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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00395

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00395

vendredi 24 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00395
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 9 décembre 2021 par lesquels le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai, a pris à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et leur a imposé de remettre leurs passeports aux autorités.

Par deux jugements n° 2108470 et n° 2108471 du 21 janvier 2022, le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I- Par une requête enregistrée le 16 février 2022 sous le numéro 22NC00395, M. C, représenté par Me Schweitzer, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2108470 du 21 janvier 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- les motifs retenus par le président du tribunal administratif de Strasbourg pour écarter son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont contraires au droit ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination:

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant assignation à résidence:

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant obligation de remettre l'original de son passeport et de se présenter une fois par semaine au service de la brigade mobile de recherche :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

II - Par une requête enregistrée le 16 février 2022 sous le numéro 22NC00396, Mme C, représentée par Me Schweitzer, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2108471 du 21 janvier 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux exposés à l'appui de la requête n°22NC00395 présentée par M. C.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français, accompagnés de leur fille mineure, le 30 mai 2021. Le 1er juin 2021, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 septembre 2021. Par deux arrêtés du 9 décembre 2021, le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai, a pris à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et leur a imposé de remettre leurs passeports aux autorités. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme C font appel des jugements du 21 janvier 2022 par lesquels le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité des jugements attaqués:

3. M. et Mme C se bornent à faire valoir que les motifs retenus par le président du tribunal administratif de Strasbourg pour écarter leur moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Haut-Rhin des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont contraires au droit. Cette argumentation met en cause le bien-fondé du jugement et non sa régularité.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont arrivés en France, le 30 mai 2021, à l'âge respectivement de vingt-sept et trente-huit ans, accompagnés de leur fille mineure. En dehors de leur enfant, ils ne justifient d'aucune attache familiale ou personnelle en France, ni d'une intégration particulière sur le territoire français. Par ailleurs, ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache privée et familiale dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Si les intéressés font valoir, d'une part, qu'ils ont pu nouer des liens avec les bénévoles des associations qui les accompagnent, d'autre part, avec des ressortissants de la communauté géorgienne, ils n'apportent aucun élément probant permettant d'établir l'existence de ces liens. Ainsi, il ne ressort d'aucune pièce des dossiers que M. et Mme C seraient dans l'impossibilité de reconstituer leur cellule familiale en Géorgie avec leur fille. Par suite, alors que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le pays qu'il estime le plus approprié pour y développer une vie privée et familiale, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.

7. M. et Mme C soutiennent qu'ils craignent pour leur vie en cas de retour dans leur pays d'origine. Toutefois, ils n'apportent aucun élément probant à cet égard et n'établissent pas l'actualité et la réalité de leurs craintes. Au demeurant, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, lieu, M. et Mme C reprennent en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En l'absence d'élément nouveau et de toute critique sur ce point du jugement attaqué, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le président du tribunal administratif de Strasbourg.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

9. M. et Mme C n'établissent pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre des décisions fixant le pays de destination doit être écarté.

Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, M. et Mme C n'établissent pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, M. et Mme C reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le président du tribunal administratif de Strasbourg.

Sur les décisions portant assignation à résidence :

12. M. et Mme C n'établissent pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre des décisions portant assignation à résidence doit être écarté.

Sur les décisions portant obligation de remettre l'original de leurs passeports et de se présenter une fois par semaine au service de la brigade mobile de recherche :

13. M. et Mme C n'établissent pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre des décisions portant obligation de remettre les originaux de leurs passeports et de se présenter une fois par semaine au service de la brigade mobile de recherche doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à Mme A C.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 24 juin 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz, 22NC00396

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