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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00340

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00340

vendredi 10 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00340
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. G D a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés des 29 mars, 21 mai, 25 juin, 6 août et 4 octobre 2021 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande, l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et a renouvelé par trois fois cette assignation à résidence pour trois nouvelles périodes de quarante-cinq jours.

Par quatre jugements nos 2101515, 2101927, 2102488 et 2102894 des 28 mai, 9 juillet, 2 septembre et 15 octobre 2021, les magistrates désignées par la présidente du tribunal administratif de Nancy ont rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces cinq arrêtés.

Procédure devant la cour :

I. - Par une requête enregistrée le 11 février 2022 sous le numéro 22NC00340, M. D, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 3 du jugement du 28 mai 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés des 29 mars et 21 mai 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux arrêtés portant transfert et assignation à résidence :

- les arrêtés méconnaissent les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- l'absence de procédure contradictoire préalable à l'édiction des arrêtés litigieux l'a privé d'une garantie ;

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :

- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que cette mesure n'est ni justifiée ni nécessaire.

Par une lettre du 8 mars 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert aux autorités italiennes, cette décision ne pouvant plus légalement être exécutée compte tenu de l'expiration du délai de six mois prévu à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par une réponse au moyen d'ordre public enregistré le 11 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin a informé la cour de ce que l'arrêté ordonnant le transfert de M. D aux autorités italiennes avait été exécuté le 18 novembre 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Elle soutient que l'appelant n'assortit sa requête d'appel d'aucune justification nouvelle, ni d'aucun élément de fait ou de droit de nature à remettre en cause le bien-fondé des motifs du jugement attaqué.

II. - Par une requête enregistrée le 17 février 2022 sous le numéro 22NC00414, M. D, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 3 du jugement du 9 juillet 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant renouvellement de l'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il instaure un doute quant à la fin de la période d'assignation à résidence dès lors que l'on ignore le point de départ du délai de quarante-cinq jours à compter duquel l'arrêté du 25 juin 2021 prend effet.

A. - Par une requête enregistrée le 19 février 2022 sous le numéro 22NC00445, M. D, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 2 du jugement du 2 septembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant renouvellement de l'assignation à résidence est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté litigieux a été notifié le 24 août 2021 alors que la précédente assignation à résidence dont il a fait l'objet a expiré le 15 août 2021 et qu'elle ne pouvait plus être renouvelée à compter de cette date ;

IV. - Par une requête enregistrée le 21 février 2022 sous le numéro 22NC00460, M. D, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 2 du jugement du 15 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant renouvellement de l'assignation à résidence est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le renouvellement de l'assignation à résidence n'est pas justifié.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par quatre décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. Le 24 mars 2021, il a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité préalablement l'asile en Italie. Saisies le 3 mars 2021 d'une demande de reprise en charge, les autorités italiennes ont fait connaître explicitement leur accord le 15 mars 2021 en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par deux arrêtés des 29 mars et 21 mai 2021, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. D aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours. Par trois arrêtés successifs des 25 juin, 6 août et 4 octobre 2021, la préfète du Bas-Rhin a renouvelé l'assignation à résidence de l'intéressé pour trois nouvelles périodes de quarante-cinq jours. Par quatre requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. D relève appel des quatre jugements des 28 mai, 9 juillet, 2 septembre et 4 octobre 2021 par lesquels les magistrates désignées par la présidente du tribunal administratif de Nancy ont rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces cinq arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () "

Sur la requête n° 22NC00340 :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés portant transfert et assignation à résidence :

3. En vertu de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions des articles L. 122-1 et suivants du même code, régissant les modalités de mise en œuvre de la procédure contradictoire imposée préalablement à l'adoption de décisions devant faire l'objet d'une motivation, ne sont pas applicables aux " décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ". Le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " E A ", ainsi que les dispositions nationales prises pour son application, qui prévoient notamment diverses mesures d'information ainsi que l'audition de l'étranger concerné dans le cadre d'un entretien individuel, régissent ainsi de manière complète les modalités de détermination de l'Etat responsable d'une demande d'asile et de transfert du demandeur vers cet Etat. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est donc inopérant et ne peut qu'être écarté. Il s'ensuit que doit également être écarté le moyen tiré de ce que l'absence d'une procédure contradictoire préalable a privé M. D d'une garantie.

