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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00157

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00157

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00157
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2100503 du 17 juin 2021, le tribunal administratif de Besançon a rejeté la demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 janvier et 11 février 2022, M. C B, représenté par Me Bertin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 17 juin 2021 ;

2°) d'annuler cet arrêté du 13 janvier 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ainsi qu'un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de cette même notification et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation personnelle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette notification et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'avis de la direction générale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) sur lequel se fonde l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 122-1 et 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que ni l'employeur ni lui-même n'ont été sollicités pour fournir des précisions quant à la demande de titre de séjour déposée ;

- l'avis de la DIRECCTE est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet s'est cru, à tort, lié par l'avis de la DIRECCTE ;

- l'arrêté méconnaît l'accord franco-serbe du 2 décembre 2009 relatif à la mobilité des jeunes ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-serbe du 2 décembre 2009 relatif à la mobilité des jeunes ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1991 et de nationalité serbe, est entré régulièrement en France le 2 septembre 2016 sous couvert d'un visa salarié valable du 30 août 2016 au 30 août 2017. Il a régulièrement séjourné en France en qualité de salarié du 2 septembre 2016 au 31 mai 2018, puis en qualité de travailleur temporaire du 11 décembre 2018 au 10 décembre 2019. Le 27 juillet 2020, M. B a sollicité un changement de statut en demandant une carte de séjour temporaire en qualité de salarié. Par arrêté du 13 janvier 2021, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 17 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté du 13 janvier 2021.

2. En premier lieu, M. B reprend en appel les moyens soulevés en première instance, à l'encontre des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français, et tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que le préfet se serait cru à tort lié par l'avis de la direction générale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Il y a lieu d'écarter ces moyens à l'appui desquels le requérant ne présente aucun élément de fait ou de droit nouveau par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

4. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour, qui est prise en réponse à une demande formulée par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas respecté la procédure contradictoire prévue par les articles précités du code des relations entre le public et l'administration est inopérant. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose par ailleurs au préfet la communication à l'intéressé et à l'employeur de l'avis de la DIRECCTE avant de prendre le refus de séjour en litige.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 421-1 du même code : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Selon l'article R. 5221-20 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule () ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations / ().

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de changement de statut présentée par M. B a été rejetée à la suite d'un avis défavorable de la DIRECCTE du 3 décembre 2020, fondé sur la circonstance que la situation de l'emploi est opposable dès lors que l'employeur a déclaré n'avoir pas déposé d'offre d'emploi et connaître l'intéressé qui parle couramment le serbe. L'avis relève également qu'eu égard à l'expérience professionnelle de joueur d'handball de M. B et au fait qu'il n'est titulaire d'aucun diplôme, son profil ne semble pas adapté aux caractéristiques de l'emploi de magasinier qui lui est proposé. Contrairement à ce que soutient le requérant, cet avis défavorable n'est pas fondé sur le caractère incomplet de la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le préfet, qui s'est borné à constater que le requérant ne remplissait pas les conditions requises par l'article R. 5221-20 du code du travail, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande d'autorisation de travail établie par l'employeur de M. B le 1er octobre 2020, que l'entreprise Est Mat n'a pas déposé d'offre d'emploi auprès de Pôle emploi mais a seulement procédé par affichage et bouche à oreille. Le requérant a produit en outre en première instance un courrier de Pôle emploi du 26 janvier 2021 qui indique que la société Est Mat a pris contact avec ses services le 7 octobre 2020 afin d'être accompagnée pour former son futur magasinier cariste. Pôle emploi précise que le 9 novembre 2020, la société leur a fait part de ce qu'elle avait trouvé un candidat pour le poste en la personne de M. B et les a sollicités pour la prise en charge du coût de la formation dispensée à ce dernier pour l'obtention du certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (Caces). Une attestation de dépôt d'offre d'emploi du 29 janvier 2021 indique que la société Est Mat a déposé le 16 novembre 2020 une offre d'emploi de magasinier avec comme condition de qualification la détention du Caces 3. Sept candidatures ont été proposées à l'entreprise. Cependant, la demande de changement de statut de M. B a été reçue complète par la DIRECCTE le 23 septembre 2020, soit antérieurement au dépôt de cette offre d'emploi le 16 novembre 2020. Il ne ressort pas pièces du dossier que M. B aurait communiqué au préfet les pièces produites dans la présente instance, et notamment la preuve du dépôt d'une offre d'emploi auprès de Pôle emploi le 16 novembre 2020, avant que ce dernier ne prenne sa décision. En outre, il n'est pas établi que l'offre d'emploi déposée le 16 novembre 2020 porterait sur le même poste que celui sur lequel la candidature de M. B a été retenue dès lors que l'entreprise Est Mat a indiqué à Pôle emploi, le 9 novembre 2020, soit antérieurement au dépôt de cette offre, avoir pourvu un poste vacant. Dans ces conditions, l'avis émis par la DIRECCTE n'est pas entaché d'erreur de fait.

