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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00602

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00602

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00602
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELLAMNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler, d'une part, la décision du 19 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Marne a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial et, d'autre part, l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le même préfet lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2101690-2102525 du 8 février 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du 19 juillet 2021 et a rejeté le surplus des conclusions.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, M. A, représenté par Me Sellamna, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 8 février 2022 en tant qu'il a rejeté le surplus des conclusions de ses requêtes ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- le jugement est insuffisamment motivé en tant qu'il a écarté les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ;

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier en fondant leur décision sur le motif tiré de ce qu'il n'établissait pas que le préfet aurait procédé à une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les premiers juges ont omis de statuer sur le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de sa situation ;

S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la condamnation pour les faits prévus par l'article L. 225-5 du code pénal n'implique pas automatiquement un retrait du titre de séjour de la personne condamnée sur le fondement de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, est entré sur le territoire français le 16 septembre 2011. Le 14 septembre 2012, il s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant renouvelé jusqu'en 2019, puis une carte de séjour pluriannuelle délivrée en qualité de salarié. Par une décision du 19 juillet 2021, le préfet de la Marne a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A en faveur de son épouse. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le même préfet lui a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par jugement du 8 février 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a, d'une part, annulé la décision du 19 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Marne a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial, et, d'autre part, a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2021. M. A fait appel de ce jugement en ce qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes ni de la requête ni du mémoire complémentaire de première instance que M. A aurait soulevé les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes du jugement attaqué que celui-ci serait insuffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ressort des termes du jugement attaqué que les premiers juges ont répondu au moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. A au point 10 dudit jugement. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que les premiers juges auraient dénaturé les pièces du dossier et omis de répondre au moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur sa situation.

Sur la décision portant retrait de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes des dispositions de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à l'étranger ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40, 224-1-A à 224-1-C, 225-4-1 à 225-4-4, 225-4-7, 225-5 à 225-11, 225- 12-1 et 225-12-2, 225-12-5 à 225-12-7, 225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du code pénal. " L'article 225-5 du code pénal dispose : " Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit : / 1° D'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui ; / 2° De tirer profit de la prostitution d'autrui, d'en partager les produits ou de recevoir des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution ; / 3° D'embaucher, d'entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d'exercer sur elle une pression pour qu'elle se prostitue ou continue à le faire. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, par un jugement du 1er septembre 2020 du tribunal correctionnel de Reims, à une peine d'emprisonnement de trois mois, pour des faits de proxénétisme aggravé commis entre le 1er janvier 2018 et le 30 août 2018 et donc à une sanction pénale sur le fondement de l'article 225-5 du code pénal. Par son arrêté du 3 novembre 2021, le préfet de la Marne a retiré à M. A son titre de séjour en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation en dix ans de présence sur le territoire français, il ressort de ce qui précède que les faits pour lesquels il a été condamné étaient graves et récents à la date de l'arrêté contesté, de telle sorte que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation pour ce motif ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que pour retirer le titre de séjour de M. A, le préfet a indiqué que ce dernier exerçait un emploi mais ne justifiait pas d'une intégration sociale ni de liens personnels ou familiaux en France tels qu'un refus de séjour et une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français seraient de nature à porter atteinte à ses droits fondamentaux et aux garanties prévues par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet a également précisé que la situation du requérant, présent en France depuis 2011, ne se caractérisait pas par des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Enfin, le préfet a mentionné que M. A n'établissait pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il n'entrait pas dans l'un des cas de protection contre l'éloignement prévus par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par la seule condamnation de l'intéressé pour prononcer à son encontre la décision litigieuse. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la condamnation pour des faits prévus par l'article L. 225-5 du code pénal n'implique pas automatiquement un retrait du titre de séjour de la personne condamnée sur le fondement de l'article L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A réside en Tunisie et que l'intéressé ne fait mention d'aucune relation personnelle ou familiale sur le territoire français. En outre, s'il est employé en tant que consultant systèmes d'information au sein de la société INTM sous durée indéterminée depuis le 13 novembre 2018, il résulte de ce qui précède que sa présence en France constitue, à la date de l'arrêté contesté, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de la Marne ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que l'arrêté contesté emporterait sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Marne.

Fait à Nancy, le 1er septembre 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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