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert du 29 mars 2021 :

4. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre A ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ".

5. L'Italie étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

6. Si M. D soutient qu'il existe actuellement en Italie, du fait d'un afflux de migrants, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs qui ne permettraient plus de garantir le respect du droit d'asile, le document qu'il produit, à savoir un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés de janvier 2020 et mis à jour en juin 2021, ne permet pas d'établir à lui seul que la situation en Italie ne permettait pas d'assurer, à la date à laquelle la décision de transfert du 29 mars 2021 a été prise, des conditions d'accueil et de prise en charge conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin ne peut être regardée comme ayant méconnu les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013, ni comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence du 21 mai 2021 :

7. En premier lieu, faute pour le requérant d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant transfert, son moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () "

9. Le requérant se plaint de ce que l'assignation à résidence dont il fait l'objet n'est ni justifiée ni nécessaire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que la préfète du Bas-Rhin a indiqué que M. D, visé par une décision de transfert, ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre en Italie et que le transfert de l'intéressé demeure une perspective raisonnable. Ainsi la préfète pouvait décider d'assigner à résidence M. D dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours en application des dispositions précitées de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté interdit seulement à M. D de quitter le département de Meurthe-et-Moselle sans autorisation pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter les mardis et jeudis, hors jours fériés, à 9 heures, au commissariat de police de Mont-Saint-Martin. Dès lors, eu égard à sa durée et aux obligations limitées qu'elle impose à l'intéressé, la décision portant assignation à résidence ne peut être regardée comme disproportionnée par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit. Il y a lieu d'écarter ce moyen.

Sur la requête n° 22NC00414 :

10. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté du 25 juin 2021 que pour décider le renouvellement de l'assignation à résidence de M. D dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que l'intéressé, de nationalité camerounaise, fait l'objet d'une décision portant transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile, que l'assignation à résidence dont il fait l'objet prendra fin le 5 juillet 2021, qu'un départ n'a pu être organisé durant le temps de cette première assignation à résidence, et que toutes les diligences sont en cours pour organiser son départ. La décision contestée contient ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, contrairement à ce que soutient M. D, l'arrêté du 25 juin 2021 ne fait naître aucun doute sur la fin de la période d'assignation, dès lors qu'il porte renouvellement de la mesure d'assignation à résidence initiale et a vocation à prendre effet dès le terme de cette dernière, pour une durée de quarante-cinq jours. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

Sur la requête n° 22NC00445 :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 742-3 de ce code : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / () ". Aux termes de l'article R. 742-1 du même code : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour renouveler l'attestation de demande d'asile en application de l'article L. 742-1, procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile, assigner à résidence un demandeur d'asile en application du 1° bis du I de l'article L. 561-2 et prendre une décision de transfert en application de l'article L. 742-3 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ". Aux termes de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile. / En matière d'asile, un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'asile peut donner compétence à un préfet de département et, à Paris, au préfet de police pour exercer ces missions dans plusieurs départements. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 2 octobre 2018 portant régionalisation de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile dans la région Grand Est : " () le préfet du département du Bas-Rhin est l'autorité administrative compétente, pour procéder, en application de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, s'agissant des demandes d'asile enregistrées par le préfet du département de la Marne, ou par le préfet du département de Moselle, ou par le préfet du département du Bas-Rhin, ou par le préfet du département du Haut-Rhin, et s'agissant des demandes d'asile enregistrées par un autre préfet de département concernant des demandeurs domiciliés dans un département de la région Grand Est. ". Selon l'article 2 du même arrêté : " Le préfet du département du Bas-Rhin est également compétent, s'agissant des demandes d'asile mentionnées à l'article 1er du présent arrêté, pour : / () / 3° Prendre la décision de transfert en application de l'article L. 742-3 du code précité. ". Selon son article 3 : " Les dispositions du présent arrêté sont applicables aux demandes d'asile enregistrées : / () / 4° A compter du 1er décembre 2018 par le préfet de la Moselle, ou par le préfet d'un autre département concernant les demandeurs domiciliés dans le département de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, de la Moselle ou des Vosges ".

