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