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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00619

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00619

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00619
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et Mme C B ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 16 avril 2021 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2101301-2101302 du 24 juin 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. et Mme B, représentés par Me Levi-Cyferman, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 24 juin 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 16 avril 2021 pris à leur encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de leur délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leurs situations administratives à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de leur délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- il est rédigé de manière stéréotypée ;

S'agissant des arrêtés contestés pris dans leur globalité :

- ils sont insuffisamment motivés et rédigés de manière stéréotypée ;

- il sont entachés d'un défaut d'examen de leurs situations personnelles ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et Mme C B, son épouse, tous deux ressortissants serbes, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 17 mars 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 février 2021. Par deux arrêtés du 16 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. M. et Mme B font appel du jugement du 24 juin 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a répondu avec une motivation qui n'est pas stéréotypée à l'ensemble des moyens soulevés par M. et Mme B. Par suite, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que le jugement serait, pour ce motif, entaché d'irrégularité.

Sur l'arrêté contesté pris dans sa globalité :

4. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés attaqués que pour obliger M. et Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays de destination, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, la convention internationale des droits de l'enfant, notamment l'article 3-1, l'accord franco-serbe du 2 décembre 2009 relatif à la mobilité des jeunes et des professionnels, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, a rappelé les parcours administratifs et personnels des intéressés, en indiquant notamment qu'ils sont entrés en France le 17 mars 2019 et que le statut de réfugié ne leur a pas été accordé par l'OFPRA. Le préfet a encore indiqué que M. et Mme B sont mariés et ont ensemble deux enfants âgés, à la date des décisions attaquées, de 1 et 3 ans et que les intéressés sont entrés récemment sur le territoire français et ne sont pas dépourvus de liens en Serbie, leur pays d'origine, où ils n'établissent pas être exposés à des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, le préfet, après avoir visé les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur, a estimé que les requérants ne rentraient pas dans l'un des cas prévus par l'article précité et qu'ils pouvaient ainsi faire l'objet d'une mesure d'éloignement puisqu'ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Les arrêtés litigieux, qui ne sont pas rédigés de manière stéréotypée, comportent ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, la motivation de ces arrêtés révèle un examen approfondi des situations personnelles de M. et Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen des situations personnelles des intéressés ainsi que d'une prétendue rédaction stéréotypée ne peuvent qu'être écartés.

5. En second lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. et Mme B font valoir qu'ils résident sur le territoire français depuis le mois de mars 2019 aux côtés de la mère et de la sœur de M. B ainsi que de leurs deux enfants âgés, à la date des arrêtés contestés, de 1 et 3 ans et dont le plus jeune est né en France. De plus, ils soutiennent que leur cellule familiale ne dispose plus d'attaches en Serbie et qu'ils sont intégrés au sein de la société française. Toutefois il ressort des pièces du dossier que la durée de leur présence sur le territoire français n'est due qu'au temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asile. Les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de priver M. et Mme B du droit d'entretenir des relations avec la mère et la sœur de M. B, ni de les séparer durablement, dès lors qu'elles ne sont pas assorties de mesures leur interdisant de revenir sur le territoire français et qu'elles n'empêchent ni ne préjugent des démarches qu'ils pourraient entreprendre ultérieurement pour leur rendre visite en France de manière régulière. M. et Mme B faisant l'un et l'autre l'objet d'une mesure d'éloignement, leurs enfants ont donc vocation à les suivre en Serbie. Ils n'établissent pas que leur cellule familiale ne pourrait s'y reconstruire. Enfin, ils n'établissent pas avoir transféré en France le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne peut être regardé comme ayant porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme C B.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 14 octobre 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. FRITZ

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