8. En cinquième lieu, M. B soutient que l'avis de la DIRECCTE est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il justifiait bien d'une qualification adéquate au regard de l'emploi pour lequel il demandait une autorisation de travailler. Toutefois, il n'est pas contesté que lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, M. B n'a fourni aucun document permettant d'apprécier si ses qualifications et son expérience professionnelle étaient en parfaite adéquation avec le poste de magasinier sur lequel il a candidaté. Il ressort de l'avis de la DIRECCTE que l'intéressé, titulaire d'un diplôme universitaire d'entraîneur sportif, a été salarié dans une épicerie et était joueur professionnel d'handball. Compte tenu de ces éléments, le préfet, qui s'est approprié l'avis de la DIRECCTE, a rejeté la demande de M. B au motif de l'inadéquation entre sa qualification et les caractéristiques de l'emploi. M. B n'apporte pas d'élément pour contester utilement l'appréciation portée sur ce point par l'autorité administrative. L'intéressé se prévaut de ce qu'il a obtenu le 1er décembre 2020 une attestation individuelle de suivi d'une formation destinée à conduire en sécurité un chariot automoteur à conducteur porté et à obtenir le Caces et qu'il a réalisé le 5 janvier 2021 cent cinquante-six heures de formation opérationnelle au sein même de la société Est Mat. Cependant, ces documents n'attestent pas que le requérant serait titulaire d'un Caces, condition pourtant imposée par la société Est Mat dans l'offre d'emploi de magasinier qu'elle a soumise à Pôle emploi le 16 novembre 2020. Si comme le soutient M. B, l'employeur peut délivrer une autorisation de conduite d'engin sans que le salarié ne soit titulaire d'un Caces, il n'en demeure pas moins qu'avoir validé les épreuves d'obtention de ce certificat permet de justifier de l'aptitude professionnelle d'un magasinier à conduire des chariots automoteurs. Dans ces conditions, la seule circonstance que le requérant ait suivi ces formations, postérieurement au dépôt de sa demande et au demeurant sans que les services de la préfecture n'en aient été informés, ne suffit pas à démontrer l'adéquation de son profil avec le poste en cause. Ainsi, l'emploi de magasinier n'est pas en adéquation avec les qualifications et l'expérience professionnelle de M. B. Par ailleurs, la DIRECCTE a opposé la situation de l'emploi en relevant dans son avis que cinq cents trente-et-une personnes sont inscrites dans le code ROME concerné pour seulement seize offres d'emploi. M. B se prévaut de la spécificité du poste proposé par la société Est Mat qui impose la maîtrise du français et du serbe, et de ce que seulement sept candidatures ont été réceptionnées après la publication de l'offre d'emploi de magasinier en novembre 2020. Toutefois, le courriel de l'entreprise Est Mat du 2 mars 2021 informant Pôle emploi que le profil du candidat reçu n'a pas donné satisfaction, et l'attestation du comptable du 29 janvier 2021 certifiant que la majorité des achats de cette société se fait en Serbie, ne sont pas de nature à caractériser une difficulté de recrutement de l'entreprise en cause. Enfin, le requérant ne saurait se prévaloir de la liste des métiers en tension établie par arrêté préfectoral du 8 novembre 2017 dès lors qu'il n'est pas établi que la situation en 2021 serait similaire. Par suite, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Serbie relatif à la mobilité des jeunes, signé à Belgrade le 2 décembre 2009 et publié par le décret n° 2013-537 du 25 juin 2013 : " 4.1 Les Parties conviennent de développer entre elles des échanges de jeunes professionnels français et serbes âgés de dix-huit à trente-cinq ans, déjà engagés ou entrant dans la vie active qui se rendent dans l'autre Etat pour améliorer leurs perspectives de carrière et approfondir leur connaissance de la société d'accueil grâce à une expérience de travail salarié dans une entreprise qui exerce une activité de nature sanitaire, sociale, agricole, artisanale, industrielle, commerciale, libérale ou de services. / 4.2 Ces jeunes professionnels sont autorisés à occuper un emploi dans les conditions prévues au présent article sans que soit prise en considération la situation de l'emploi. Dans le cas de professions réglementées, les jeunes professionnels sont soumis aux conditions d'exercice définies par l'Etat d'accueil. / 4.3 Ils doivent être titulaires d'un diplôme correspondant à la qualification requise pour l'emploi offert ou posséder une expérience professionnelle dans le domaine d'activité concerné / 4.4 La durée autorisée de travail est de douze mois renouvelable une fois pour une même durée. A cet effet : ' les jeunes professionnels français reçoivent des autorités compétentes de la République de Serbie, sur présentation des documents requis, un visa de long séjour temporaire conformément à la législation de la République de Serbie ; ' les jeunes professionnels serbes reçoivent un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention "travailleur temporaire " d'une durée de douze mois sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Pendant la période de validité de ce visa de long séjour valant titre de séjour, son titulaire est autorisé à séjourner en République française et à y exercer l'activité professionnelle prévue par son contrat de travail. A l'issue de cette période, il peut obtenir, dans les mêmes conditions, une prolongation de ce titre de séjour pour une durée équivalente. () " ; ".

