vendredi 17 juin 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00515 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | KONE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Par un jugement n° 2108409 du 3 février 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 25 février 2022, M. B, représenté par Me Kone, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 3 février 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de ses recours de première instance et d'appel ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte ou, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision par laquelle le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
- il aurait dû être admis à l'aide juridictionnelle provisoire dès lors qu'il se trouve en situation irrégulière en France et qu'il ne dispose d'aucun revenu ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas fait mention dans la décision litigieuse de la présence sur le territoire de son épouse et de ses enfants ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que des circonstances humanitaires justifiaient que ne soit pas prononcée à son encontre d'interdiction de retour ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant arménien, est entré en France dans le courant de l'année 2013, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 janvier 2015, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 décembre 2015. A la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet de la Moselle a pris à l'encontre de l'intéressé une mesure d'éloignement, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 16 juin 2016. Par une décision du 6 octobre 2016, l'OFPRA a jugé irrecevable la demande de réexamen de la demande d'asile de M. B, décision confirmée par la CNDA le 3 février 2017. Le 23 février 2017, l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. Par un arrêté du 6 août 2019, le préfet de la Moselle a refusé de l'admettre au séjour et a pris à son encontre une nouvelle mesure d'éloignement, que M. B n'a pas exécutée. Le 5 décembre 2021, à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré par les services de la police aux frontières de Thionville, l'intéressé n'a pas été en mesure de présenter un document lui permettant d'entrer, de circuler ou de séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 6 décembre 2021, le préfet de la Moselle a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir en France pendant une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 3 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision refusant le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " et aux termes de l'article 62 de ce décret : " () La décision statuant sur la demande d'admission provisoire est sans recours. "
4. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 62 du décret du 28 décembre 2020 que la décision par laquelle le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B n'est pas susceptible de recours. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle, après avoir visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a rappelé les éléments pertinents de son parcours administratif et personnel, notamment qu'il est de nationalité arménienne, qu'il est entré en France en 2013, que sa demande d'asile a été rejetée, qu'à la suite de ce rejet, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 25 janvier 2016, décision confirmée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 16 juin 2016, et qu'il a fait l'objet d'une deuxième mesure d'éloignement le 6 août 2019 lorsque le préfet de la Moselle a rejeté la demande d'admission au séjour qu'il avait présentée, décision à nouveau confirmée par le tribunal administratif de Strasbourg par un jugement du 5 décembre 2019. Il est également précisé que M. B déclare être marié et père de deux enfants, que son épouse ne bénéficie d'aucun droit au séjour et se maintient sur le territoire en situation irrégulière, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Le préfet de la Moselle indique également que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement et qu'il n'est pas en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité, et, qu'ainsi, en application des dispositions des 3° et 4° de l'article L. 611-2 et de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il peut lui être fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Lla décision litigieuse contient ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai serait insuffisamment motivée. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision litigieuse fait mention de la présence sur le territoire de son épouse et de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait en ne mentionnant pas l'ensemble de sa situation familiale doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2013 ainsi que celle de son épouse et de leurs enfants, qui sont scolarisés sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement et il n'est pas démontré qu'elle disposerait d'un droit au séjour sur le territoire. Ainsi la cellule familiale que le requérant forme en France avec son épouse et leurs enfants a vocation à se reconstituer dans leur pays d'origine, où il n'est pas démontré que ses enfants ne puissent y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, alors que M. B ne justifie pas avoir tissé de liens suffisamment anciens, intenses et stables sur le territoire, et qu'il ne démontre pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. En troisième lieu, M. B ne saurait utilement invoquer, pour contester la légalité de la décision en litige, les dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent que des orientations générales adressées aux préfets au titre de la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui sont dépourvues de tout caractère impératif. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
11. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en raison de la décision du préfet de ne pas laisser au requérant de délai de départ volontaire. D'une part, il ne ressort pas de la situation personnelle du requérant, telle qu'exposée au point 8 de la présente ordonnance, que des circonstances humanitaires feraient obstacle au prononcé d'une telle mesure. S'il indique avoir fui son pays en raison des risques de persécutions qu'il risquerait d'y subir, ces allégations ne sont nullement établies. Au demeurant, sa demande d'asile et sa demande de réexamen ont été rejetées tant par l'OFPRA que par la CNDA. D'autre part, si M. B fait valoir que la décision litigieuse aurait pour conséquence de le séparer de sa famille, il résulte également du point 8 de la présente décision que son épouse et ses enfants ont vocation à l'accompagner dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant d'interdire à M. B de revenir en France pendant une durée d'un an. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Au demeurant, le requérant n'a présenté aucune demande d'aide juridictionnelle malgré la demande de régularisation qui lui a été adressée en ce sens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 17 juin 202Le président désigné
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. FRITZ
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026