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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00116

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00116

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00116
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAIRIAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2106600 du 16 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, M. A, représenté par Me Airiau, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 I de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré irrégulièrement sur le territoire français en novembre 2019. Le 23 septembre 2021, il a été interpellé par les services de la police aux frontières sans passeport ni titre de séjour régulier, et placé en retenue administrative. Il a déclaré avoir sollicité un titre de séjour en qualité de ressortissant italien et avoir obtenu une carte de séjour valable du 10 mars 2020 au 9 mars 2021 en faisant usage de faux documents transfrontières italiens. Par un arrêté du 23 septembre 2021, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A fait appel du jugement du 16 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A se prévaut de la durée de sa présence en France, de la présence à ses côtés de son épouse et de leurs deux enfants, de la grossesse de son épouse et de sa nécessaire prise en charge médicale, de ses efforts d'insertion dans la société française et du transfert de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, M. A était présent sur le territoire français depuis moins de deux années. Son épouse se trouve également en situation irrégulière sur le territoire français, de telle sorte qu'elle a vocation à retourner dans son pays d'origine. La décision en litige n'a ainsi ni pour objet ni pour effet de mettre fin à l'unité de la cellule familiale, dès lors que l'épouse de M. A se trouve également en situation irrégulière, qu'il n'est pas justifié qu'à la date de l'arrêté contesté, la grossesse de cette dernière, qui était alors enceinte de quatre mois, faisait obstacle à ce qu'elle retourne avec son époux en Algérie, où ils se sont mariés et où sont nés leurs deux enfants, ni qu'elle ne puisse y bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé. De plus, il n'est pas établi que les enfants du couple ne pourraient les accompagner en Algérie, ni qu'ils ne pourraient y bénéficier d'une scolarisation adaptée. En outre, M. A ne fait mention d'aucune autre attache privée ou familiale intense, ancienne et stable sur le territoire français et ne justifie pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, si pour justifier de son intégration professionnelle, il produit un contrat à durée indéterminée, deux contrats de professionnalisation en cours jusqu'au 31 août 2022 et un certificat justifiant du suivi entre le 30 novembre et le 2 décembre 2020 d'une formation visant à l'acquisition, l'entretien et le perfectionnement des connaissances des engins de chantier, il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu ces contrats et bénéficié de cette formation sous couvert d'une carte de séjour qui lui avait été délivrée au vu de faux documents d'identité italiens. Il ne présente ainsi aucune perspective professionnelle légale sur le territoire français. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

5. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, outre ce qui a été dit au point 4 de la présente ordonnance, M. A ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou de considérations humanitaires de nature à établir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, il ressort de ce qui a été dit aux points 4 et 6 de la présente ordonnance que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 I de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 27 juillet 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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