mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00280 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN HAMIDI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme E A, née B, et D A, ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler les arrêtés du 22 mars 2021 par lesquels le préfet de l'Aube les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.
Par un jugement nos 2100742- 2100743 du 6 janvier 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
I- Par une requête enregistrée le 5 février 2022 sous le numéro 22NC00280, Mme A, représentée par Me Martin Hamidi, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 6 janvier 2022 en ce qui la concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 pris à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché de plusieurs erreurs de fait ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- il viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II - Par une requête enregistrée le 5 février 2022 sous le numéro 22NC00281, M. A, représenté par Me Martin Hamidi, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 6 janvier 2022 en ce qui le concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 pris à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché de plusieurs erreurs de fait ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- il viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par deux ordonnances du 8 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée dans les deux dossiers au 22 mars 2022 à 12 heures.
M. A et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 11 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A et son épouse, Mme E A, nés respectivement le 4 juin 1976 et le 15 juillet 1975, de nationalité géorgienne, sont entrés irrégulièrement en France le 23 novembre 2019, accompagnés de leurs deux enfants mineurs, afin d'y solliciter l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées en procédure accélérée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 septembre 2020. Par deux arrêtés du 22 mars 2021, le préfet de l'Aube les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme A font appel du jugement du 6 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation des deux arrêtés du 22 mars 2021 :
2. En premier lieu, si les requérants font valoir que les arrêtés attaqués comportent plusieurs erreurs de fait, notamment sur leurs attaches familiales en Géorgie et les risques qu'ils encourent en cas de retour dans ce pays, ils n'apportent toutefois aucun élément probant de nature à remettre en cause les constats relevés par le préfet de l'Aube dans les arrêtés litigieux. Par suite, ce moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des arrêtés attaqués que le préfet de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle des requérants. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. M. et Mme A font valoir les liens amicaux et sociaux qu'ils auraient établis en France, leur insertion dans la société française, ainsi que celle de leurs enfants, et la durée de leur séjour de deux ans en France. Toutefois, par les documents qu'ils produisent, consistant en des attestations de M. M. et Mme C., lesquels témoignent de leurs efforts d'intégration, et d'un certificat de scolarité de leur fille, les requérants ne démontrent pas qu'ils auraient transféré en France le centre de leurs intérêts personnels et familiaux. Par ailleurs, comme l'ont retenu les premiers juges, les requérants n'établissent pas qu'ils seraient dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 43 et 44 ans. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée de leur séjour en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ils ont été pris et méconnaîtraient ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. A et Mme A font valoir qu'ils encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'un conflit privé avec un voisin et de l'incapacité des autorités géorgiennes à assurer leur protection. Toutefois, les requérants n'apportent aucun élément probant de nature à justifier qu'ils ne pourraient pas bénéficier de la protection des autorités de leur pays, ce que, du reste, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a lui-même constaté dans ses décisions du 8 septembre 2020. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 7 du présent arrêt, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leurs enfants encourent des risques de traitement inhumains en cas de retour en Géorgie. Par ailleurs, la circonstance que l'une des filles des requérants soit scolarisée en France ne suffit pas à établir, alors que les arrêtés litigieux n'ont pas pour effet de séparer la cellule familiale et qu'il n'est fait état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à la poursuite de la scolarité de leur fille hors de France, qu'en prenant les arrêtés attaqués le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. et Mme A. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du 22 mars 2021 par lesquels le préfet de l'Aube leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et celles qu'ils présentent sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A et de Mme A née B sont rejetées.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D A, à Mme E A née B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Laubriat, président de chambre,
- Mme Stenger, première conseillère,
- Mme Mosser, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
L. CLe président,
signé
A. Laubriat
La greffière,
signé
D. Fritz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière :
D. Fritz
22NC00280-22NC00281
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026