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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00486

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00486

vendredi 6 mai 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00486
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantMOUDNI ADAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C D B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2101159 du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 février 2022, Mme B, représentée par Me Moudni-Adam, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 septembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 II 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle encourt un risque pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée en raison de ses efforts d'intégration.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2020, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D B, ressortissante ivoirienne, est entrée sur le territoire français le 21 février 2018, sous couvert d'un visa de court séjour, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mai 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 octobre 2019. Par un arrêté du 17 décembre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 23 novembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 19 mars 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme B fait appel du jugement du 30 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Si Mme B soutient encourir un risque pour sa sécurité en cas de retour en Côte d'Ivoire, la décision contestée n'a pas pour objet de la renvoyer dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que pour refuser à Mme B l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé que l'intéressée a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 17 décembre 2019, à laquelle elle s'est soustraite, et qu'elle s'est maintenue en France en situation irrégulière. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté est signé par M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture par intérim de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, qui s'est vu attribuer une délégation de signature par un arrêté préfectoral du 24 février 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 26 février 2021. Aux termes de l'article 2 de cet arrêté, la délégation faite à M. A lui permettait de signer " tous les arrêtés, décisions, requêtes (y compris déférés), circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit ". Une telle délégation comprend donc les décisions relatives au séjour des étrangers. Ainsi, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " II - Pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible. () / Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : ()- 3° s'il existe un risque que l'étranger se soustraie cette obligation. Ce risque est regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () d) Si l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 décembre 2019, à laquelle elle s'est soustraite, et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français. Le risque qu'elle se soustrait à son obligation de quitter le territoire français doit ainsi être regardé comme établi, en application des dispositions précitées du d) du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle pouvait légalement décider de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire. Enfin pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible de comporter pour la situation personnelle de l'intéressée et n'est pas davantage entachée d'erreur de fait.

8. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet n'ait pas, en l'espèce, entendu mettre en œuvre, comme il lui était loisible de le faire, son pouvoir discrétionnaire ne caractérise pas une erreur de droit dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait cru tenu de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Mme B soutient qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir l'actualité et la réalité de ses craintes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Si Mme B fait valoir qu'elle exerce plusieurs activités bénévoles en France, cette circonstance ne fait pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D B.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 6 mai 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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