jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00310 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | KIPFFER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler, d'une part, les arrêtés du 30 juillet 2021 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département de la Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours , d'autre part, l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a renouvelé son assignation à résidence.
Par deux jugements nos 2102448 et 2102849 des 26 août 2021 et 13 octobre 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
I- Par une requête enregistrée le 8 février 2022 sous le n° 22NC00310, M. A, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 26 août 2021 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 30 juillet 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le dispositif du jugement est entaché de contradiction entre les motifs et le dispositif ;
S'agissant de la décision portant transfert aux autorités roumaines :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été invitée à faire valoir ses observations préalablement à son édiction, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été invitée à faire valoir ses observations préalablement à son édiction, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités roumaines ;
- elle n'est pas justifiée.
Par une lettre du 21 avril 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté ordonnant le transfert de M. A aux autorités roumaines, cet arrêté ne pouvant plus être légalement exécuté compte tenu de l'expiration du délai de transfert prévu à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office enregistré le 2 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin a informé la cour de ce qu'il y a toujours lieu de statuer sur la requête, le requérant ayant été déclaré en fuite, ce qui a eu pour effet de prolonger le délai de transfert jusqu'au 26 février 2023
II- Par une requête enregistrée le 31 mai 2022 sous le n° 22NC01402, M. A, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 13 octobre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il n'est ni justifié ni nécessaire.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant afghan, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en avril 2021 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'il avait préalablement sollicité l'asile en Roumanie. Les autorités roumaines, saisies le 6 mai 2021 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé, ont fait connaître explicitement leur accord le 20 mai 2021. Par deux arrêtés du 30 juillet 2021, la préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de M. A aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 29 septembre 2021, elle a renouvelé cette assignation à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. A fait appel des jugements des 26 août 2021 et 13 octobre 2021 par lesquels le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement du 26 août 2021 :
3. Il ressort clairement des motifs du jugement du 26 août 2021 attaqué que le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif a considéré la demande de communication du dossier sur la base duquel l'administration a pris sa décision comme devenue sans objet dès lors que ce dossier avait été produit par le préfet. Dans ces conditions, le jugement n'est pas entaché de contradiction entre les motifs et l'article 2 du jugement qui rejette toutes les conclusions de la demande de M. A autres que la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'une contradiction entre le motif et le dispositif.
Sur la légalité des arrêtés du 30 juillet 2021 :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
4. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert ainsi que les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, les dispositions des articles L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté contesté. Au surplus, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien le 30 avril 2021 lors du dépôt de sa demande d'asile au cours duquel il a pu présenter ses observations. D'autre part, l'administration n'était pas tenue d'inviter le requérant à faire valoir ses observations spécifiquement sur l'assignation à résidence dont il a fait l'objet. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice de procédure ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concere la décision portant transfert aux autorités roumaines :
5. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
6. M. A valoir que les autorités françaises n'ont obtenu aucune garantie des autorités roumaines qu'elles ne le renverront pas vers son pays d'origine sans un nouvel examen complet de sa situation au regard de sa demande de protection internationale. Toutefois, la Roumanie, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités roumaines, qui ont d'ailleurs accepté la reprise en charge de M. A sur le fondement des dispositions du d) du I de l'article 18 du règlement susvisé, n'évalueront pas, avant de procéder à son éventuel éloignement, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement susvisé.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités roumaines ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
9. M. A soutient que l'assignation à résidence dont il fait l'objet n'est ni justifiée ni nécessaire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que la préfète du Bas-Rhin a indiqué que M. A ne dispose pas des moyens de se rendre en Roumanie et qu'il n'a pas la possibilité d'acquérir légalement ces moyens, mais que son transfert demeure une perspective raisonnable. Ainsi, le préfet pouvait décider d'assigner M. A à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté interdit seulement à M. A de quitter le département de Meurthe-et-Moselle sans autorisation pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter chaque mardi et jeudi, à 9 heures, au commissariat de police de Mont-Saint-Martin. Dès lors, eu égard à sa durée et aux obligations limitées qu'elle impose à l'intéressé, la décision portant assignation à résidence ne peut être regardée comme disproportionnée par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit. Il y a lieu d'écarter ce moyen.
Sur la légalité de l'arrêté du 29 septembre 2021 :
10. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que pour renouveler l'assignation à résidence de M. A dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours et l'obliger à se présenter les mardis et jeudis à 9 heures au commissariat de police de Mont-Saint-Martin, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, a rappelé que l'intéressé faisait l'objet d'une décision de transfert aux autorités roumaines, que l'assignation à résidence dont il faisait l'objet se terminait le 3 octobre 2021 et qu'un départ à destination de la Roumanie n'a pu être organisé dans le temps de cette première assignation à résidence. Cette décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, () sont applicables. / Toutefois, pour l'application du second alinéa de l'article L. 732-3, l'assignation à résidence est renouvelable trois fois ".
12. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut renouveler trois fois, pour des périodes maximales de quarante-cinq jours chacune, l'assignation à résidence d'un étranger visé par une décision de transfert, dans l'attente de son exécution. Dès lors, après avoir indiqué que l'assignation à résidence dont M. A fait l'objet se termine le 3 octobre 2021 et qu'un départ à destination de la Roumanie n'a pu être organisé dans le temps de cette assignation à résidence, la préfète du Bas-Rhin pouvait décider de renouveler cette assignation à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. Cet arrêté, qui interdit seulement à l'intéressé de quitter le département de Meurthe-et-Moselle sans autorisation pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter tous les mardis et jeudis, hors jours fériés, à 9 heures, au commissariat de police de Mont-Saint-Martin, ne peut être regardé comme disproportionné par rapport aux buts poursuivis, eu égard à sa durée et aux obligations limitées qu'il lui impose. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B.
Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.
Fait à Nancy, le 22 septembre 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
2, 22NC0140
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026