vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00224 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LARERE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler la décision du 4 octobre 2019 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Par un jugement n° 1909016 du 30 novembre 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, Mme D, représentée par Me Larère, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 30 novembre 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 4 octobre 2019 prise à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation administrative dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement attaqué est entaché d'une erreur de droit, les premiers juges n'ayant pas appliqué les dispositions des articles L. 121-1 et R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables ;
Sur la légalité de la décision contestée :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions alors applicables des 1° et 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante bulgare, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2014. En octobre 2015, elle a sollicité auprès des services de la préfecture du Haut-Rhin le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois en qualité de ressortissante d'un pays de l'Union européenne. Les 7 janvier et 25 août 2016, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui reconnaître un droit au séjour sur ce fondement. Le 12 septembre 2019, Mme D a renouvelé sa demande. Par une décision du 4 octobre 2019, le préfet du Haut-Rhin a refusé à l'intéressée le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois en qualité de ressortissante d'un pays de l'Union européenne aux motifs qu'elle n'exerçait pas une activité professionnelle en France et ne disposait pas de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Mme D fait appel du jugement du 30 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Mme D ne saurait soutenir que le tribunal administratif aurait entaché d'irrégularité son jugement en n'appliquant pas les dispositions alors en vigueur des articles L. 121-1 et R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette critique des motifs du jugement ne concerne pas la régularité du jugement mais son bien-fondé.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 octobre 2019 :
4. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B C, directeur de la réglementation de la préfecture du Haut-Rhin, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Haut-Rhin du 10 mai 2019, régulièrement publié au recueil n° 28 des actes administratifs de la préfecture le 14 mai 2019, d'une délégation à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : / a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'État membre d'accueil, ou / b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil () ". L'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.
6. Si Mme D fait valoir qu'elle a suivi une formation rémunérée du 8 septembre 2014 au 19 janvier 2015 auprès de l'organisme Creafop à raison de trente heures par mois ainsi qu'une formation non rémunérée auprès du centre Eolia Formation à compter du 24 juillet 2019 pour une durée de vingt à quarante heures, de telles formations ne sauraient être regardées comme une activité professionnelle pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Par ailleurs, la requérante n'établit pas qu'à la date de la décision litigieuse, la formation suivie visait l'obtention d'un emploi pour lequel elle aurait eu des chances d'être engagée. Enfin, si la requérante fait valoir qu'au titre de la première formation qu'elle a suivie, elle a perçu une rémunération nette égale ou inférieure à 652 euros mensuels, ce revenu ne peut être pris en compte pour apprécier le caractère suffisant des ressources de l'intéressée, dès lors qu'il constitue en réalité une charge pour le système d'assistance sociale. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin a pu estimer qu'elle ne remplissait pas les conditions fixées au 1° et 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour pouvoir séjourner régulièrement en France.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 121-6 du même code alors applicable : " I.- Les ressortissants mentionnés au 1° de l'article L. 121-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié : 1° S'ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident () ".
8. Il résulte de ce qui précède que Mme D, qui ne remplissait aucune des conditions fixées à l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable l'autorisant à séjourner en France plus de trois mois, ne peut utilement se prévaloir d'un maintien de son droit au séjour en application de l'article R. 121-6 du même code.
9. En quatrième lieu, si Mme D se prévaut du suivi d'une formation de septembre 2014 à février 2015 auprès de l'organisme Creafop et d'une entrée en formation auprès du centre Eolia Formation à compter du 24 juillet 2019, il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance que de telles formations ne sauraient être regardées comme une activité professionnelle pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Dès lors, le préfet du Haut-Rhin a pu, sans commettre d'erreur de fait, considérer que l'intéressée n'a jamais travaillé en France. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme D se prévaut notamment de la durée de sa présence en France, de la circonstance qu'elle vit avec l'ensemble de sa famille, de son intégration à la société française et des liens stables et intenses qu'elle a tissés en France. Elle fait également valoir qu'elle suit des cours de français. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, l'intéressée n'était présente sur le territoire français que depuis moins de six ans. Par ailleurs, si Mme D joint à son dossier une attestation de son fils faisant état de la prise en charge de son hébergement ainsi que d'une attestation justifiant le suivi de cours de français, ces éléments ne sauraient suffire à caractériser son insertion dans la société française. En outre, il n'est pas démontré qu'elle aurait tissé en France des liens suffisamment anciens, intenses et stables, ni même qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, la Bulgarie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme D sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 26 août 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. BAILLY
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026