10. Il résulte de ces stipulations que l'article 4 de l'accord franco-serbe du 2 décembre 2009 prévoient d'autoriser, dans le cadre d'échanges entre les deux Etats, des jeunes professionnels français et serbes âgés de dix-huit à trente-cinq ans à occuper un emploi en France pour une durée de douze mois, renouvelable une fois pour la même durée, sous certaines conditions, notamment être titulaires d'un diplôme correspondant à la qualification requise pour l'emploi offert ou posséder une expérience professionnelle dans le domaine d'activité concerné et obtenir un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée de douze mois sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait entendu se prévaloir de ses stipulations dans sa demande de titre de séjour salarié, et justifier être titulaire d'un titre de séjour d'une durée de douze mois portant la mention " travailleur temporaire " délivré dans le cadre de ces stipulations de l'article 4 de l'accord franco-serbe du 2 décembre 2009 relatif à la mobilité des jeunes. En outre, eu égard à ce qui a été dit au point 8, M. B ne justifie pas être titulaire d'un diplôme correspondant à la qualification requise pour l'emploi offert ou posséder une expérience professionnelle dans le domaine d'activité concerné. Par suite, le requérant, qui n'entre pas dans le champ des stipulations de cet accord bilatéral ne peut utilement s'en prévaloir.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B était présent en France depuis quatre ans et demi à la date de la décision attaquée. L'intéressé est entré en France en septembre 2016 afin d'y poursuivre sa carrière de joueur professionnel d'handball au club de Besançon puis à Caen. A la suite d'une blessure en avril 2019, M. B aurait été contraint d'interrompre sa carrière de joueur professionnel en juillet 2020 à l'issue de son contrat. Il a alors intégré à titre amateur le club d'handball de Vesoul pour la saison 2020/2021. Le requérant se prévaut, comme il a été dit précédemment, d'un contrat à durée indéterminée de magasinier avec la société Est Mat conclu le 22 juillet 2020. Si M. B justifie ainsi avoir régulièrement travaillé entre 2016 et 2020 et être locataire de son propre logement, ces seules circonstances ne suffisent pas à justifier d'une insertion particulière en France dès lors que sa présence sur le territoire français n'avait pour seul but que la poursuite de sa carrière de joueur professionnel. Par ailleurs, son épouse, employée du groupe Lidl en Serbie depuis 2016, a signé un contrat de travail à durée indéterminée de responsable des ventes secteur à compter du 14 décembre 2020 et a été mutée à Rouen au titre d'un rapprochement de conjoint. Cette dernière est ainsi entrée régulièrement en France, munie d'un visa talent délivré le 15 novembre 2020, en se prévalant de la signature de ce contrat. Elle a obtenu un titre de séjour pluriannuel " passeport talent " le 14 février 2021, postérieurement à la décision attaquée. Cependant, Mme B étant également de nationalité serbe et ayant vécu jusqu'en décembre 2020 en Serbie, la cellule familiale peut se reconstituer dans son pays d'origine. Au surplus, le couple, qui s'est marié en décembre 2018, a ainsi vécu séparé depuis 2016. M. B justifie s'être rendu à Rouen les 14 décembre 2020, 4 et 25 janvier et 6 février 2021, sa femme étant venue lui rendre visite à Besançon le 20 février 2021, ces deux dernières dates étant postérieures à la décision attaquée. Si pendant cette période, M. B établit être régulièrement sorti du territoire français et être entré notamment en Macédoine, en Croatie ou en Hongrie, il ne justifie pas que ces trajets étaient destinés à rendre visite à son épouse. Par suite, en dépit de l'éloignement géographique, l'intensité des liens entre le requérant et son épouse n'est pas établie. D'autre part, la seule intégration de M. B dans les clubs d'handball de Besançon, Caen et Vesoul ne suffit pas à considérer que l'intéressé a établi le centre de ses intérêts personnels en France. Enfin, M. B ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu qu'il estime le plus approprié pour y développer une vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste des conséquences de la décision sur la situation de M. B doit également être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Une copie du présent arrêt sera adressée au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Stenger, première conseillère,

Mme Lambing, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

S. ALe président,

signé

A. Laubriat

La greffière,

signé

D. Fritz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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