mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00053 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ANDRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le préfet de la Moselle lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Par un jugement n° 2106547 du 16 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, M. B, représenté par Me André, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 16 décembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle d'exécuter l'arrêt à intervenir à compter de sa notification sous astreinte de 500 euros par jour de retour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors que la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides de rejet de sa demande d'asile ne pouvait être considérée comme définitive à la date de la décision contestée puisque le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'était pas expiré ;
- elle est insuffisamment motivée et le préfet de la Moselle n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et est insuffisamment motivée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article 33 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc, est entré sur le territoire français le 30 mars 2021 selon ses déclarations afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 juillet 2021. Par un arrêté du 6 septembre 2021, le préfet de la Moselle lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 16 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". L'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 532-1 du même code : " La Cour nationale du droit d'asile, dont la nature, les missions et l'organisation sont notamment définies au titre III du livre I, statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 511-1 à L. 511-8, L. 512-1 à L. 512-3, L. 513-1 à L. 513-5, L. 531-1 à L. 531-35, L. 531-41 et L. 531-42. A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Enfin, l'article L. 531-19 du même code dispose : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".
4. M. B soutient que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne lui ayant pas été notifiée, le délai de recours pour saisir la Cour nationale du droit d'asile n'a pas commencé à courir et le préfet ne pouvait donc prendre à son encontre une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Il fait valoir que le relevé d'informations de la base de données Telemofpra produit par le préfet indique que le pli est revenu à l'employeur et qu'il ne dispose d'aucun avis de passage attestant de ce qu'une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides lui aurait été notifiée. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet en première instance, notamment du relevé de l'application informatique Telemofpra, que la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 juillet 2021 lui a été notifiée une première fois le 10 juillet 2021 puis une seconde fois le 2 septembre 2021 après que le premier pli soit revenu non distribué. Il ressort également des mêmes pièces que la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 juillet 2021, expédiée en recommandé avec accusé de réception le lendemain, lui a été présenté le 10 juillet 2021 à l'adresse qu'il avait communiquée à l'administration, et que ce pli est revenu à cet office revêtu de la mention " pli avisé non réclamé ". Dans ces conditions, la notification de cette décision est réputée être régulièrement intervenue à la date de sa présentation par les services postaux, soit le 10 juillet 2021. Si M. B produit la copie d'un courrier adressé à l'ofpra demandant la transmission de la décision de rejet de sa demande d'asile, ce courrier, daté du 16 septembre 2021, est en tout état de cause postérieur à l'arrêté contesté. Au surplus, l'OFPRA a répondu, le 21 septembre 2021, que la réexpédition de cette décision ne valait pas notification. Par conséquent, il résulte de ce qui précède que le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile doit être regardé comme ayant pris fin le 11 août 2021. Ainsi, à la date de l'arrêté litigieux, M. B ne pouvait plus se prévaloir d'un droit à se maintenir sur le territoire français sur le fondement des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides exercé dans le délai d'un mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, le règlement (CE) n°1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II) ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a indiqué que M. B déclarait être entré irrégulièrement en France le 30 mars 2021, que le 8 juillet 2021, l'Office de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile, que cette décision lui a été notifiée le 10 juillet 2021, qu'il n'a pas exercé de recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile et qu'ainsi, il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français conformément aux dispositions des articles L. 542-1 et L. 542-3 du code précité. Le préfet a également précisé qu'en application du 4° de l'article L. 611-1 du même code, il pouvait dès lors obliger M. B à quitter le territoire français. Le préfet a souligné que M. B était célibataire et que ses liens personnels et familiaux en France n'étaient pas anciens, intenses et stables. Ainsi, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent qu'être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
6. En premier lieu, M. B n'ayant pas été admis au bénéfice du statut de réfugié, il ne peut se prévaloir de la protection contre le non-refoulement instituée par l'article 33 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, qui ne bénéficie qu'aux personnes admises à ce statut. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant.
7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera exposé à des traitements inhumains ou dégradants et au risque de faire l'objet d'une peine privative de liberté en raison de son engagement politique. S'il fait valoir que c'est à tort que le premier juge a retenu que le jugement du tribunal correctionnel turc du 12 mars 2019 a prononcé son acquittement dès lors que le parquet aurait saisi la cour d'assise, il ne produit aucun élément permettant de justifier de l'existence d'un appel alors qu'il a produit en première instance un certificat de non-appel de ce jugement daté du 25 mars 2019. En outre, il produit un certificat médical daté du 14 avril 2021 indiquant qu'il n'est pas possible d'établir un lien formel entre les lésions du requérant et les violences qu'il affirme avoir subies, notamment en raison du délai séparant les violences prétendument subies et les constations médicales. Il ne produit par ailleurs aucun autre élément susceptible d'établir la réalité de ses allégations. Au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile au regard des mêmes faits que ceux exposés dans la présente requête. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. M. B reprend en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, du défaut d'examen et de l'insuffisance de motivation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 27 juillet 202Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026