13. D'une part, il ressort des dispositions précitées que la préfète du Bas-Rhin est l'autorité territorialement compétente pour procéder à la détermination de l'Etat membre responsable de l'examen des demandes d'asile enregistrées par les préfets des départements de la région Grand Est, ainsi que pour prononcer les décisions de transfert. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin est également compétente, s'agissant des demandeurs d'asile visés par une décision de transfert et domiciliés dans un département de la région Grand Est, pour les assigner à résidence, en application des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vue de l'exécution des décisions de transfert dont ils font l'objet. Par suite M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin n'était pas compétente pour décider de renouveler son assignation à résidence. D'autre part, ainsi que l'a souligné la première juge, la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 29 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, donné délégation à M. C F, chef du bureau de l'asile et la lutte contre l'immigration irrégulière et directeur par intérim de la direction des migrations et de l'intégration à la préfecture du Bas-Rhin, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant de ses attributions et compétences de sa direction. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'incompétence ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " I.- L'autorité administrative peut prendre une décision d'assignation à résidence à l'égard de l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsque cet étranger : / () 1° bis Fait l'objet d'une décision de transfert en application de l'article L. 742-3 ou d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ; () / Les huit derniers alinéas de l'article L. 561-1 sont applicables, sous réserve que la durée maximale de l'assignation ne puisse excéder une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois pour les cas relevant des 1° et 2° à 7° du présent I, ou trois fois pour les cas relevant du 1° bis () ".

15. Ainsi que l'a précisé la première juge, M. D entre dans les prévisions du 1° bis du I de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Dès lors, en application des dispositions précitées, la préfète du Bas-Rhin pouvait renouveler trois fois l'assignation à résidence initiale, à chaque fois pour une durée maximale de quarante-cinq jours. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'assignation à résidence dont il fait l'objet, renouvelée une première fois pour une durée de quarante-cinq jours par l'arrêté du 25 juin 2021, n'avait pas épuisé ses effets le 6 août 2021, date à laquelle la préfète du Bas-Rhin a décidé de la renouveler une deuxième fois. La légalité de cette décision s'appréciant à la date de son édiction, la circonstance qu'elle a été notifiée à M. D le 24 août 2021, postérieurement à l'expiration de la durée de la précédente assignation à résidence, est sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

Sur la requête n° 22NC00460 :

16. En premier lieu, d'une part, il résulte du point 13 de la présente ordonnance que la préfète du Bas-Rhin est l'autorité compétente pour décider d'assigner à résidence de M. D, dans l'attente de l'exécution de la décision de transfert du 29 mars 2021 dont il fait l'objet. D'autre part, et ainsi que l'a relevé la première juge, M. C F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 31 août 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, à l'effet de signer l'ensemble des actes dans les matières relevant du pôle régional Dublin en cas d'absence ou d'empêchement de Mme I B, directrice des migrations et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est nullement démontré par le requérant que Mme I B n'aurait pas été absente ou empêchée le 4 octobre 2021, date à laquelle a été pris l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'incompétence doit être écarté.

17. En second lieu, les dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'autorité administrative de renouveler par trois fois, pour des périodes maximales de quarante-cinq jours chacune, l'assignation à résidence d'un étranger visé par une décision de transfert, dans l'attente de son exécution. Dès lors, après avoir indiqué que l'assignation à résidence dont fait l'objet M. D se termine le 8 octobre 2021, qu'un départ à destination de l'Italie n'a pu être organisé dans le temps de ce deuxième renouvellement de l'assignation à résidence et que toutes les diligences sont en cours pour organiser le départ de l'intéressé, la préfète du Bas-Rhin pouvait décider de renouveler cette assignation à résidence une troisième fois pour une durée de quarante-cinq jours. Cet arrêté, qui interdit seulement à l'intéressé de quitter le département de Meurthe-et-Moselle sans autorisation pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter tous les mardis et jeudis, hors jours fériés, à 9 heures, au commissariat de police de Mont-Saint-Martin, ne peut être regardé comme disproportionné par rapport aux buts poursuivis, eu égard à sa durée et aux obligations limitées qu'il lui impose. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. D sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 10 juin 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

Nos 22NC00340, 22NC00414, 22NC00445, 22NC00460

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CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997

Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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